CHAPITRE XIV
Maucaise foi de M. Simon, qui, en accusant saint Augustin et toute l'antiquité d'avoir erré sur la nécessité de V Eucharistie, dissimule le sentiment de saint Fulijence, auteur du même siècle que saint Augustin, et qui faisait profess'ion d'élrc son disciule, même dans cette question, où il fonde sa résolution sur ta doctrine de ce Père.
Il suppose contre ces conciles, comme un fait constant, que saint Augustin cl toute l'Eglise enseignaient la nécessité de l'Eucharistie égale à celle du baptême; mais il n'y a nulle bonne foi dans son procédé, puisqu'il dissimule toutes les raisons dont le sentiment contraire est appuyé.
Il est vrai qu'il rapporte la réponse du cardinal Tolet^, ( que les enfants étaient censés recevoir » l'Eucharislie dans le baptême, parce qu'ils deveu naienl alors membres du corps mystique de Jésus- » Christ , et qu'ainsi ils participaient en quelque » manière au sacrement de l'Eucharistie; » mais il méprise cette réponse qui est la seule qu'on puisse opposer à l'hérésie des Bohémiens, et il croit la détruire par cette seule parole^ : « Il y a bien de la B subtilité ; » c'est-à-dire , dans son style , bien de la chicane et du ralTinement, « dans celte intcr- » prétation, et toute l'anliquilô reconnaît la néces- » sllé de donner actuellement l'Eucharistie aux ent fants. >
Il dissimule que cette réponse du cardinal Tolet est celle non-seulement des cardinaux Bellarmin cl du Pérou, de tous ceux qui ont entrepris de soutenir la Tradition contre les protestants, et de toute l'Ecole, mais encore celle de saint Fulgence, qui, consulté sur la question dont il s'agit, a expliqué saint Augustin comme a fait Tolcl, et comme l'ail encore aujourd'hui toute la théologie'*. Celle autorité de saint Fulgence n'est ignorée de personne. On le consultait sur le salul d'un Ethiopien, qui après avoir longtemps demandé le baptême en bonne santé, le reçut enfin fort malade et sans connaissance dans l'église même, et mourut dans l'intervalle qu'il y avait entre la cérémonie du baptême et le temps de la communion. Ainsi il ne fut pas communié. Le diacre Ferrand , dont le nom est célèbre dans l'Eglise, consulte saint Fulgence, le plus grand théologien et le plus saint évêque do son lemp.s, sur le salul de l'Ethiopien, et ce grand docleur n'hésite pas k prononcer en faveur du baptisé. Personne ne l'a repris, et au contraire on acquiesce à sa décision. j
Le cas n'était pourtant pas extraordinaire. Il y ' avait a.siicz de distance entre le baptême et la communion, puisque ce temps comprenait la consécra-
I. Seu. il. c. IV. — 2. p. (m. .. 3. p, CIO. -- i.KpUl. Fer- >an-li dl'ic. a-l Futgenl. et Fulj. rei,p.,c. ii, t. ix. Uibl. Pal., II. 17/, <•/ «<(/.
lion des mystères, avec tout le sacrifice de l'Eucharistie; et saint Fulgence parle de la mort qui arrivait dans cet intervalle à quelques-uns comme d'une chose assez commune , sans que pourtant on fut en peine de leur salut. Ce n'était donc pas alors le sentiment de l'Eglise, que la nécessité de l'Eucharistie fût égale à colle du baptême; mais si ce ne l'était pas alors , ce ne l'était pas auparavant , ni du temps de saint Augustin. Saint Fulgence en était trop proche, et trop fidèle disciple de ce grand saint. On voit en elTet qu'il résout la question par saint Augustin, et sur le même principe dont nous nous servons encore aujourd'hui, que dès qu'on est baptisé, « on est par le baplème même rendu par- » ticipanl du corps et du sang de Jésus-Christ; » d'où saint Fulgence conclut, « qu'on n'est donc pas » privé de la participation de ce corps et de ce » sang , lorsqu'on a été baptisé , encore qu'on sorte » de cette vie avant que de les avoir reçus. »
Voilà ce principe tant méprisé par M. Simon dans sa critique sur Tolet. C'est pourtant le principe de saint Fulgence ; c'est le principe de saint Augustin, que saint Fulgence établit par un sermon de ce Père , qu'il récite entier, et que tout le monde a reconnu après lui ; c'est la doctrine constante de saint Augustin dans tous ses ouvrages. Il y a encore un sermon ' où il établit expressément que le chréLien est fait membre de Jésus-Glirist, premièrement par le baptême et avant la communion actuelle, qui est la même vérité que saint Fulgence avait établie par le sermon qu'il a rapporté. Le même saint Augustin enseigne la même chose dans le livre du Mérite et de la Rémission des péchés. « On ne fait, » dit-iP, « autre chose dans » le baptême des petits enfants, que de les incor- » porer à l'Eglise, c'est-à-dire, de les unir au corps » et aux membres de Jésus-Christ. » Cent passages du même Père justifieraient cette vérité, si elle pouvait être contestée. On a vu la conséquence que saint Fulgence a tirée de ce beau principe. Il parait même que saint Augustin l'a tirée lui-même, puisqu'il présuppose qu'un enfant malade « qu'on » se presserait de porter aux eaux baptismales, si » on lui prolongeait tant soit peu la vie, en sorte » qu'il mourût incontinent après son baptême, sey> rait de ceux dont il est écrit, qu'ils ont été enle- » vés, de peur que la malice ne les changeât 3; » c'est-à-dire , qu'il serait sauvé, bien qu'il paraisse par tous les termes de ce Père, qu'il présupposait la mort de cet enfant si proche, qu'on n'aurait pas eu le loisir de le communier.
On voit donc la mauvaise foi de M. Simon , qui dissimule les décisions de Ràlc et de Trente, et qui passe si hardiment comme un fait constant, que saint Augustin avec toule l'anliquilé était dans l'erreur; comme si saint Fulgence, qui Hérissait dans le siècle où saint Augustin est mort, ne faisait pas partie de l'antiquité; ou qu'il eût pu mépriser la doctrine de saint Augustin, dont il faisait une si haute profession d'être le disciple; ou qu'il n'eût pas résolu la diniculté dont il s'agit, par les princi))es de ce Père, ou que la solution (jue nous y donnons ne fût pas la même que celle de saint Augustin; ou enfin que saint Augustin n'eut pas lui-
1. Serm. Pasc. Scrm. 224. -- 2. De pecc. mer. et remiss , t. III, r. IV. -- ;i. De anim. et ejus orijin ,lib. m, c. x.