I. A9trt.. n. «, SI etêult
que objet réel, du moins vraisemblable, que de se perdre en allégories.
VU. Bien plus, cette opinion que M. Jurieu prend pour vraisemblable , doit être certaine : car conslammcnt, outre la perséculion de la bête, il y aura colle de Gog, marquée par saint Jean, qui ne peul être appliquée qu'à ce dernier Antéchrist que les Pères ont reconnu , et que M. Jurieu devait trouver plus que vraisemblable, puisqu'il est si nécessaire pour expliquer Gog'.
VIII. C'est en vain que M. Jurieu s'opiniâtre à faire que ce dernier Antéchrist ne soit qu'un diminutif, et quelque chose en malice de fort au-dessous du pape; car il n'y a qu'une haine aveugle qui puisse faire regarder comme inférieur en audace et en séduction, celui qui se dira nettement le Christ ^ , qui accompagnera sa prétention de signes proportionnés; que le démon lâchera après mille ans de rage réprimée , el dont l'envoi fera le dernier effort de ce dragon déchaîné; lequel aussi pour cette raison il réservera pour la fm; et que pour la même raison , nul autre ne pourra confondre que Jésus- Christ en personne par le feu de son dernier jugement.
IX. Quoi que ce soit que ce méchant et cet ennemi de Dieu, Jésus-Christ ne le laissera pas durer longtemps; car c'est à cette dernière tentation, la plus dangereuse de toutes, que doit convenir principalement ce qu'a dit le Fils de Dieu, que les jours en seront abrégés pour l'amour des élus ^ : ce qui fail aussi que saint Paul, après les impiétés et les prodiges , en fait suivre incontinent la chute , et cela par l'action la plus vive qu'on puisse imaginer, comme on a vu ^. Ce n'est donc pas un Antéchrist qui abuse douze cent soixante ans de la patience de Dieu, el à la ruine duquel il faille employer tant de siècles.
X. On nous vante en l'air tous les caractères qu'on prétend èlre communs entre l'Antéchrist et le pape : tantôt il y en a trente-cinq, tantôt ils passent cinquante : les ignorants en sont éblouis , et ne songent pas que dans tous ces caractères on sup-
' pose ce qui est en question. L'idolâtrie, l'impiété, se faire passer pour Dieu , sont, dit-on, des caractères antichréliens; je le veux : mais, poursuit-on, le pape a toutes ces choses : ou vous entreprenez de le prouver, ou vous voulez qu'on le suppose comme
' certain par ailleurs. Le prouver, c'est perdre le temps, puisqu'au lieu de la controverse particulière
j de l'Antéchrist dont il s'agit, c'est traiter toute la controverse en général; le supposer comme déjà établi, c'est encore plus perdre le temps, puisque
} c'est donner pour marque certaine ce qui est précisément en dispute.
^ XL Si l'on dit qu'on nous allègue des faits positifs, ou ce sont signes équivoques, comme la pourpre, les sept monlagnes, les mystères et autres choses communes à toutes les religions, el même l'imitation de l'Agneau que les païens ont affectée aussi bien que les faux chrétiens, comme on a vu : ou si ce sont des faits historiques, comme seraient les désordres dans la vie de (juclques papes, quand ils seraient bien avérés, et qu'on n'aurait pas ra-
1 Voyez les noie» ittr lu ch. xx, V- 7, 9, et à la fin du ch.; Avert., n. 56. — 2. /dem. — .3. Mntlh., xxrv, 22. — 4. Averl., n. 53.
SUR L'EXPLICATION DE L'APOCALYPSE
inassé plus de calomnies des ennemis, que de témoignages des historiens, tous ces faits sont hors du sujet, puisque s'agissant de montrer, non pas qu'un tel pape en particulier, mais que le pape, comme pape, est l'Antéchrist; il faut proposer, non pas ce que fait un pape ou plusieurs papes, mais ce qui est inséparable de la papauté , et dont le pape exige l'approbation de tous ceux qui le reconnaissent, faute de quoi la marque est fausse : et il n'en faut pas davantage pour dissiper par un seul coup presque tous les livres de nos adversaires.
