‹ Œuvres complètes de BossuetChapitre 351 sur 851 · Ibid., vu U · texte numérisé non relu

Ibid., vu U

MilDITATIONS SUR L'KVANGILE,

Chrisi promet ;\ ses amis, est la cite permanente * qu'il leur a hAlie ilans le ciel pour y vivre éleniello ment.

11 ne restait plus qu'à expliquer ce que c'est que celte vie éternelle : et c'est ce qu'il lait dans le a"- 3 que nous venons de transcrire.

La vie éternelle commencée consiste à connaître par la foi ; et la vie éternelle consommée consiste à voir face à face et à découvert ; et Jésus-Christ nous donne l'une et l'autre, parce qu'il nous la mérite, ol qu'il en est le principe dans tous les membres qu'il anime.

La vie éternelle n'est pas dans les sens, qui sont trop attachés au corps et à la partie de l'homme grossière cl mortelle . que les hèles ont comme nous, et plus parfaite par certains endroits : elle est dans la partie immortelle et intelligente , où est l'image de Dieu, dont la princii)ale opération, et la source de toutes les autres, c'est la connaissance.

f On n'aime point ce qu'on ignore, » dit saint Augustin'-. « Mais quand on aime ce qu'on a commencé à connaître, un peu, l'amour fait qu'on le connaît plus parfaitement , » et ensuite qu'on l'aime davantage.

La connaissance dont parle ici Jésus-Christ , est une c-onnaissance tendre et affectueuse qui porte à aimer; parce qu'elle fait entendre et sentir combien est aimable celui qu'on connaît si bien. « Celui qui dit qu'il le connaît , et ne garde pas ses commandements , c'est un menteur, et la vérité n'est pas en lui; mais celui qui garde sa parole, l'amour do Dieu e^t vraiment parfait en lui^. » La connaissance véritaljle et parfaite, est une source d'amour. Il ne faut point regarder ces deux opérations de l'àme, connaître et aimer, comme séparées et indépendantes l'une de l'autre ; mais comme s'excitanl et perfectionnant l'une l'autre. Dieu même dit à Moïse : « Je te connais, et je l'appelle par ton nom*, » c'est-à-dire, je t'approuve, je t'aime. Nous connaissons Dieu vérilablemcnl, quand nous l'aimons : une connaissance spéculative cl purement curieuse, n'est pas celle dont Jésus-Christ dit qu'en elle consiste la vie. Les démons connaissent Dieu de celle sorte; et leur connaissance fait leur orgueil cl leur damnation. Connaissons donc et aimons : c'est ce que demande Jésus-Christ.

Jésus-Christ s'égale lui-même à &on Père par celle parole. Premièrement , parce qu'il dit que c'esl lui qui donne la vie éternelle à ceux que son Père lui a donnés; ce qui ne peut être qu'un ouvrage divin. Secondement, en ce que le connaître , comme connailrc le Père, est la vie éternelle : ce qui ne se dirait jtas d'une i)ure créature, en laquelle la vie éternelle ne peut jamais être. Et ainsi la vie élcrnellc étant dans le Fils, comme dans le père, saint Jf-an a eu raison de dire de lui : « Celui-ci est le vrai Dieu cl la vie éternelle ^ : » parce qu'il avait dit auparavant : « Kl voici le témoignage do Dieu en nous, rpie Dieu nous a donné la vie élernelle : r-i celte vie esl dans son Fils". »

Quand donc il dit que le Père est le seul vrai Dieu, il oc s'exclut pas d'élre le vrai cl seul Dieu

J. H-b.. I». 10; XIII, U. 5«. Tmct., xf.vi. in Joan., n. 4. — A. I. Joan.. II. 4. 5. — i. Ex., xxxiii. U, 17. — 5. /. Joan., y. 20. — 6. tdem. 11.

avec lui, puisqu'avoc lui il donne la vie éternelle , et qu'avec lui il est la vie éternelle.

(Juand il dit à son Père , qu'il donne la vie éternelle à ceux qu'il lui a donnés , il se fait égal à lui. Lequel est le plus ou que le Père les donne au Fils, ou que le Fils leur donne la vie éternelle? Mais quand il dit qu'il donne la vie éternelle, exclut-il le Père? A Dieu ne plaise. Ainsi quand il dit que le Père est le seul vrai Dieu, il ne s'exclut pas luimême; mais il fait entendre qu'il est un seul et vrai Dieu avec son Fils, qui donne avec lui la vie éternelle, et qui est avec lui la vie éternelle. El s'il nomme le Père le seul vrai Dieu, on voit bien que c'est sans s'exclure lui-même, puisqu'il s'attribue à lui-même ce qu'il y a de plus divin, qui est de donner la vie, et d'être la vie : et sans exclure le Saint- Esprit , qui est si souvent appelé ailleurs un Espril sanctiliaiil et vivifiant. El tout est compris dans Ic nom du Père, selon ce langage mystique, oîi en nommant le Père, qui est le principe, on nomme tout ce qui est enfermé en lui , comme dans la source commune. On nomme donc tout ensemble et le Fils et le Saint-Esprit : en sorte que lorsqu'il dit que son Père est le seul vrai Dieu, et que la vie éternelle est de connaître le Père et le Fils; il insinue que tous deux ensemble avec le Saint-Esprit , qui procède d'eux, sont un seul et môme et vrai Dieu , à l'exclusion des faux dieux , à qui on donne ce titre incommunicable. Voici donc le sens entier de ce verset : la vie éternelle est à vous connaître , vous qui êtes la vérité même ; et à connaître votre Fils, qui, comme Dieu, étant avec vous la vérité et la vie, comme homme est le milieu pour aller à vous.

Nous entendons maintenant ce qui fait l'Eglise. C'est que le Père donne au Fils ceux qu'il veut faire ses membres; afin que le Fils en les recevant dans l'unité de son corps , leur donne la vie éternelle , qui consiste à connaître le Père et le Fils de celte manière aiïeclueuse qui fait qu'on les aime.

Il ne faut donc pas exclure la connaissance : à Dieu ne plaise! Et les mystiques, qui semblent la vouloir exclure , ne veulent exclure que la connaissance curieuse et spéculative qui se repaît d'ellemême. La connaissance doit , pour ainsi dire , se fondre tout entière en amour. Il faut entendre de même ceux (jui excluent les lumières : car ou ils entendent des lumières sèches et sans onction , ou en tout cas ils veulent dire que les lumières de cette vie ont quelque chose de sombre et de ténébreux ; parce que plus on avance à connaître Dieu, plus on voit, pour ainsi parler, qu'on n'y connaît rien qui soit digne de lui : et en s'élevant au-dessus de tout ce (|u'on en a jamais pensé , ou qu'on en pourrait l)enser dans toute réternilc, on le loue dans sa vérité incompréhensible; et on se perd dans celle louange; et on lAche de réparer en aimant ce fiui manque à la connaissance; quoique tout cela soit une espèce de connaissance, et une lumière d'autant plus grande, que son propre effet est d'allumer un saint et él(;rnel amour.

C'était un jlambeau ardent et luisant, dit Jésus- Christ, en parlant de saint Jean-Baptiste; et vous avez voulu durant qaelque temps vous réjouir à sa lumière*. Ceux fjui, comme les Juifs, ne font <pie

Page 1