CHAPITRE XIX
L'auteur fait mépriser à saint Augustin, l'autorité des conciles. Fausse traduction d'un passage de ce Père, et dessein manifeste de l'auteur, en détruisant la Tradition et l'autorité de l'Eglise, de conduire insensiblement les esprits à l'indifférence de religion.
Il ne se déclare pas moins pour les protestants , lorsqu'on exposant la dispute de saint Augustin contre Maximin Arien , il fait parler ce Père en celte sorte : « Je ne dois point maintenant me ser- » vir contre vous du concile de Nicée, comme d'un » préjugé; aussi ne devez-vous pas vous servir de » celui d'Arimini contre moi. » Jusiiu'ici il rapporte bien les paroles de saint Augustin ; mais quand il lui fait dire dans la suite : Il n'y a rien qui fious oblige à les suivre, il falsifie ses paroles^; car saint Augustin ne dit pas : Il n'y a rien qui nous oblige à suivre (les conciles d'Arimini et de Nicée), ce qui mar(iuerait dans les deux partis, et dans saint Augustin comme dans Maximin, une indiU'érence pour rauloritc des conciles; mais il dit à son adversaire, avec sa précision ordinaire^ : » Nous ne nous le- » nous soumis, ni vous au concile de Nicée , ni moi » à celui d'Arimini; » ce qui montre (jne bien éloigné de tenir pour indilTércnte l'autorité du concile de Nicée, comme on veut le lui faire accroire par une traduction infidèle, il s'y soumet au contraire avec tout le respect qui lui fait dire en tant d'endroits, (jue ce qui était défini par le concile de louie l'Eglise, ne pouvait plus être révoqué en doute par un chrélien; el si , parce (|u'il ne pressait pas son adversaire par l'autorité du concile de Nicée, on voulait conclure (ju'il n'en recevait pas lui-même
1. p. 107. — 2. p. 2H. — 3. Cont. Maxim., lib. ii, cap. XIX, n. 3.
DÉFENSE DE LA TRADITION ET DES SAINTS PÈRES
rautorito, ou qu'il croyait nu^me que les ariens dans le fond n'y devaient pas (Mre soumis ; on pourrait croire de nuMue qu'il ne recevait pas l'Ancien Testament, ou qu'il ne croyait pas que les manichéens s'y dussent soumettre, à cause qu'il ne pressait pas ces liéréliques par l'autorilô de ces livres qu'ils refusaient de reconnaître*.
On voit donc manit'estemcnt que notre critique n'a rien de certain dans ses maximes. Tantôt il veut qu'on renvoie, non à l'Eglise, mais à l'Ecriture comme plus claire : tantôt il renvoie de l'Ecriture il la Tradition comme plus certaine : l'autorité des conciles n'est pas plus sacrée que les autres : tout tend à l'indilTérence : il n'y a point d'autorité dans l'Eglise ni dans ses Traditions : malgré la Tradition , les opinions particulières de saint Augustin ont prévalu dans l'Occidenl : malgré la Tradition, l'Eslise a changé la foi de l'absolue nécessité de l'Eucharistie : en un mot , dans la pensée de notre
I Peu de temps après la célèbre conférence que M. de Meaux eut avec le ministre Claude, ce ministre objecta ce même passade d-i saint Augustin à mademoiselle de Duras, chez qui s'était tenue la conferen.-e. L'objection l'ut communiquée à M. de Meaux, qui rit la réponse suivante, que nous inserons ici, pour no rie'n'perdre des ouvrages de ce grand homme.