XII. Quant à ce que prétend M. Jurieu, qu'il y a eu tant de corruption dans la chaire de saint Pierre , qu'on ne la peut jamais prendre pour autre chose que pour le siège de la pestilence et de l'Antéchrist, outre qu'on lui nie le fait qu'il avance , on lui soutient encore que la conséquence est directement opposée à la parole de Jésus-Christ ; et que quand l'iniquité de nos pontifes serait, s'il se peut, montée aussi haut que celle des pharisiens et des docteurs de la loi, lorsqu'ils ha'issaient Jésus-Christ jusqu'à machiner secrètement sa mort, il faudrait toujours avec Jésus-Christ leur renvoyer les lépreux', selon les termes de la loi, et dire encore avec lui : Ils sont assis sur la chaire : faites ce qu'ils enseignent , et ne faites pas ce qu'ils font'^ : autrement c'est ouvrir la porte au libertinage, et lever l'étendard de la sédition à tous les esprits chagrins et inquiets.
82. Caractères de l'Antéchrist dans les ministres. Leurs allégories tournées contre eux. — Mais pour convaincre une fois les trop crédules protestants de la vanité de leurs allégories, que répondront-ils si je leur dis que le méchant de saint Paul , sont les chefs et tout le corps des ministres albigeois, vaudois, vicléfites, luthériens et protestants en général? Leur apostasie est manifeste , en quelque sorte qu'on prenne ce mot , pour une révolte contre l'Eglise, ou contre les princes. Le mépris qu'ils ont fait des vœux solennels par lesquels ils s'étaient consacrés à Dieu et à la continence perpétuelle, augmente le crime de leur défection. Leurs blasphèmes sont inexcusables, puisque les premiers, et ceux qui ont entraîné tous les autres dans la révolte, se sont emportés jusqu'à faire Dieu auteur du péché et de la perte des hommes , lui ravir sa liberté aussi bien qu'à nous, et l'assujétir à une nécessité fatale^. On a vu les paroles expresses de Viclef. M. Jurieu a convaincu Luther et Mélanchthon d'une semblable impiété^. Calvin et Bèze n'en ont pas moins dit ; le fait est constant. M. Jurieu voudrait qu'on crût qu'il n'a accusé Luther que d'avoir employé des termes trop durs^ : mais ce n'est pas de termes dont il s'agit. Ce qu'il n'a pu s'empêcher de reconnaître dans ce chef de la réforme; ce qu'il en a dit avec douleur, et en favorisant, autant qu'il a pu, la mémoire d'un si grand homme, c'est qu'il a enseigné des dogmes impies , horribles , affreux , dignes de tout analhème, qui introduisent le manichéisme, et renversent toute religion^. Il ne s'agit plus de biaiser sur ce que la force de la vérité a fait confesser une fois : je prouve plus que je ne promets : ce ne sont pas ici des allégories , ce sont des blasphèmes bien formels. Ceux qui en ont imputé
1. Matlh., vin, 4. — 2. Idem, xxiti, 2, 3. — 3. Var., xi, n,152; XIV. et suiv., Addil. ù la fin, n. 2 et suiv, — 1. Idem, — 5. Lell. X, p. 77. — 6. Voyez Var,, ibid.
! au pape, qu'on n'ouït jamais parmi nous, sont con-
' vaincus par eux-mêmes d'en avoir proféré qui font horreur au ciel et à la terre, et par là de mériter, à la lettre, le titre d'impie, d'homme de péché, et d'ennemi de Dieu. Ce titre, avec le nom de réforme, c'est l'hypocrisie antichrétienne, et le mystère d'iniquité qui commençait à se former dès le temps
i des apôtres.
