‹ Œuvres complètes de BossuetChapitre 437 sur 851 · CHAPITRE V · texte numérisé non relu

CHAPITRE V

Le soin de M. Simon à faire connaître et à recommander Bernardin Oclnn, Fausle Socin et Crellius.

BEnxAUDix OcHi.N vient après. M. Simon ne nous en apprend que la grande réputation , les mœurs louables et la bonne conduite''^ sans nous parler des désordres qui éclatèrent depuis son apostasie. Il ne

faut pas oublier qu'il écrivait, dit M. Simon, contre la foi de la Trinité , sous prétexte de la défendre. Il devait encore ajouter que cette dissimulation a passé dans toute la secte, et que les plus pernicieux ennemis de la Trinité sont ceux qui l'attaquent sous cette couleur.

Mais les deux favoris de ]\I. Simon sont Fauste Socin et Crellius, dont il vante si bien partout les explications littérales et le bon sens, qu'il donne envie de les lire, et j'ajouterai de les suivre.

Il nous donne d'abord Fauste Socin comme un homme qui cherche les explications les plus simples et les plus naturelles*, ce qui est non-seulement pour M. Simon, mais en général pour tous les hommes de bon sens, la véritable méthode, pourvu qu'on entende bien la bonne et naturelle simplicité. Quoi qu'il en soit, Socin a-<léjà l'avantage de l'avoir recherchée. En général il lui donne toutes les louanges qu'on peut lui donner sans paraître ouvertement son disciple. Il loue son exactitude sur la manière de traduire, et son équité dans la justice qu'il fait ordinairement à la Vulgate. Qui ne serait porté à présumer bien d'un homme si équitable? Si M. Simon est forcé en quelque endroit, de l'attaquer (car aussi comment sans cela soutenir la profession de catholique), il le fait si mollement, qu'on voit bien qu'il ne craint rien tant que de le blesser, témoin l'endroit où, en parlant de Brenius, un des principaux anti-trinitaires , il en dit ces mots-: « Il détourne plusieurs endroits , où il est parlé du » Fils et du Saint-Esprit, et s'il ne s'accorde pas » toujours avec Socin , dont les interprétations sont » quelquefois forcées et trop subtiles, il n'aban- » donne pas pour cela la doctrine des anti-trini- » taires. » Quel fruit ne peut-on pas retirer de cette curieuse remaniue de M. Simon? On y apprend en premier lieu les endroits où l'on trouve l'art de détourner les passages de l'Ecriture, non sur un sujet commun et indifférent, mais sur le sujet du Fils et du Saint-Esprit : on y apprend en second lieu , que c'est quelquefois seulement que les interprétations de Socin sur une telle matière sont forcées et trop subtiles ; c'es[-k-d\re , que partout ailleurs et pour l'ordinaire elles sont simples et naturelles ; et ce qu'il y a de plus remarquable , on y apprend que si quelquefois on ne se débarrasse pas trop facilement des passages de l'Ecriture par les inicrprélalions de Fauste Socin, il ne faut point pour cela se désespérer, puisqu'on y trouve un bon supplément dans celles de Rrenius , qui sans le secours de Socin et sans ses explications, quelquefois trop fines et comme tirées par les cheveux, demeure toujours un parfait anti-trinilairc. Que ne doivent donc pas les sociniens aux précautions de M. Simon , qui enseigne de si bons moyens de suppléer au défaut de leur maître môme, lorsque la force lui manque.

Que si vous voulez savoir parfaitement la doctrine socinienne, vous recevrez de M. Simon toutes les instructions nécessaires. Le dénouement le plus essentiel de toute la secte, est de bien entendre la force de ce nom Dieu , afin qu'on ne soit pas effrayé quand on le lui verra donner tant de fois à Jésus-Christ et dans des circonstances si particulières. C'est ce que vous apprendrez de Socin dans

DÉFENSE DE LA TRADITION ET DES SAINTS TÈRES

son commentaire sur le premier chapitre de saint Jean*. M. Simon va continuer ses graves leçons. t Ceux, » dit-il-, « qui vomiront connaître plus à « fond (car c'est une chose fort importante au pu-

