‹ Œuvres complètes de BossuetChapitre 426 sur 851 · LIVRE II. — ERREURS SUR LA TRADITION ET L'ÉCRITURE · texte numérisé non relu

LIVRE II. — ERREURS SUR LA TRADITION ET L'ÉCRITURE

» siècles; mais il parle en leur personne à tous les » fidèles comme composant un seul corps; qui ne » devait jamais être ébranlé. » Il a dit' : « Rien » n'est plus ferme que l'Eglise : que l'Eglise soit » votre espérance : que l'Eglise soit votre salut : » que l'Eglise soit votre refuge : elle est plus haute » que le ciel, et plus étendue que la terre : elle ne » vieillit jamais, sa jeunesse est perpétuelle. Pour » montrer combien elle est ferme et inébranlable , « l'Ecriture la compare à une montagne^; » la même comparaison montre « qu'elle devait éclater » aux yeux de tous les hommes : plus on l'attaque , » plus elle reluit. » Si M. Simon ne voulait pas se donner la peine de rechercher ces passages, et tant d'autres aussi précis dans saint Ghrysoslome, il ne devait pas omettre ce qui se trouvait au lieu même qu'il fait semblant de vouloir transcrire. Car n'estce pas manifestement renvoyer cet homme douteux à l'Eglise, à son autorité, à son unité, dont toutes les autres sectes se sont détachées, que de lui parler en ces termes : « Considérez toutes ces sec- » tes, elles ont toutes le nom d'un particulier dont » elles sont appelées; chaque hérétique a nommé w sa secte; mais pour nous, aucun particulier ne » nous a donné son nom, et la seule foi nous a » nommés?

Ce Père fait allusion au nom d'homousiens ou de consubstantialistes que les ariens donnaient aux catholiques. Mais, dit-il, ce n'est pas le nom de notre auteur; c'est celui qui exprime notre foi. Quiconque a un auteur d'oîi il est nommé, porte sa condamnation dans son titre. N'est-ce pas en termes formels ce que nous disons tous les jours aux hérétiques , que la marque de la vraie Eglise est de n'avoir aucun nom que celui de chrétien et de catholique, qui lui vient pour avoir toujours conservé la même tige de la foi, sans avoir eu d'autres maîtres que Jésus-Christ. C'est pourquoi saint Chrysostome finit par ces mots : « Nous sommes-nous séparés » de l'Eglise? avons-nous fait schisme ? des hommes » nous ont- ils donné leur nom? avons-nous un » Marcion, un Manichée, un Arius, comme en ont » les hérésies? Que si l'on nous donne le nom de » quelqu'un » (si l'on dit voilà l'Eglise, voilà le troupeau, ou le diocèse, comme nous parlons, de Jean, d'Athanase, de Basile), « on ne les nomme » pas comme les auteurs d'une secte, mais comme » ceux qui sont préposés à notre conduite et qui » gouvernent l'Eglise : nous n'avons point de doc- » teur sur la terre; mais nous n'en avons qu'un » seul dans le ciel. » Puis revenant aux sectes dont il s'agissait : « ils en disent autant, » poursuit-il, « ils disent que leur maître est dans le ciel; mais ;) leur nom , le nom de la secte vient les convaincre » et leur ferme la bouche. » Voilà donc le dernier coup par lequel saint Chrysostome ferme la bouche à toutes les sectes séparées : leur nom , leur séparation et le mépris qu'ils ont fait de l'autorité de l'Eglise, ne leur laissent aucune défense.

Notre critique a rapporté confusément quelque chose de ces paroles de saint Chrysostome, afin qu'on ne lui pût pas reprocher de les avoir entièrement supprimées; mais il n'a pas voulu avouer ([uc c'était là manifestement parler de l'Eglise , et ren-

1. Homil. in illud : Astitit Regina, etc. — 2. Uomil., in c. 2. Isaice.

voyer à l'Eglise : il a même éclipsé le mot d'Eglise, qui était si expressément dans son auteur; et en disant que saint Chrysostome « a recours à quel- » ques marques extérieures qui servent à discerner » les sectaires d'avec les orthodoxes', » il supprime encore ce que ce Père a dit de plus fort, qui est, non pas que ces marques servent à discerner les sectaires, paroles faibles et ambiguës; mais ce qui ne laisse aucune réplique, que c'est là ce qui convainc et ce qui ferme la bouche, d'avoir un nom qui marque la séparation, oîi l'on voit dans son titre mémo qu'on a quitté l'Eglise, de laquelle nul ne se sépare sans être hérétique. Et quand notre critique décide que saint Chrysostome ne renvoie pas à l'Eglise , à cause que toutes les sectes prétendaient être la véritable, il va directement contre l'esprit et les paroles de ce Père , qui pour ôter tout prétexte de donner aux hérésies le litre d'Eglise, les en fait voir exclues par le seul nom qu'elles portent, et par leur séparation, dont elles ne peuvent jamais elfacer la tache.

Qu'on apprenne donc à connaître le génie de notre critique, qui dit des choses contraires, et parle quand il lui plaît pour les protestants, qu'il semble vouloir combattre en d'autres endroits, ou pour se faire louer de tous les partis, et mériter des protestants mêmes la louange d'un homme savant et d'un homme libre , ou parce qu'en combattant manifestement en tant d'endroits l'autorité de l'Eglise, il se prépare des excuses dans les autres, ou il veut paraître parler aussi en sa faveur.

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