' Selon M. Jurieu', c'est au pape un caractère antichrétien , et le seul que ce ministre relève dans
I sa lettre xii, de se mettre au-dessus de ce qu'on appelle Dieu , en se mettant au-dessus des rois , dont le Saint-Esprit a dit : Vous êtes des dieux. Mais quel autre a porté plus loin cet attentat que
! lui et les siens? On peut voir les insolents discours de Luther^, chef de la réforme, contre l'empereur et les rois, lorsqu'il ordonne de leur courir sus, à cause qu'ils défendaient l'ancienne religion. Les effets ont suivi les paroles : peut-on plus s'élever contre les rois, que d'avoir entrepris contre eux de sanglantes guerres, de soutenir encore aujourd'hui, avec le prophète Jurieu^, à la face de la chrétienté, qu'elles sont justes; d'éluder avec ce ministre l'exemple des martyrs , qui parmi tant de tourments n'ont pas pris les armes, en disant qu'ils n'ont été patients que parce qu'ils étaient faibles^ d'attribuer leur soumission, non pas aux préceptes de Jésus-Christ et des apôtres, mais à erreur, à faiblesse , à une prudence de la chair qui ne tendait qu'à éviter un plus grand mal, et à ne se pas inutilement exposer contre le plus fort? Tout cela qu'est-ce autre chose que de prêcher contre la révolte aussitôt qu'on se trouvera en état de la soutenir? Voilà ce que dit un ministre qui vantait, il y a quatre ans, la fidélité de son parti envers les rois, comme étant à toute épreuve^. On peut ici se souvenir de ce que le roi Jacques disait des puritains, c'est-à-dire, des presbytériens et des calvinistes de son royaume, qu'il marquait comme ennemis déclarés de la royauté. Il avait un secret pressentiment de ce que cette secte ferait souffrir à sa postérité. Et sans ici rappeler à notre mémoire tout ce qu'on a vu de nos jours, dont on ne trouve point d'exemple parmi les peuples les plus barbares; ce qu'on fait encore à présent contre un roi, à qui ses plus grands ennemis ne peuvent refuser quatre grandes qualités : l'amour de sa religion , l'amour de son peuple, la justice et la valeur; ce qu'on loue comme un ouvrage divin , et comme le chefd'œuvre de la réforme , malgré toutes les lois d'un grand royaume, malgré les serments les plus solennels, malgré la nature même dont les droits les plus sacrés sont violés , et malgré le respect qu'on doit à l'inviolable majesté des rois, montre assez combien on honore ces dieux terrestres.
Pour achever de mépriser tout ce qui porte la marque de Dieu , la réforme a outragé les saints en accusant les plus savants, qui sont les Pères du quatrième siècle, de blasphème et d'idolâtrie^; et ce qui n'est pas moins injurieux, ceux des siècles précédents, d'avoir ignoré et obscurci tous les mystères, jusqu'à moins connaître Dieu que les philosophes; par où ils ont foulé aux pieds les promesses de Jésus-Christ, l'Eglise, qui est son corps, et ceux
1. Lell. XII, p. 89. — 2. Var., liv, i, 25; vm, 1. — 3. Lctt. ix. — 4. Po'Jlii/. du clergé. — 5. Voyez ci-dessus, n. 28 e( sitiv. 34.
AVERTISSI'MEXT AUX PROTESTANTS
dont il adil : Qui vous vcoute, vi'écoutc, sans rien lais><er dans Tunivers qui soil ;\ couvorl do leur audace. Au surplus, on ne pont nior qu'ils ne se soient élevés loul ouverloniont au-dessus de Jésus- Chrisl . puisque mémo les luthériens onl refusé de l'adorer où ils le croient présent, et que le reste des prolestanls leur a tourné à louange celte irrévérence. Us n'ont pas prouvé ce t]u'ils avancent, que les papes aient dispensé do la loi de Dieu, ni qu'on y ail jamais songé dans l'Eglise catholique : mais nous leur avons prouvé par des actes authentiques' que les chefs de la réforme l'ont fait en plusieurs manières à roccasion du mariage. Le minisire Jurieu, qui ne peut s'empêcher de condamner leurs excès, u\che néanmoins d'en soutenir le principe, cl il ne craint point de dire qu'il y a des cas où l'on se peul dispenser de la loi de Dieu-. On peut voir sa loilre vni, qui fera Irouver efl'eclivcmenl dans les niinislres ce que les ministres onl imputé calomnieusemenl aux papes el à l'Eglise calholique. Ils se sonl assis dans le lemple de Dieu , lorsqu'érigeanl sous ce nom une fausse Eglise , ils s'y sonl fait une chaire sans que Dieu les envoyât, et onl appris à tous les particuliers à se rendre arbitres de leur foi el du sens de l'Ecriture, c'est-à-dire, ù prendre pour Dieu tout ce qui leur entre dans le cœur, el à se faire une idole de leur propre sens; c'est se montrer dans le lemple de Dieu , comme si on était un dieu, el c'est faire tout particulier infaillible el indépendant. Si les ministres répondent qu'à ce coup ce sonl là des allégories, elles sont meilleures que les leurs, et fondées sur des faits plus positifs. S'ils m'accusent de supposer ce qui est en question , je le fais exprès à leur exemple. Nous avons droit de supposer aussi hien qu'eux ce que Dous croyons avoir établi sur de meilleures preuves; et il n'en faut pas davantage pour leur soutenir que tant d'erreurs, tant d'impiétés, tant de révoltes qu'ils onl introduites dans l'univers, leur ont mérité le titre d'hommes de péché , et tous les autres opprobres dont ils onl tâché de nous noircir avec beaucoup moins d'apparence.
