‹ Œuvres complètes de BossuetChapitre 430 sur 851 · CHAPITRE XXI · texte numérisé non relu

CHAPITRE XXI

Suite de la mauvaise méthode que l'auteur attribue à saint Athanase et aux Pères qui l'ont suivi.

La suite d'un si beau commencement nous paraîtra dans un endroit de M. Simon, que nous avons déjà rapporté pour une autre fin : « Saint » Basile s'étend, » dit-il 2, « contre Eunome, sur de » grands raisonnements; la plupart de leurs dis- » putes roulent sur des conséquences qu'ils tirent » de leurs explications, en sorte qu'on y trouve » plus de raisonnements que de passages du Nou- » veau Testament. » Ce n'est donc pas l'hérétique, plutôt que le catholique, qui suit cette méthode de raisonnement, qu'on fait voir si embarrassée. Voyons quelle en sera la fin.

Il poursuit^ : « Saint Basile examine en détail » un assez grand nombre de passages du Nouveau » Testament, qu'il résout d'une manière fort su- » bhme et selon les principes de la dialectique. » C'était donc, encore un coup, la méthode de saint Basile et des Pères, aussi bien que celle des hérétiques , et voici quel en est le fruit : « celte mé- » thode, » conlinue-t-il, « n'est pas à la vérité, tou- » jours exacte, parce que la religion semblerait » dépendre plutôt de notre raison que de la parole » de Dieu. » Ainsi, tant les orthodoxes que les hérétiques , nous sont toujours représentés comme des gens dont la méthode tendait à établir la religion sur le raisonnement, et non sur la pure parole de Dieu. C'est le sentiment de l'auteur, et c'est aussi le chemin par où les sociniens, sectateurs d'Episcopius, arrivent à l'indifférence, qui jusqu'ici est le fruit que nous pouvons recueillir de la critique de M. Simon.

Il est vrai qu'il semble dire en quelques endroits, que saint Basile et les anciens orthodoxes, ne se servaient de celte méthode de raisonnement « que » pour réfuter les hérétiques, qui étaient de grands » dialecticiens par les principes qu'ils suivaient^. » Mais après tout , notre auteur ne donne point une autre méthode aux orthodoxes , et nous avons déjà remarqué que , selon lui, chaque parti , et les or- Ihodoxes aussi bien que les hérétiques, n'avaient qu'une seule et môme méthode pour établir leur doctrine, qui était cette méthode de raisonnement.

Il dira qu'il ne la rejette que pour en venir à une méthode plus sûre, qui est celle de la Tradition, qu'en effet il fait semblant de recommander. Mais (sans répéter ici ce qu'on a déjà remarqué sur un si grossier arlilice) en s'attachant seulement à l'endroit que nous avons rapporté dans le chapitre précédent, on a vu que la Tradition jiar elle-même ne délerminail pas plus les esprits pour les catholiques que pour les ariens. On s'en servait de part cl d'autre avec aussi peu d'ulililé, et tout enlin se réduisait à raisonner, qui est ce que blàmc notre auteur. Ainsi il embrouille tout, et de (iucl([uc côté ([u'on se tourne pour sortir de ce labyrinthe, on ne trouve aucun secours dans ses écrits; au contraire, il nous précipite d'autant plus inévilablemeijt dans cet abime d'incertitude, que par le môme moyen par

DÉFENSE DE LA TRADITION ET DES SAINTS TÈRES

lequel il a alTaibli les preuves de rEorilurc, il do- Iruit également celles qu'on penl tirer de la Tradition. Nous en avons vu le passage. « Cela, « dil-il', (contestation inutile sous le nom de saint Alhanase cl d'Arius, que nous avons rapportée) « nous ap- B prend qu'il no faut pas toujours réfuter les nova- » leurs par l'Ecriture, autrement il n'y aurait jat mais de fin aux disputes, chacun prenant la » liberté d'y trouver de nouveaux sens. » Voilà le principe : la preuve de l'Ecriture n'est pas concluante , parce qu'après l'Ecriture on dispute encore; et voici la conséquence trop manifeste : la preuve de la Tradition ne conclut pas non plus, parce qu'on dispute encore après elle. C'est où nous mène le guide aveugle qui se présente pour nous conduire. L'Ecriture ne convainc pas : les ignorants lui laissent passer sa proposition par l'espérance qu'il donne de forcer par là les hérétiques à reconnaître les Traditions. Il vous pousse ensuite plus avant : la Tradition ne conclut pas non plus; c'est à quoi vous vous trouverez encore forcé par la voie qu'il prend. En elïet, il vous montre la Tradition, cl une Tradition constante, abandonnée du temps de saint Augustin^; une autre Tradition non moins établie, abandonnée, lorsqu'on cessa de communier les petits enfants : et sans sortir de cette matière, il vous a fait voir que c'était le sentiment unanime de tous les Pères , et le principe commun entre l'Eglise et les hérétiques, qu'on trouvait dans l'Ecriture des décisions évidentes, et après cela on vous dit qu'on ne les y trouve pas. Tout va donc à l'abandon, et l'Eglise n'a plus de règle.

Page 1