‹ Œuvres complètes de BossuetChapitre 377 sur 851 · EpisC. ad Poss. - 2. p. 339. —3. P. M · texte numérisé non relu

EpisC. ad Poss. - 2. p. 339. —3. P. M

la grâce, comme tout le monde sait. Alcuin, le plus savant homme de son siècle, et le maître de Gharlemagne, de l'aveu de M. Simon', suit saint Augustin et Bède sur l'Etangile de saint Jean, où. la matière de la grâce revient si souvent; et si notre auteur ajoute^ qu'e?i s' attachant au sens littéral, il ne fait pas toujours le choix des meilleures interprétations, c'est à cause, poursuil-il, qu'il est prévenu de saint Augustin. On l'était donc dès ce temps, et ceux qui l'étaient le plus étaient les maîtres des autres, et les plus grands hommes. Quand notre auteur fait dire à Claude de Turin^ que saint Augustin était le prédicateur de la grâce, il aurait pu remarquer que ce n'est pas seulement ce fameux chef des iconoclastes d'Occident, qui a donné ce titre à saint Augustin, mais encore tous les docteurs qui ont écrit depuis l'hérésie de Pelage. En un mot, dit M. Simon-*, « saint Augustin était le grand auteur de la plupart » des moines de ce temps-là. » Il pouvait dire de tous, à la réserve de ceux qui, en s'éloignant de saint Augustin sur cette matière , s'éloignaient en même temps des vrais sentiments de la foi , comme nous verrons. Au reste, qui dit les moines, ne dit pas des gens méprisables comme notre auteur l'insinue en beaucoup d'endroits, mais les plus savants et les plus saints de leur temps, et comme il les appelle lui-même, les maîtres de la science en Occident^.

Les auteurs qu'on vient de nommer, étaient du septième et du huitième siècle. Au neuvième s'éleva la contestation sur le sujet de Gotescalc , et encore que le crime dont on accusait ce moine, fut d'avoir outré la doctrine de la prédestination et de la grâce, les deux parties convenaient, non-seulement de l'autorité, mais encore de tous les principes de saint Augustin ; et sa doctrine ne parut jamais plus inviolable, puisqu'elle était la règle commune des deux partis.

Pour venir au siècle onzième (puisque dans le dixième on ne nomme point de commentateurs), M. Simon fait mention d'un commentaire publié sous le nom de saint Anselme , quoiqu'il ne soit point de ce grand auteur, et dit-il*^ : « Tout ce » commentaire est rempli des principes de la Ihéo- » logie de saint Augustin, qui a clé le maître des » moines d'Occident, comme saint Chrysostome l'a » été des commentateurs de l'Eglise orientale. » On peut donc tenir pour certain que les autres auteurs célèbres étaient attachés à ce Père, et il serait inutile d'en marquer les noms; mais on ne peut taire saint Anselme et saint Bernard, deux docteurs si célèbres, encore que M. Simon n'en ail point parlé. Or il est constant ([u'ils étaient tous deux grands disciples de saint Augustin, et que saint Bernard a transmis le plus pur suc de sa doctrine sur la grâce et le libre arbitre, dans le livre qu'il a composé sur celle matière.

Quand M. Simon vient à saint Thomas, il avoue que saint Augustin a été le nuiitre de ce maître des scolasliques, ce qui aussi est incontestable et avoué de tout le monde. « Nicolas de Lyra, » dit-iF, « suit ordinairement saint Augustin et saint Thomas, » qui étaient les deux grands maîtres des Ihéolo- » giens de son temps. » Il y a longtemps que cela

1. p. 31S. — 2. Idem. — 3. P. 359. - 1. P. *)0. — 5. P. 353. — (J. P.:W7. — 7. P. 477.

DÉFENSE DE LA TRADITION ET DES SAINTS PÈRES

dure . puisqu'après avoir vu ce respect profoiul pour la docirine de saint Augustin commencer depuis le temps de ce Père, nous en sommes au siècle où vivait Nicolas de Lyra, ce docte religieux franciscain : c'csi-îi-iWrc, comme le remarque notre auteur', au commencement du quatorzième siècle. Encore du temps d'Erasme, « on ne pouvait lui » pardonner le mépris qu'il avait pour saint Au- » gustin-. Il n'y avait presque que saint Augustin » qui lut entre les mains des théologiens, et il est même encore à présent leur oracle 3, » sans que les censures de M. Simon lui puissent faire perdre ce litre.

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