Pour ce qui est des i)rodigcs et des signes, à voir le dédain qu'ils onl fait paraître pour les miracles les mieux attestés , cl par les plus graves témoins , el avec le consentement le plus unanime, on dirait qu'il? ■ -•■ ■il exempts de la faiblesse de croire les faux î - : mais au contraire, ils né nous par-
lent que de prophéties, que de voix entendues en I'-''"" ' ■'• ■ '; rs prophétiques gravés sur les t'" . . r«;mnies , aussi faux fjue mal
conçus el mal bâtis, et d'autres contes semblables. 0 ' ■ ' ' i avouer que tout cela serait vrai , ti (lient surnaturel qu'il est vulgaire
cl jrrossicr, nous aurions autant de raison de l'attri- -[»rils abu-eurs, que les minisires en .;ur attribuer les miracles f|u'un saint , un saint Augustin, et les autres ont ■■)<: on ayant été les témoins avec , -, ■ n est vrai que les miracles qu'on tante Uni dan.s la r/'forme sonl si légers, fpie Satan tri'*-- ni n'y a employé que ses plus gros-
'''"■■ ""'- f'fM a.«sez qu'on .s'y prenne,
'■' aux ministrffs quijesannon-
'■'•ni couiriie fl<-» «igne.s du ciel , le caraclère d'An-
I Var.,H9. rt, n. t, el §u(«. 11.-2. /,««. viii.
techrisl. Je ne serai pas embarrassé de ces paroles : Celui qui tient, après les diU'é renies interprétations qu'on en a vues. Que s'il fallait nécessairement trouver ici l'empire romain, premièrement quand je n'aurais rien à proposer de vraisemblable, je me sauverais aisément, à l'exemple de nos adversaires, en soutenant qu'ils n'en sont pas moins l'Antéchrist, encore que je ne puisse pas trouver dans un temps précis cette marque de leur naissance. Qu'on me donne cinq ou six cents ans dont il me soit libre de me jouer, comme ils ont fait, j'ajusterai celle histoire, et je saurai trouver mon compte aussi bien qu'eux; et quand il en faudrait enfin venir à quelque temps plus précis, qui m'empêchera de dire qu'encore que l'empire romain fût tombé à Rome, et démembre dans la source, comme saint Jean l'avait prédit, il tenait encore en Orient : qu'il a été en quelque manière renouvelé à Rome, même du temps de Gharlemagne : que c'était là ce qui arrêtait le mystère d'iniquité, et l'empêchait d'éclater; mais que la maison de Gharlemagne étant tout à fait éteinte, et en France comme en Italie, vingt ans avant que les manichéens, les premiers auteurs de nos adversaires , commencèrent à éclater, c'était alors que le méchant devait paraître : qu'en effet , on devait commencer alors à renier Jésus-Christ présent dans l'Eucharistie, à prendre pour idolâtrie l'honneur de ses saints, à donner le nom d'Antéchrist à son Eglise, el à le mériter plus que jamais par cet attentat?
