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est celui de tous les Pères qui s'en est servi le plus souvent. Vingt ou trente célèbres passages qu'on cite de ses ouvrages contre les donatistes, et de son épitre à Janvier, en font foi; et afin de nous renfermer dans la dispute contre Pelage, qui est celle où M. Simon assure que saint Augustin ne fait venir la Tradition à son secours que quelquefois, on voit au contraire qu'il donne à la Tradition deux livres entiers, le premier et le second contre Julien. Il revient continuellement à cette preuve dans le livre Des noces et de la concupiscence ; dans le livre De la nature et de la grâce; dans les livres au pape Boniface contre les lettres aux pélagiens; dans les livres De la prédestination des saints et De la persévérance; dans le livre Contre Julien qu'il a laissé imparfait, et sur lequel il est mort' : dans tous ces livres, et partout ailleurs, il ne cesse d'alléguer les Pères, et de faire de leur témoignage une de ses preuves les plus authentiques pour autoriser sa doctrine sur le péché originel. Il n'y a rien qu'il presse plus que la tradition du baptême des petits enfants, et des exorcismes qu'on faisait sur eux pour les délivrer de la puissance du démon. Pour établir sa doctrine sur la prédestination et sur le don de la persévérance^, qui sont des matières connexes, il n'allègue rien de plus puissant que les prières de l'Eglise , qu'il ne cesse de rapporter comme l'instrument le plus manifeste de la Tradition. Si M. Simon avait lu ces livres, s'il les avait, pour ainsi parler, seulement ouverts , aurait-il dit que saint Augustin ne se sert de la Tradition que quelquefois? Mais il décide sans lire : il ne fait que jeter les yeux sur quelques passages connus; c'en est assez pour conclure que saint Augustin parle quelquefois de la Tradition. Pour en dire davantage, il faudrait s'être attaché à tous ses ouvrages; mais il n'y regarde pas, ou il ne fait que passer les yeux légèrement par-dessus.
A-t-on lu et pesé saint Augustin , lorsqu'on assure que la preuve de la Tradition n'est pour lui qu'un accessoire, où il n'entre que par accident, el pour s'accommoder aux pélagiens, pendant qu'on voit au contraire qu'il insiste continuellement sur cette preuve, comme sur une preuve tirée de l'intérieur de sa cause? M. Simon produit lui-même ce célèbre passage de saint Augustin '\ où il montre que les saints Pères, dont il allègue l'autorité contre Pelage, n'ont pu enseigner au peuple que ce qu'ils avaient déjà trouvé établi dans l'Eglise; ni en disant ce qu'ils y avaient trouvé élabli, dire autre chose que ce que leurs pères y avaient laissé, ni en tout cela, dire autre chose que ce qui venait des apôtres*. Est-ce là un argument emprunté cl un accessoire de preuve, ou le fond de la cause? Avouons donc que M. Simon , qui le fait parler de la Tradition d'une manière si méprisante, ne pèse pas ce qu'il lit et n'y voit que les préjugés dont il s'est laissé prévenir.
CHAPITRI'] IX.
L'auteur a/fait)lit encore ta Tradition par saint llilaire , et dit indi/fn-emment le hicn et le mal.
Notre auteur n'attaque pas moins la Tradition en
1 . i)e nupt., 1. II, c. 18; De mit. et gr., c. 02 et soq.; ad Bonif., 1. IV, c. 8, etc.; ZJe prie.Yesi. i'S., o. 14 ; Op. »»»;>., 1. il— 2. De doinopers., 1. ii , c. 19, etc. — .3. P. 20S. — 4. Lib. ii. Cont. Jut., c. 10. u 31.
DÉrEXSE DE LA TRADITION ET DES SAINTS PÈRES.
parlant de saint llilairo. lorsqu'il remarque avec tant de soin' « que ce Père ne s'appuie pas munie » sur les traditions et sur les témoignages des an- » cions docteurs, mais seulement sur les livres sa- » crés. » Il est vrai qu'il insinue au même lieu, que saint llilaire en usait ainsi pour combattre les ariens < par leur propre principe, et même selon leur mé- » tlîode, à cause que l'Ecriture était leur fond prin- » cipal. »
11 semble donc qu'il ne fait omettre la Tradition à saint Hilaire que pour s'accommoder aux ariens; mais le contraire parait dans les paroles suivantes^ : « Il suppose » (c'est saint llilaire) « que les ariens » convenaient de principes avec les catholiques , » ayant de part et d'autre la mïMiie Ecriture, et que u toute leur dispute ne consistait que dans le sens » qu'on lui devait donner. » Si le principe des ariens était la seule Ecriture, et si saint llilaire en convient avec eux, il convenait donc avec eux que l'Ecriture était suflisante, et qu'on n'avait besoin de la Tradition , ni pour expliquer ce qu'elle dit, ni pour suppléer à ce qu'elle tail : ce n'était donc pas pour s'accommoder aux ariens, que saint llilaire ne s'appuyait pas sur les tradilions; c'est à cause que le principe commun était que l'Ecriture est assez claire, et la Tradition inutile. C'est pour cela qu'il fait dire au même Père', que ces paroles de Jésus- Christ : Allez mainlenant instruire toutes les nations, les baptisant au nom du Père, et du Fils, et du Saint-Esprit , sont simples et claires d'ellesmêmes. Ainsi l'Ecriture est claire selon les Pères : selon M. Simon l'on n'en peut rien conclure de certain, il faut avoir recours à la Tradition; et néanmoins saint Hilaire ne s'appuie pas dessus. Notre auteur dit tout ce qu'il veut; il dit le pour et le contre, et fait sortir de la môme bouche le bien et le mal, contre le précepte de saint Jacques', afin que chacun choisisse ce qui lui convient, et que tout soit indifférent.