‹ Œuvres complètes de BossuetChapitre 352 sur 851 · Joan., V · texte numérisé non relu

Joan., V

LA OENE. — SECONDE PARTIE

se réjouir à l'aspect de la lumière, ne songent pas que le llambeau était tout ensemble ardent et luisant; et ils séparent la lumière d'avec l'ardeur; et leur joie ne dure qu'un moment. Afin qu'elle soit durable et véritable, il faut se laisser brûler d'un éternel amour, qui est le fruit de la connaissance où Jésus-Christ met aujourd'hui la vie éternelle.

XXXVIIIû JOUR.

Gloire infinie du Père et du Fils. (Joan., xvir. 4.)

Je vous ai glorifié sur la terre par ma prédication et par mes miracles : j'ai achevé l'ouvrage que TOUS m'aviez donné à faire*. Ce qu'il entend, tant de ce qu'il avait à l'aire durant le cours de sa vie mortelle, que de ce qui lui restait à faire dans sa passion, qu'il regarde comme fait; parce que dans un moment il l'allait être, et l'était déjà dans sa pensée. Puis donc qu'il a accompli ce que son Père lui avait donné à faire pour sa gloire : que restait-il autre chose, sinon ce cm'il dit : « Et maintenant glorifiez-moi, vous mon Père, de la gloire que j'ai eue en vous devant que le monde fût-'? »

La gloire qu'il donne à son Père, c'est de déclarer son immense et naturelle grandeur : la gloire qu'il lui demande, c'est que son Père déclare aussi la grandeur dont il jouissait éternellement dans son sein comme son Verbe, qui étant en lui ne pouvait rien être de moins que lui , et qui était par conséquent un seul et même Dieu avec lui. Il le prie donc de déclarer celle grandeur, en la répandant sur l'humanilé qu'il s'était unie , comme faisant avec lui une seule et môme personne ; et sur les hommes qu'il s'était unis, comme ses membres vivants. Et c'est tout le fonds de sa prière, comme la suite le fait paraître.

Voilà donc l'unité parfaite, et la parfaite égalité du Père et du Fils. Le Fils glorifie le Père, comme le Père glorifie le Fils. Ils se donnent mutuellement une gloire infinie dans l'éternité par leur amour mutuel : et ils se donnent dans le temps, la gloire qui leur est due; parce que le Père manifeste le nom du Fils , et le Fils le nom du Père, dont il est lui-même « la gloire, l'éclat, l'image invisible, l'empreinte de sa substance, et le rejaillissement de sa lumière élernelle^. » Et notre gloire est d'avoir part à celle que se donnent mutuellement le Père et le Fils, ainsi que les paroles suivantes le déclarent.

XXXIXe JOUR.

Jésus sauve tous ceux que son Père lui a donnés. (Joan., xvir. 6; VI. 37-40; X. 27-30; vi. 43, Oo, Gti.)

« J'ai fait connaître votre nom aux hommes que vous m'avez donnés, » en les tirant du monde : « Ils étaient à vous, et vous me les avez donnés, et ils ont gardé votre parole''. » Lisez encore le t. 7 et le t. 8; et remarquez bien tout ce qu'il y dit de ceux que son Père lui a donnés. Lisez aussi ces paroles du même Sauveur, en saint Jean : « Tout ce que mon Père me donne vient à moi ; et je ne chasserai point celui qui y vient; parce que je suis descendu du ciel, non pour faire ma volonté, mais pour faire la volonté de mon Père. Or la volonté de mon Père, qui m'a envoyé, est que je ne perde rien de tout ce qu'il m'a donné , nuiis que je le ressuscite au

1. Joan., XVII. 4. — 2. Idem,'). — 3. H.:b., i. 1, 2, 3. — 4. Joan., XVII. C.

dernier jour', » de la résurrection des justes, et pour lui donner la vie éternelle.

Lisez encore ces paroles du chapitre x : « Mes brebis entendent ma voix; et je les connais, et elles me suivent : et je leur donne la vie éternelle, et elles ne périront point éternellement, et personne ne les ôtera de ma main. Ce que mon Père m'a donné est plus grand que tout; » ou, comme porte le Grec : « Mon Père, qui me les a données, est plus grand que tout, et personne ne peut rien ôler de la main de mon Père. }tIoi et mon Père ne sommes qu'une même chose 2. »