83. Contradiction manifeste du ministre Jurieu sur le sujet de l'Antéchrist de saint Paul. — Pour achever de faire voir que l'explication des protestants sur le passage de saint Paul est un amas de contradictions et de faussetés manifestes, je prie le lecteur de se souvenir que s'il y a dans le système protestant quelque chose de fondamental et de certain , c'est que l'Antéchrist de saint Paul doit venir au temps de la chute de l'empire romain : c'est- ce que M. Jurieu établit autant qu'il peut au chapitre IV de ses Préjugés , où tout son but est de montrer « qu'il faut que l'empire romain soit aboli devant » que l'Antéchrist soit révélé; que l'Antéchrist en » doit occuper la place; que tout le monde convient » que l'Antéchrist devait être manifesté incontinent » après que l'empire romain serait détruit'. »
De là il conclut que, pour décider si l'Antéchrist est venu, il ne s'agit plus que de savoir si Vempire romain subsiste encore; et comme plusieurs catholiques répondent qu'il subsiste en Allemagne, il soutient qu'il faut avoir perdu toute pudeur, pour mettre l'empire romain si loin de Rome : d'où il conclut^ « que l'empire romain a cessé, quand » Rome a cessé d'être la capitale des provinces, et » que son empire » fut démembré aux environs du cinquième siècle.
Voilà parler nettement, et il n'y a rien de plus positif que la cliulc de cet empire déjà arrivée, cl celle chute marquée comme le signe certain de l'Antéchrist venu au monde.
Il ne parle pas moins positivement dans sa lettre XII, qui vient de paraître, du 15 février 1689. « L'ariliclirislianisme , » flil-iP, « ne devait être » révélé que quand l'empire romain temporel soft rail anéanti , el cela après le milieu du cinquième
\.Préf., 1. p.,ch. iv,p.H\. — 2. Idem,H'2. — 3. P. 80, 90.
SUR L'EXPLICATION DE L'APOCALYPSE
» siècle, » où il prétend que le papisme fut manifesté.
Il semble donc qu'il n'y a rien de plus constant; et pour le mieux assurer, le ministre se fortifie de l'autorité de tous les anciens^ dans la présupposition qu'il fait toujours que les anciens sont d'accord à faire venir l'Antéchrist, lorsque l'empire romain sera dissipé. Mais le système est composé de tant de pièces mal assorties , qu'il n'y a pas moyen de les concilier, ni de marquer bien nettement ce qu'on veut donner pour certain; car après l'impression des Préjugés, en 1685, le ministre ne fut pas longtemps sans s'apercevoir que tout cela ne pouvait cadrer avec le reste du système; et un an après, dans V Accomplissement des Prophéties^ il parle en ces termes de l'endroit des Préjugés qu'on vient de voir : « L'explication et l'application de saint Paul « à l'empire du papisme a été faite là d'une manière » assez exacte pour nous empêcher d'y retoucher, » à l'exception de l'article dans lequel l'Apôtre a » dit : Vous savez ce qui le retient , et celui qui oc- » cupe, occupera. » C'est-à-dire, que tout allait bien, excepté l'endroit principal, puisque c'est celui-là qu'il va changer. « Tout le monde, » continue-t-il, « A TOUJOURS CRU ET CROIT ENCORE quo par cclui qui » occupait du temps de saint Paul , il faut entendre » l'empire romain; et l'on a compris que l'Apôtre » avait intention de dire que l'empire antichrétien » ne paraîtrait point au monde que l'empire romain » ne fût aboli. » Voyons donc ce qu'il faudra croire enfin de ce que tout le monde avait cru et croyait encore, c'est-à-dire, de ce qu'avaient cru tous les anciens et les modernes , par conséquent les protestants comme les autres, et lui-même avec eux tous, il n'y avait pas plus d'un an, à l'endroit de ses Préjugés, où il traitait celte affaire. Mais cela, dit-iP, ne s'accorde pas avec les autres prophéties. Ce qu'ayant décidé ainsi, il fait encore cette dema^îde''. « Si cela est , que faut-il entendre par ces » paroles de saint Paul ; Celui qui occupe, etc. » cela ne signifie pas jusqu'à ce que l'empire ro- » main soit aboli, comme ont cru les anciens, et » comme voudraient bien persuader les suppôts de » l'Antéchrist d'aujourd'hui. » Ainsi ce qu'il nous propose, comme chose que tout le monde, et par conséquent les prolestants comme les autres avaient crue et croyaient encore, est en môme temps une invention des suppôts de l'Antéchrist; et le sentiment de ces suppôts de l'Antéchrist est le même que celui des anciens , dont on vient de voir qu'il fait tant valoir l'autorité.
