‹ Œuvres complètes de BossuetChapitre 382 sur 851 · P.29\. — 2. I>l.em · texte numérisé non relu

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une matière capitale , et que pendant qu'il la changeait, les Papes et tout l'Occident lui aient applaudi, il n'y a plus d'autorité, il n'y a plus de doctrine fixe; il faut tolérer tous les errants, et ouvrir la porte de l'Eglise à tous les novateurs.

Car il faut bien observer que les questions où M. Simon veut commettre saint Augustin avec les anciens, ne sont pas des questions légères ou indifférentes, mais des questions de la foi, où il s'agissait du libre arbitre , savoir s'il le fallait soutenir avec Origène contre les hérésies des gnostiques; s'il était contraint ou forcé, ou seulement tiré par persuasion ; si Dieu permet seulement le mal, ou s'il en est l'auteur; ou en d'autres termes, si lorsqu'il livre les hommes à leurs désirs , « il est cause en » quelque manière de leur abandonnement ou de » l'aveuglement de leur cœur; » s'il y avait de la faute de Judas dans sa trahison , ou s'il « n'a fait » qu'accomplir ce qui avait été déterminé'. » C'est, dis-je, dans toutes ces choses, que notre auteur met partout cette différence entre la doctrine des anciens et celle de saint Augustin ; comme si les anciens étaient les seuls qui eussent évité tous ces inconvénients, et qu'au contraire en suivant saint Augustin , il ne fût pas possible de n'y pas tomber. Car il prétend qu'ils étaient la suite de la doctrine nouvelle et particulière qu'il a enseignée sur la prédestination; et c'est ce que prétendaient, aussi bien que lui, les anciens semi-pélagiens. Cependant saint Augustin n'en a pas moins insisté sur cette doctrine : et quel a été l'événement de cette dispute, si ce n'est que le pape saint Célestin , devant qui elle fut portée, imposa silence aux adversaires de saint Augustin , et qu'après que cette querelle eût été souvent renouvelée , le pape saint Hormisdas en vint enfin à cette solennelle déclaration^, que « qui voudrait savoir les sentiments de l'Eglise ro- » maine sur la grâce et le libre arbitre , n'avait » qu'à consulter les ouvrages de saint Augustin, et » en particulier ceux !qu'il a adressés à saint Pros- » per et à saint Hilaire; » c'est-à-dire, ceux de la prédestination et du don de la persévérance, qui sont ceux que les adversaires de saint Augustin trouvaient les plus excessifs , et où l'on voit encore aujourd'hui ce que M. Simon ose accuser de nouveauté et d'erreur.

Ainsi ce que remue ce vain critique, est précisément la môme question qui a déjà été vidée par plusieurs décisions de l'Eglise et des Papes. M. Simon accuse saint Augustin d'être novateur dans la matière de la prédestination et de la grâce ; c'était aussi la prétention des anciens adversaires de saint Augustin, qui « se défendaient, » dit saint Prospère, « par l'antiquité, et soutenaient que les pas- ») sages de l'épitre aux Romains, » dont ce Père appuyait sa doctrine , « n'avaient jamais été enlen- » dus, comme il faisait, par aucun auteur ecclé- » siastique. » Saint Augustin persiste dans ces sentiments, et non-seulement il persiste dans ses sentiments, mais encore il n'hésite point à soutenir que la prédestination, de la manière dont il l'enseignait, appartenait à la foi, à cause de la liaison qu'elle avait avec les prières de lEglise et avec la grâce qui fait les élus. Le cardinal Bellarmin a rap-

1. p. 77, 170, 30(5, 380, 419, iiO, 421. - 2. Ep. ad Poss. — 3. Ep. Prosp. ad Aug.,n. 3.

porté les passages où ce Père parle en ces termes ' : « Ce que je sais, » dit-il, « c'est que personne i n'a pu disputer, sinon en errant , contre cette I prédestination que je défends par les Ecritures; » ot encore : * TEglise n'a jamais été sans cette foi de » prédestination, laquelle nous défendons avec un u nouveau soin contre les nouveaux hérétiques. » Ce qui fait dire à ce grand cardinal, que « si le » sentiment de saint Augustin sur la prédestination » était faux, on pourrait excuser ce Père d'une in- » signe témérité , puisque non-seulement il aurait • combattu avec tant d'ardeur pour une fausseté , » mais encore qu'il aurait osé la mettre au rang « des vérités catholiques. » D'oîi ce cardinal conclut que la doctrine enseignée par saint Augustin , € n'est pas la doctrine de quelques docteurs parli- « culiers , mais la foi de l'Eglise catholique. »

M. Simon n'a pu ignorer ces passages ni les sentiments de Rellarmin, puisqu'il l'a expressément nommé sur cette matière en parlant de Catharin. Il n'a pas pu ignorer non plus, que saint Augustin n'ait prétendu enseigner une doctrine de foi dans les livres que ce critique reprend. Je ne dispute point encore quelle est cette doctrine; je demande seulement à ^I. Simon si, nonobstant cette doctrine qu'il ose faire passer pour nouvelle et excessive, le pape saint Célestin, devant lequel on porta les accusations qu'on faisait contre, au lieu de la reprendre comme excessive et nouvelle, n'a pas fermé la bouche aux contradicteurs, en les appelant des téméraires, imposito improbis silentio^ : s"û n'a pas mis saint Augustin au rang des maîtres les plus excellents, inter magistros optimos, au rang de ceux que les Papes ont toujours aimés et révérés , utpote qui omyiibus et amori fuerit et honori ; onlln au rang des docteurs les plus irrépréhensibles, nec eum sinistrœ suspicionis saltem rumor adspersit; s'il n'a pas permis à saint Prosper, ou à l'auteur des Capitules attachés à sa décrétale, quel qu'il soit, de blâmer ceux qui accusent nos maîtres, c'est-à-dire , saint Augustin et ceux qui l'ont suivi , d'avoir excédé, ce sont les mots dont il se sert : Marjistris etiam nostris, tanquam necessariwn modum excesserint , obloquuntur ; enfin s'il n'est pas vrai que cette doctrine est celle où le pape saint Hormisdas renvoie ceux qui veulent savoir ce que croit l'Eglise romaine sur la grâce cl le libre arbitre. Que si tout cela est incontestable, comme il l'est, et que personne ne l'ait jamais pu ni osé révoquer en doute, on ne peut nier que M. Simon, qui fait profession d'être catholique, ne renouvelle aujourd'hui contre saint Aiigustin la môme accusation que les Papes ont réprimée, et il ne peut éviter d'èlre condamné , puisque non-seulement il regarde saint Augustin comme un novateur, et sa doctrine comme pleine d'excès, mais qu'il ose encore la proscrire, comme contraire au sentiment unanime de toute l'Eglise, comme tendante à renniiveler et à favoriser l'hérésie des gnostiques, et à détruire le libre arbitre.

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