‹ Œuvres complètes de BossuetChapitre 424 sur 851 · CHAPITRE XVII · texte numérisé non relu

CHAPITRE XVII

Que la doctrine de M. Simon est contradictoire : qu'en détruisant les preuves de l'Ecriture, il détruit en même temps la Tradition, et mène à l'indifférence des religions.

Il allègue ici la Tradition , et c'est par oii je confirme ce que j'ai déjà remarqué, qu'il ne l'allègue que pour affaiblir l'Ecriture sainte. Ce n'est pas là l'esprit de l'Eglise ni des Pères; et au contraire, je vais démontrer, par les principes de M. Simon, que c'est un moyen certain de détruire la Tradition avec l'Ecriture même.

Il n'y a qu'à parcourir tous les endroits où il convient que les Pères mettaient leur fort principalement sur l'Ecriture'. On a vu que dans la dispute sur le mystère de la Trinité, les deux contendanis, tous deux habiles selon lui et parfaitement instruits de la matière 2, se fondaient également sur l'Ecriture comme sur un principe convaincant , et réduisaient la question à la bien entendre. « La dispute,» dit M. Simon =*, « n'est appuyée de part et d'autre ') que sur des passages de l'Ecriture. Le véritable «Athanase, » dit encore M. Simone « nous ap- » prend que les preuves les plus claires sont celles » de l'Ecriture. » Les autres Pères ont suivi , selon notre auteur^, la méthode, comme la doctrine de saint Athanase , dont ils ont pris ce qu'ils ont de meilleur. Ils raisonnent à la vérité, et trop selon lui , comme on va voir, mais c'est toujours sur l'Ecriture. « La plupart de leurs disputes, » dit-il*', » roulent sur des conséquences qu'ils tirent des ex- » plications de l'Ancien et du Nouveau Testament.» Telle est la méthode de saint Basile. En effet , on a vu" que ce grand auteur prétend avoir démontré la divinité du Fils et du Saint-Esprit, par les saints livres. S'il y joint la Tradition, ce n'est pas pour affaiblir l'Ecriture ni les preuves très-convaincantes qu'il ne cesse d'en tirer, mais pour ajouter ce secours à des preuves déjà invincibles.

On a vu que les deux Grégoire ont suivi cette méthode. Notre auteur nous apprend lui-même les deux principes de saint Grégoire de Nysse^ : « Le » premier est de s'attacher aux paroles simples de » l'Ecriture; le second de s'en rapporter aux déci- » sions des anciens docteurs. » Voilà donc, dans ce saint docteur, deux principes également forts, et celui de l'Ecriture établi autant (|ue l'autre.

Les Pères latins n'ont pas eu une autre méthode. « Saint Hilaire, » dit notre auteur^, « ne s'appuie » pas sur la Tradition, mais seulement sur les livres » sacrés; » et un peu après : « Les ariens conve- » naient de principes avec les calliolicpics, ayant » de part et d'autre la même Ecriture, et toute leur » dispute ne consistait que dans le sens qu'on lui » devait donner. »

Dans la dispute de saint Augustin contre Maximin, sur la même matière de la Trinité, si l'hérétique proteste qu'il n'a point d'autre volonté que do se soumettre à l'Ecriture, « saint Augustin, de son

1. Ci-'lcssus , l. Il, ch. 1,11, III, IV. — 2. Simon, p. 'Xi. -- 3. P. 97. -- 4. P. yy. -- 5. P. yi. — O. p. lOJ. — 7. Ci.UeiSus. rh, XI etsuiv. — ». P 11.".. -- y. P. l.i-J.

DKFENSE DE LA TRADITION ET DES SAINTS PÈRES

» côlé, ne fait pas moins valoir que lui les preuves » do l'Ecriture'. » C'était ilonc, dans l'Eglise calliojique. une vérité reconnue que les preuves de lEcriiure étaient convaincantes.

Si l'on a mis le fort de la cause sur l'Ecrilure, dans la dispute sur la Trinité; dans celle contre Pelage saint Augustin ne l'y met pas moins, et nous avons vu- que M. Simon lui fait pousser l'évidence des preuves, jusqu'à regarder celles de la Tradition comme n'étant point nécessaires', en quoi même nous avons marqué son excès.

C'est donc une tradition constante cl universelle dans l'Eglise , que les preuves de l'Ecriture sur certains mystères principaux , sont évidentes par elles-mêmes, encore que les hérétiques aveugles et préoccupés n'en sentent pas l'ellicace; et M. Simon nous apprend qu'encore dans les derniers temps, Maldonat avait soutenu que par la force des termes*'*, t il n'y avait rien de plus clair, pour établir la • réalité , que cette proposition : Ceci est mon » corps; » tant il est vrai que la Tradition de l'évidence de l'Ecriture sur certains points principaux est de tous les âges , et même selon notre auteur. Mais s'il est certain que M. Simon établit sur ces articles principaux l'évidence de l'Ecriture , d'autre côlé il n'est pas moins clair, par tout ce qu'on vient de rapporter, qu'il en alTaiblit les preuves jusqu'à dire qu'elles n'ont rien de convaincant. Quand on a des vues aussi diverses que celles de ce faux critique : qu'on veut plaire à autant de gens de principes dilTérenls et de créances si opposées, jamais on ne peut tenir un même langage : la force de la vérité ou la crainte de trop faire voir qu'on l'a ignorée, tire d'un côlé; les vues particulières entraînent de l'autre. Mais ce qui règne dans tout l'ouvrage de notre critique, est une pente secrète vers rindiiïérence, et il n'y a point de chemin plus court pour y parvenir et pour renverser de fond en comble l'autorité de l'Eglise , que de faire voir d'un côté qu'elle fait fond sur l'Ecriture, pendant qu'on montre de l'autre qu'elle n'avance rien parce moyen. Lorsqu'on diminue les preuves pou à peu , on met les sociniens en égalité avec elle. Gomme il faut trouver un prétexte pour aiïaiblir les témoignages de l'Ecriture, on n'en peut trouver de plus spécieux que celui de faire paraître qu'on veut par là pousser l'hérétique à l'aveu de la Tradition: et voilà ce qui a produit cette méthode réservée à la maligne critique de M. Siraon, de renverser la Tradition sous couleur de la défendre, et de délruire l'Eglise par l'Eglise même.

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