On voit bien qu'il lui faut penser à tant de choses pour faire cadrer son système et remédier aux inconvénients qui s'élèvent de toutes parts, qu'à chaque moment il oublie ses propres pensées; et pour montrer en cet endroit ce qui l'incommode , c'est qu'il se trouve engagé à dire avec les autres protestants, que Daniel, saint Paul et saint Jean ne disent que la même chose, et que le pape est partout.
Dans ce dessein , Daniel est le premier à l'embarrasser; car des quatre monarchies que ce prophète a prédites, après lesquelles doit venir l'empire de Jésus-Christ, le ministre veut que la dernière soit celle des Romains , et par conséquent que l'empire
1. Préj.,\.p., cil. IV, p. 89, 93.-2. Ace, \.p.,p.8. — 3. Idem, p. 83. — 4. I0id.,p.91.
de Jésus-Christ ne vienne qu'après celle-là , mais incontinent après : ce qu'il croit avoir bien prouvé par deux endroits de ce prophète, dont je ne veux pas disputer ici*. Pour l'empire du Fils de Dieu , il ne faut pas croire qu'il ait commencé à sa naissance, ou à la prédication de son évangile; il ne commencera qu'avec ces mille ans pris à la lettre , que ce ministre est venu rétablir après Joseph Mède, et finira avec eux^; d'où il conclut que, selon Daniel, l'empire romain doit durer jusqu'au commencement de ce règne de mille ans, et par conséquent qu'il dure encore.
Mais où dure-t-il? dans le pape. La papauté est une partie de l'empire romain que Daniel avait vu, et saint Jean a vu aussi la môme chose dans ses deux bêtes : le ministre le veut ainsi. Mais si cela est, il faut bien changer en effet tout ce qu'on disait sur le passage de saint Paul : car s'il est vrai, selon cet apôtre, que l'Antéchrist, qui est la papauté , ne doive venir qu'après que l'empire romain, dont une partie est la papauté, sera tombé, il s'ensuit que l'Antéchrist ne paraîtra qu'après que l'Antéchrist aura disparu : ce qui serait un nouveau mystère dans le système protestant , à la vérité difficile à démêler, mais digne de tous les autres.
Pour y trouver quelque dénouement , celui qui tient , dans saint Paul, n'est plus l'empire romain : tout le monde qui le croyait et le croit encore , s'est trompé : c'est seulement la sixième tète de la bête , c'est-à-dire, selon le système, le sixième gouvernement de Rome, qui est celui des empereurs; et le sens de saint Paul est que quand celte sixième tête cessera à Rome, alors le règne antichrétien se manifestera, et formera bientôt une septième tête qui sera celle des papes^.
C'est ainsi que le ministre se tire d'affaire dans VAccomplisseynent des Prophéties. Mais pourquoi donc change-t-il encore dans sa lettre xn, en disant que le règne antichrétien et papistiquc ne devait paraître, que quand l'empire romain temporel serait anéanti? Y a-t-il rien de plus détruit que ce qui est entièrement réduit au néant? Comment donc le ministre peut-il soutenir que l'empire romain temporel est mis au néant , puisqu'il doit subsister jusqu'au prétendu règne de Jésus-Christ qui est encore à venir? C'est apparemment que Daniel aura vu un autre empire romain que le temporel : il aura prédit que cet empire se spirilualiserait à la fin dans les papes : mais dans quel endroit de sa prophétie a-t-il découvert ce nouveau mystère , et a-t-il montré autre chose dans ses quatre bêtes , que des empires purement temporels? Qu'on est à plaindre de n'aimer pas mieux garder le silence, que d'interpréter les prophètes avec des illusions semblables?
84. Pitoyables extrémités où s'engagent les protestants. Conclusion de ce discours. Pour achever de les découvrir, je n'ai plus qu'une vérité à répéter; c'est qu'il n'y a nul rapport entre les deux bêtes de saint Jean et le méchant de saint Paul : la première, parce que le méchant de saint Paul ne fait adorer que lui-môme; tout au contraire de la seconde bête de saint Jean , comme on a vu : la seconde, parce que le méchant de saint Paul doit
1. Dan., n, VII. — 2. Jur., Ace, p. S9, et 2. p., ch. xiii cl suiv., p. 261.— 3. Ace, p. 92.
DE KXCIDIO HAinLONIS.
venir à la tin des siècles, cl les deux bèlos, mille ans auparavant : la troisième, qu'au temps de Gog et Magog, où se fera la dernière persécution, il n'est parlé en etTel de la bète et du faux prophète, que comme de gens déj;\ plongés dans Tètang de feu'; ce qui achève de démontrer qu'ils apparlc- Daient à une autre persécution, et non pas à la dernière.
