LIVRE II. — ERREURS SUR LA TRADITION ET L'ÉCRITURE
suadé', qu'il avait prouvé la créance de l'Eglise par des passages de l'Ecriture qui ne peuvent être contestés. » C'est donc l'esprit de l'Eglise de croire que l'on combattait en certains points la doctrine des hérétiques par des passages si clairs, qu'il ne leur restait, à vrai dire, aucune réplique. jNIais il semble que notre auteur ne nous montre cette vérité que pour la détruire, puisque, après avoir vainement lâché de répondre par la critique au passage de saint Paul, il conclut enfin ses remarques grammaticales par cette exclamation ^ : « Tant il est » dilTicile de convaincre les hérétiques par des tex- » tes si formels de l'Ecriture, qu'on n'y puisse trou- » ver aucune ambiguïté , surtout quand ils sont » exercés dans la critique. » C'est donc là le fruit de la critique, d'apprendre aux hérétiques à éluder les passages où les saints Pères et toute l'Eglise ont trouvé le plus d'évidence, et de leur faire trouver au contraire, comme fait M. Simon en cette occasion, des ambiguïtés , c'est-à-dire des chicanes et des pointillés de grammaire.
Mais ce qui montre que ce critique ne fait que brouiller, c'est qu'après avoir affaibli les preuves de l'Ecriture par son recours aux traditions il ôtc encore à la Tradition ce qu'elle avait de plus fort dans l'antiquité, c'est-à-dire le témoignage de saint Augustin. On sait que ce saint docteur, qui avait déjà établi d'une manière invincible l'autorité de la Tradition contre les donatistes rebaptisants, atterre encore les pélagiens par la même voie, en leur opposant le consentement des Pères et des Grecs, autant que les Latins, comme une des preuves les plus constantes de la vérité. Que dit cependant M. Simon? voici ses paroles^ : « Saint Augustin » fait aussi venir quelquefois à son secours la Tradi- » tion fondée sur les témoignages des anciens écri- » vains ecclésiastiques, mais il semble ne la suivre » que comme un accessoire pour s'accommoder à » la méthode de ses adversaires, qui prétendaient » que toute la Tradition était pour eux. » C'est nous montrer la preuve de la Tradition, non comme une preuve naturelle et du propre fond de l'Eglise, mais comme une preuve étrangère et empruntée de ses ennemis; non comme une preuve constante et perpétuelle , mais comme une preuve que l'on appelait quelquefois à son secours non comme une preuve essentielle et principale , mais comme une preuve accidentelle et accessoire. Voilà l'idée de la Tradition que l'on nous donne contre Pelage.
Mais elle est directement opposée à celle du concile de Trente, qui décide que la Tradition, c'est-àdire la parole non écrite , doit être reçue avec un pareil sentiment de piété et une pareille révérence : Pari pielale ac retcrenlia''. Ce n'est donc ni un accessoire, ni rien d'étranger à l'Eglise, mais le fond même de sa doctrine et de sa preuve aussi bien que l'Ecriture.