Lisez encore ces paroles de Jésus-Christ, en saint Jean : « Ne murmurez point les uns contre les autres : personne ne peut venir à moi, si mon Père, qui m'a envoyé, ne l'attire; et je le ressusciterai au dernier jour. Il est écrit dans les Prophètes : Ils seront tous enseignés de Dieu. Quiconque a été enseigné de mon Père, et a appris, vient à moi^. » Et après : « Il y en a parmi vous qui ne croient pas; car il savait dès le commencement qui étaient ceux qui ne croyaient pas, et qui était celui qui le trahirait. Et il disait : C'est pour cela que je vous ai dit : Personne ne peut venir à moi, s'il ne lui est donné par mon Père''. »

Passez quelques heures, quelques jours, à considérer attentivement et humblement loules ces paroles, dont le rapport est manifeste. En gros, vous y verrez la secrète et mutuelle communication du Père et du Fils, pour choisir les hommes , pour les attirer, pour les séparer du monde; el leurs secrets, mais justes jugements, pour les laisser à euxmêmes, lorsqu'ils ne croient point, et qu'ils périssent; comme on entendra dans la suite du fils de perdition, qui devait périr, ainsi qu'il avait été prédit. Voilà ce que vous verrez en général. Ne vous déterminez encore à rien; car peut-être aussi qu'à la fin il ne faudra se déterminer à autre chose qu'à adorer ces profondes et mystérieuses paroles.

Et aussi , comme Jésus-Christ ne les a dites que pour nous instruire, peut-être y faudra-t-il entendre quelque chose, plus ou moins, selon qu'il plaira à Dieu de les découvrir. Lisez donc, et relisez; considérez, ruminez, recevez toutes les pensées qui vous viendront naturellement et simplement dans l'esprit : écoulez tout; pesez tout. Ecoulez principalement ce qui prend le cœur, ce qui l'incline vers Dieu, vers Jésus-Christ, ce qui l'abaisse , ce qui l'humilie, ce qui le relève, ce qui le fait trembler, ce qui le console; et dites en vous-mêmes : Tout cela est vrai; tout cela est juste : soit (lue Dieu veuille que je l'entende, ou que je ne l'entende pas, tout est véritable , tout est juste : j'adore celle vérité, celle justice; aussi content de rentendre (]uc de ne l'entendre pas; parce que, quel(|ue intelligence qu'il plaise à Dieu de m'en donner, l'intime de ce secret sera toujours pour moi impénétrable. Ou plutôt, sans y rien entendre, je me conienlerai de croire; et je m'unirai de cœur en toute simplicité el candeur, à loules les vérités que Jésus-Christ a voulu ici ou cacher ou découvrir à l'humble troupeau qui enleiid sa voix. Taisons-nous ici, el écoulons en graml silence les impénétrables vérités de Dieu.

1. Jo'oi., VI. 37, 38 39 — 2. Idem, x. 27, 28, 2<), 30. — 3. IbiJ., VI. 13, 11, 15. — 4. Jhid., 05, 60.

MÉDITATIONS SUTx L'ÉVANGILE.

Les flus sont tirés du momie par le Pt^re. (Joan., xvii. 6.)

La pioiniore vorilé qui parait dans les paroles de Ji'^sus-C.hrist , c'est que ceux que le Père donne à son Fils, il les a tirés du monde : J'ai, dil-il, manifesté rotre nom, vos perfections, vos grandeurs, vousuiènie, voire sagesse, vos conseils : et encore , votre nom , ce nom de Père, qui n'avait point encore étô révélé pariailement: je Val manifesté aux hommes que vous m'avez donne's, en les tirant du monde'. lis y étaient donc: ils en étaient de ce monde, dont il est écrit : « Le monde ne l'a pas connu- : » et encore : « N'aimez pas le monde, ni tout ce qui est dans le monde : parce que tout ce qui est dans le inonde est concupiscence de la chair, ou concupiscence des yeux, ou orgueil de la vie*. « Ce qui est ramassé dans ce seul mol de la même épilre : « Tout le monde est gisant , plongé dans le mal : » tout y est mauvais, tout y consiste en malignité : Totus iir.NDUs i.N MALiGNO posiTUS EST ''. C'csl donc de ce monde, et du milieu de la corruption, et du péché que Dieu a tiré ceux qu'il a donnés à son Fils. Ce n'est point pour leurs mérites, pour leurs bonnes œuvres, qu'il les a tirés, séparés, démêlés du monde. Voilà une première vérité , que tout homme que Dieu a donné à Jésus-Christ, était dans la corruption , dans le mal , dans la perdition. Et quand il dit : Ils étaient à tous^, il ne veut pas dire : Ils étaient à vous par leur vertu , ils étaient à vous par leur bonne volonté; mais , ils étaient à vous par la YiJtre : non par leur choix, mais par le vôtre : non parce qu'ils étaient bons, mais parce que vous l'étiez, vous, mon Père, qui les choisissiez pour me les donner.