Que si ce n'est pas la dernière, ce n'est pas celle de l'Antéchrist, premièrement, parce que l'Antéchrist, qui. par son nom même, est le plus grand ennemi de Jésus-Christ, est celui que Satan réserve pour faire son dernier efl'ort à la lîn du monde, lorsqu'il sera déchanié ; et secondement, que c'est aussi celui que Jésus-Christ se réserve pour le détruire par lui-même, et en faire le plus éclatant, comme le dernier exemple de sa justice; ainsi que l'ont entendu tous les anciens, tous les modernes catholiques, et même jusqu'à nos jours tous les protestants.
De là il s'ensuit clairement que la bête de l'Apocalypse n'est pas l'Antéchrist; et que toutes les applications qu'on en fait au pape sur la présupposiiion qu'il est l'Antéchrist, portent à faux.
Que si l'on dit que sa cause n'en est pas meilleure, puisque toujours il serait la bète qui ne vaut pas mieux : outre que nous avons exclu d'une si sainte puissance tous les caractères de la bêle, ses blasphèmes , ses prostitutions , ses idolâtries , son nom même , sa courte durée , son prophète avec ses prodiges, ses tètes, ses cornes et tout le reste de son attirail : sans rentrer dans cette dispute, nous aurons déjà pour avoué que le rapport qu'on nous vante entre saint Paul et saint Jean sera devenu insoutenable; de sorte que l'un des deux apôtres sera incontestablement mal allégué. Quand les protestants auront choisi l'endroit par où ils veulent commencer à reconnaître leur erreur, nous aviserons à l'autre.
I. Sup. Explic. du ch. xx, ^ 7, 9, et à la fin; Aven., n. 51, 55.
El si pour concilier de nouveau saint Paul cl saint Jean, ils soutiennent que l'Antéchrist et le méchant de saint Paul n'est pas le dernier persécuteur, en disant avec M. Juricu que le jour de l'éclatante apparition de Jésus-Chrisl n'est pas aussi le dernier jour que les Tliessaloniciens craignaient si fort; contre la suite du texte et la doctrine constante non-sculcmenl de tous les saints Pères, mais encore de presque tous les protestants : les voilà avec ce ministre réduits à reconnaître deux apparitions éclatantes de Jésus-Christ; l'une, pour commencer les mille ans, et l'aulre pour le dernier jugement; sans qu'il y ail de salul pour leur interprétation autre part que dans l'opinion des millénaires, avec toutes les absurdités que nous y avons remarquées.
Il ne nous reste donc plus, après une Apocalypse si déligurée , un sainl Paul si mal entendu , el tant de contes si mal digérés, que de prier Dieu pour nos frères qui s'y sont laissés tromper, et enfin de leur faire craindre que de toutes les prophéties dont on leur promet l'accomplissement en nos jours, il n'y en ail qu'une seule qui s'accomplisse malheureusement pour eux; je veux dire la fin de celle de la seconde aux Thessaloniciens : « Parce qu'ils » n'ont pas voulu ouvrir leurs cœurs à la vérité, )) qui les aurait sauvés, Dieu leur enverra un esprit » d'erreur; en sorte que ne croyant pas à la vérité, » et consentant à l'iniquité, ils soient justement con- » damnés' ? »
Au reste, nous espérons de meilleures choses, encore que nous parlions ainsi ^ ; et loin de croire que Dieu déploie sa juste vengeance, pour punir les irrévérences de nos frères envers le pape, envers l'Eglise catholique, et envers les saints qui en ont été la lumière , nous osons bien nous promettre de son immense miséricorde , non - seulement qu'il amollira les cœurs endurcis , mais encore que l'excès de l'égarement sera un moyen pour en revenir.