• blic) la méthode et la doctrine de Socin, joindront B aux commentaires dont nous venons de parler, ' deux autres ouvrages, dont le premier a pour » litre : Lectioues Sacrœ , et l'autre, Prœlecliones

• Theologicœ: parce qu'il y explique un grand nom- » brede passages du Nouveau Testament, et qu'il . y édaircit plusieurs dilTîcultés. » Vous pouvez croire comment il les éclaircit, et si c'est selon la saine doctrine. Quoi qu'il en soit, ce que veut ici enseigner M. Simon, c'est non-seulement que ces livres sont bons aux sociniens , mais encore qu'il faut inviter les catholiques i\ les lire; « parce que,» dit-il ^ « si l'on met à part les endroits où Socin » tache d'appuyer ses nouveautés; » c'est-à-dire, sans dilhculté presque tous ses livres , « ils peu- » vent leur être utiles. « Mais à quoi utiles? montrez-le-nous une fois : racontez-nous quelques-uns de ces avantages qu'on peut tirer de cette lecture. Il n'en dit pas un seul mot : son livre serait trop gros : il a du temps pour nous réciter toutes les impiétés et les adresses des sociniens; il n'en a point pour montrer aux catholiques les avantages qui leur en reviennent; c'est-à-dire, qu'il a pour but de satisfaire les uns, et non pas d'instruire les autres. C'est le contraire de ce qu'il fallait; car s'il y avait quelque utilité à tirer des sociniens, c'est ce qu'il fallait extraire de leurs écrits, afin de sauver aux catholiques la peine et le péril de les lire; mais c'est qu'il a bien senti que ces utilités prétendues sont trop minces pour mériter d'être étalées. Il est vrai , il y aura dans Fauste Socin quelques-unes de ces bonnes choses, de ces principes communs qu'on trouve dans les plus mauvais livres, qu'on trouverait beaucoup mieux ailleurs, et qu'on trouve encore dans Socin tournés d'une manière qui porte à l'erreur; ce n'est pas la peine d'aller chercher celte utilité telle qu'elle est dans des livres si remplis de malignité, au hasard d'y boire à pleine i»ouche le venin du socinianisme. Dieu permettant qu'on s'aveugle, en punition de ce que sous la conduite d'un M. Simon, on ira chercher dans les sociniens plutôt que dans les orthodoxes, les principes de la religion et les manières d'interpréter l'Ecriture sainte.

On voit donc qu'en suivant un si bon guide on ne manquera d'aucun secours pour apprendre cette curieuse et rare doctrine de Socin; et afin (|u'on en puisse être plus facilement informé, on avertit'' que « ceux qui n'ont pas le temps de parcourir ses ou- » vrages, qui sont inqtrimés en deux tomes in-folio > à la lète de la l'.ihiiothéque des frères Polonais, » peuvent consulter leur catéchisme, dont il y a » diverses éditions, et qui a pour titre : Catechesis » E'xlesiarum VnUmiairum , etc. Ce petit livre , » conlinue-t-il, qui enferme en peu de mots les » articles de leur df)Clrine avec les preuves, est un » abrégé de ce qu'il y a de [tins considérable dans

• les écrits de Socin. »

Qui prit jamais plus de soin d'expliquer les moyens de bien entendre saint Augustin et saint Chrysoslome, que M. Simon en a pris pour faire

> , p. MI. - 2. p. M5. — 3. p. 8W. — 4. p. 83.5.

entendre Socin et sa doctrine et ses prouves, et dans toute leur étendue , et en abrégé pour la plus grande facilité du lecteur? Après cela, rien n'empêche qu'on ne devienne bon socinien en peu de temps; et ce critique veut encore que nous sachions qu'il prend tout ce soin pour les catholiques, qui, dit-iP, en peuvent tirer quelque avantage, qu'il ne marque pas. Fallait-il donc tant de peine pour faire trouver ce peu d'avantage (car il n'ose dire beaucoup) dans la doctrine de Socin? et ne fallait-il pas plutôt penser combien de gens y trouveraient leur perte assurée? Mais c'est de quoi ce critique se met peu en peine, et un dessein si utile n'est pas l'objet de ses études.

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