LIVRE II. — ERREURS SUR LA TRADITION ET L'ÉCRITURE
nous y conduire, est de faire voir que ce qu'on appelle foi, n'est autre chose dans le fond, qu'un raisonnement humain.
Il faut expliquer ici la méthode qu'il attribue aux anciens docteurs sur le sujet du raisonnement. La théologie, dit M. Simon', reçut en ce temps-là (dans le temps de saint Athanase) de nouveaux éclaircissements ; et comme les disputes (sur la divinité du Fils de Dieu), commencèrent à Alexandrie , où la dialectique était fort en usage, on joignit le raisonnement au texte de V Ecriture; voilà déjà un beau fondement. Auparavant on ne raisonnait point sur l'Ecriture; on ne conférait point un passage avec un autre; on n'en tirait pas les conséquences, pas même les plus certaines, car tout cela certainement c'est raisonner; or on ne raisonnait pas. Tertullien, ni Origène, ni saint Denis d'Alexandrie, et les autres Pères n'avaient point raisonné contre Marcion , ni contre Sabellius, ni contre Paul de Samosate, et contre les autres hérétiques, ni contre les Juifs : cela commence du temps de saint Athanase. « On joignit alors le raisonnement au texte de l'E- » criture;ce qui, » poursuit notre auteur^, « causa » dans la suite de grandes controverses; car chaque » parti voulut faire passer, pour la parole de Dieu, » les conséquences qu'il tirait des écrits des évangé- » listes et des apôtres. » Ces embarras sont donc également causés par les orthodoxes et par les hérétiques, par Athanase et par Arius, et chaque parti voulut prendre ses conséquences pour la pure parole de Dieu : qui aura tort? On n'en sait rien; et tout ce qu'on voit jusqu'ici, c'est qu'on suivait de part et d'autre une mauvaise méthode. C'est déjà un assez grand pas vers l'indifférence; mais ce qu'ajoute l'auteur nous y mènerait encore plus certainement, si nous suivions ce guide aveugle. Voici la suite de ses paroles^ : « Les ariens opposèrent » de leur côté aux catholiques, qu'ils avaient intro- » duit dans la religion des mots qui n'étaient pas » dans les livres sacrés. Saint Athanase prouva au » contraire que les ariens en avaient inventé un bien » plus grand nombre; en sorte que départ et d'au- » tre l'on s'appuyait, non-seulement sur les passa- » ges formels de la Bible, mais aussi sur les consé- » quences qu'on en lirait, et de plus sur les tradi- » lions des écrivains ecclésiastiques qui avaient » précédé. »
Voilà donc comme on agissait de part et d'autre; mais de part et d'autre on avait tort. Il ne fallait pas raisonner, mais s'attacher uniquement à la pure parole de Dieu. Tout ce qu'on pouvait ajouter au texte de l'Ecriture n'était (fu'un raisonnement humain; il en fallait revenir à la Tradition; c'est-àdire, selon notre auteur, aux interprétations des écrivains ecclésiastiques qui avaient précédé. Mais c'était là le moyen des hérétiques aussi bien que des catholiques : l'on s'appuyait sur cela, dit notre auteur'', de part et d'autre. Il fallait donc encore raisonner sur cette tradition, alin de voir pour qui elle était; et on revenait au raisonnement humain que notre auteur vient de rejeter comme un moyen peu sûr d'établir la foi; et selon sa belle critique, on en vient toujours à tout détruire sans rien établir. Telle est, selon lui, la méthode qui commença du temps de saint Athanase ; et ce qu'il y a do plus