« Depuis noire conférence, M. Claude a objecte à mademoiselle de Duras un passage de saint Augustin tiré du cinquième livre contre Masimin Arien, oU il parle ainsi : Je ne dois point maintenant vous alléguer comme un préjugé, le concile de Nicée , comme tous ne devez point m'alléguer celui de Rimini : ni je ne reconnais l autorité du concile de Rimini : ni vous ne reconnaissez celle du concile de Nicée; servons-nous des aulorilés de l'Ecriture sainte, qui ne sont pas particulières à chacun de nous , mais qui sont reçues des uns et des autres; et faisons par Ci moyen comb ittre la chose avec la chose, la cause avec la cause, lavi'ison avec la raison. , . , , ,
II est aisé de voir que ces paroles ne font rien du tout à la question qui est entre les catholiques et messieurs les prétendus
reformes. . ... „
Il s'a"it entre eux de savoir s il faut recevoir sans examiner les decreu de l'Eglise universelle faits dans les conciles généraux. ,. 1 .t 1-
Or il est clair que saint Augustin ne dit pas que les catholiques ne doivent pas recevoir sau.s examiner le décret du concile de Nicée; mais que lui, saint Augustin , ne doit pas objecter l'autorité de ce concile à un arien qui n'en convient pas.
Le procédé de saint Augustin est tout semblable à celui d'un catholique qui , ayant à traiter du mystère de la grâce avec un protesunt. lui dirait : Je ne doii pas ici agir contre vous par le concile de Trente, ni vous contre moi par lo synode de Dordrecht, parce que vous ne r. cevez pas l'un , comme je ne reçois pas l'autre. Traitons la chose par les Ecritures qui sont communes
entre nous. . ,. .
Personne ne dira que le catholique déroge parce procède, à ce qu'il croit de l'autorité des conciles, ni de celui de Trente en particulier; et pour omettre en ce lieu ce que le protestant lui cont-ste, il ne s'ensuit pas pour cela qu'il l'abandonne.
Mais, dira-t-on, saint Augustin croit-il qu'il faille s'en tenir aans examiner, à l'auiorite de l'Eglise universelle? Oui, sans doute ; et trois faita incontestables le vont faire paraître.
\" Fait. U dispute contre les pélagiens, et leur prouve le péché originel par lo baptême des petits enfants ; et voici comment il établit sa preuve. C'est ttne chose, dit-il, * solidement établie : on peut souffrir ceux qui errent dans les autres questions qui ne sont pas encore bien examinées, qui ne sont pas décidées par l'autorité de l'Eglise; c'est là que l'erreur se doit tolérer, mais elle ne doit pas entreprendre d'éOranler le fondement 'f- ' /^ '/'""■
(c le ébranler le fondement do l'Egliso, c'est douter
do Mil . , . , , , .,
Z« l'AiT Le» pélagiens avaient ete condamnés par les conciles d'Afr. ,'i-î, et le Pape avait confirme les décret» fie ces conciles; . ' jns l'epi^ïCopat ne réilaiiiait que quatre ou cinq eve-
. .-.(îni. Saint Augustin explique à son peuple ce qui s'e-
ùu p.i»»e. Deux conciles d'Afrique tenus sur cette matière, ont éli , dit-il," envoyés au, Saint-Siège : les réponses en sont ve- , ' • ' ■ ■ nie , plaise à Dieu que l'erreur finisse.
liei purmi les chrétiens, quand le Saint-Siège
■ ' "ipat.
;i diiputo contre le» donatistes , qui di-
» jiine par les hérétique» n'était pis valable,
. '«irer. Ces hérétiques alléguaient l'autorité de
« ivail «(jutenu leur Henlirnuut. Saint Augustin
< :, »ur ce qu'il a erre avant qu'il ffit décidé par
)' , -, universelle, que lo baptéino se pouvait don-
Dar v*.ibl-;.i.ei.i,i.or« de l'Eglise : et ncrus-rnémes dit-il, "* nous
• Her. n». aha* Ikdt i:trhn Apoêl.,c.xxt. — '* Serm. 131, aliaii2,de verbu Apotl., e. s. — *** IM Bapi. contra Donat , lih. ii, c. iv.
critique, il n'y a rien de réel dans ces mots de Tradition et d'Auloriic, cl ce sont des termes dont il se sert, selon qu'il en a besoin, pour couvrir ses secrets desseins.