‹ Œuvres complètes de BossuetChapitre 436 sur 851 · LIVRE III. — M. SIMON, ADMIRATEUR DES SOGINIENS · texte numérisé non relu

LIVRE III. — M. SIMON, ADMIRATEUR DES SOGINIENS

sies? Est-ce à cause que ces impies ont proféré leurs blasphèmes en expliquant l'Ecriture, que vous vous croyez obligé de les mettre au jour? Il n'y aura donc qu'à traiter sous ce prétexte toutes les raisons des athées et des liberlins contre la prescience de Dieu , contre son immensité et sa providence, contre sa justice qui punit le crime d'un feu éternel, et contre ses autres attributs, sans y faire aucune réponse; car c'est en expliquant l'Ecriture sainte que les sociniens les ont attaqués.

La seconde raison de notre auteur est que les Pères se sont servis utilement de quelques bonnes pensées qu'on trouve dans les ouvrages des hérétiques. Qu'il nous montre donc quel profil on peut tirer de la longue déduction des arguments de Servet, et qu'il y choisisse un seul endroit d'où nous puissions recueillir quelque utilité.

Mais enfin, dit noire critique, et c'est sa troisième raison, les écrits des novateurs servent contre eux-mêmes. Je l'avoue; et c'est aussi par oii je conclus que si l'on n'en tire point cet avantage, à quoi M. Simon ne songe pas dans ce qu'il dit de Servet et des autres semblables auteurs, on les étale plutôt qu'on ne les combat : on leur attire de favorables spectateurs plutôt que des adversaires, on les fait passer pour des gens dont les sentiments méritent d'être connus. Le monde n'est déjà que trop porté à vouloir croire que ceux qu'on a condamnés ont eu leurs raisons, et il n'y a rien de si aisé que de faire dire à un libertin ignorant : Servet qu'on fait passer pour un si mauvais auteur et les autres qu'on a décriés , n'avaient pas tant de tort qu'on le publiait.

C'est ce qu'on gagne à rapporter les écrits des hérétiques, sans en même temps en inspirer l'horreur par une solide réfutation. Mais quand notre critique en est venu là, il s'en tire en parlant ainsi' : « Ce serait ici le lieu de combattre les » fausses idées de ce patriarche des nouveaux anti- » Irinitaires, si Calvin n'en avait déjà montré la » fausseté dans un ouvrage séparé. » Il a bien senti que le public lui demandait la réfutation des principes de Servet, qu'il avait si bien déduils; mais il renvoie son lecteur à Calvin, afin peut-cire qu'eu évitant le poison de l'un ou avale celui de l'autre, et qu'on apprenne à blasphémer d'une autre manière. En elTet il n'ignore pas , et il le remarque lui-même 2, qu'en défendant la doctrine catholique sur la Trinité , Calvin en avait détruit une partie , jusqu'à oser renverser le fondement du concile de Nicée, outre les autres erreurs qui sortent naturellement d'une source si empoisonnée.

Voilà toute la ressource qu'on laisse à ceux que l'exposition qu'on leur donne des sentiments de Servet touchera peut-être de quelque pitié envers lui : on les renvoie à Calvin qui l'a fait brûler. Qu'ils se contentent s'ils veulent de cette réponse

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