Il est vrai qu'il parle ici des apôtres que le Père a donnés au Fils par celte grricc singulière de l'apostolat; mais cela est vrai de tous ceux que le Père a donnés au Fils en qualité de fidèles pour être ses membres; ainsi qu'il paraîtra au t. 24. Le Père les donne tous à son Fils par la même grâce, et par la même bonté gratuite, avec laquelle il lui a donné les apôtres. Qu'avaient-ils fait, pour être donnés au Fils do Dieu, pour être, non-seulement les membres, mais encore les principaux membres de son corps mystique? « Mon Père , vous les avez tirés du monde, ils étaient vôtres par votre bonté*. » Ne nous glorifions pas parce que nous étions au Père, et qu'il nous a donnés à son Fils : au contraire, humilions- nous, parce que nous n'étions à lui que par l'amour gratuit qui nous prévenait, conformément à cette parole : « Non que nous l'ayons aimé; car c'est lui qui nous a aimés le premier^. »

XL Je JOUR.

Le Fils instruit ceux qui lui sont donnés par le l'ère. (Ibid.)

VfdLA donc par où Dieu commence pour former l'Eglise : le Père choisit ceux qu'il rlonne à son Fils dans celle .secrète communication qui est entre eux; cl ccMx qu'il choisit ainsi, il les rend siens par ce • Il ix , et ils sont à lui : mais ils sont aussi ',i son I ils, parce qu'il les lui donne, et le Fils les reçoit de sa main, et il leur fait connaître le nom de

1. Joan., XVII. 8.-2. Idem. i. 10. —3. /. .fo'in.. ir. 15. V.) . — 4. Joan., y. lî». — 5. IiUm . x\i. r,, — n, /, Jo'in., iv. 10.

Dieu. V'oilù la prédication de Jésus-Christ, qui est le fondement extérieur de celle Eglise qu'il venait former. Et encore que cette gr;\cc de la prédication soit pour le peuple, elle regarde principalement les apôtres, qu'il établissait pour en être les docteurs.- Ainsi il les instruit en particulier, et leur apprend le nom de son Père; ce nom de Père qui envoie son Fils, et l'envoie par un pur amour, pour être le Sauveur du monde : voilà donc la prédication de Jésus-Christ.

Mais si sa prédication était purement extérieure , les apôtres ne lui diraient pas : Seigneur, augmentez-nous la foi\ Par celte prière ils ne voulaient pas lui dire : Prêchez-nous; car ils voyaient bien qu'il le faisait, et ne cessait de les instruire. Ils lui demandaient qu'il leur parlât au dedans pour leur augmenter la foi : et quand ils lui en demandaient raccroissement, ce n'était pas qu'ils crussent en avoir eu le commencement par eux-mêmes; mais ils demandaient le progrès à celui de qui ils tenaient le commencement. Et quand cet autre lui disait : Je crois, Seigneur; aidez mon incrédulité^, il entendait bien que celui qu'il priait d'en éteindre jusqu'au moindre reste, était celui qui avait commencé de la détruire dans son cœur. Jésus-Christ était donc connu comme celui qui agissait, qui parlait au dedans et au dehors; car il était la parole intérieure du Père; et quand il s'était revêtu de notre nature , pour exercer au dehors le ministère de la parole, il n'avait pas perdu pour cela cette qualité de parole intérieure qui demeurait dans le sein du Père, mais qui aussi s'insinuait dans tous les cœurs, en illuminant tout homme qui vient au monde^ : ei parlant à qui il lui plaît; comme il lui plaît; sans que personne puisse entendre la vérité, qu'autant que le Verbe lui parle de la manière qu'il sait; ni en particulier les vérités du salut, qu'autant qu'il lui insinue dans le fond du cœur ce nom secret de son Père, qui veut devenir le leur en les donnant à son Fils; qui les fait (ils et enfants à leur manière, lorsqu'il les unit à lui, et les fait ses membres.

Combien donc dois-je être attentif, et au dedans et au dehors, à la prédication, à la lecture de l'Evangile : et combien dois-je prêter l'oreille du cœur à celle douce insinuation de la vérité, qui se fait entendre sans bruit, et sans articuler des paroles qui se suivent les unes les autres, et n'ont de sens qu'à la fin; mais tout ensemble et par un seul trait, autant qu'il lui plaît de parler! 0 Jésus! j'écoute : parlez, luisez, éclairez, tonnez, échauffez, fendez les cœurs.

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