CHAPITRE VI
La réfutation de Socin est faible dans M. Simon : exemple sur CCS paroles de Jésus-Christ : «Avant qu'Abraliam fût fait, je suis. » (Joan., viii. 58.)
Il est vrai qu'il réfute quelquefois Socin en passant et par manière d'acquit; mais loin d'avouer qu'il le fasse bien, si l'on regarde de près on verra qu'il le fait toujours par les raisons les plus faibles, ou en poussant faiblement celles qui sont fortes. Je n'ai trouvé dans tout son livre aucun endroit pour établir la divinité et l'éternité de Jésus-Christ comme Verbe et comme Fils. J'avoue qu'il a parlé un peu plus de sa préexistence. Mais en cela il sait bien qu'il ne fait rien contre les ariens , qui en avouant que le Fils de Dieu était devant Abraham et dès le commencement du monde, ne l'en mettaient pas' moins au rang des créatures. Voyons encore comment il traite la préexistence. Le passage le plus formel pour l'établir, est celui-ci de Notre Seigneur : Je suis avant qu'Abraham fût fait"^. Mais de la manière dont M. Simon traite une parole si expresse , il n'en tire aucun avantage ; puisque tout ce qu'il en conclut esl^, qu'elle est si claire d'elle-même , que Socin a été obligé pour l'accommoder avec ses paradoxes, d'inventer je ne sais quel sens qui n'a pu être goûté que de ceux de cette secte; ce qui est la chose du monde la plus faible, pour deux raisons : la première, qu'il n'y a rien de fort surprenant qu'un chef de secte ne soit suivi que de ses partisans , ni rien qu'on ne doive dire de toutes les sectes bonnes ou mauvaises qui furent jamais. Les sociniens et tous les hérétiques rétorqueront aisément cette expression contre les orthodoxes , et diront que leurs explications sur la Trinité ou sur la transsubstantiation sont de mauvais sens, parce qu'elles ne sont suivies que de ceux de leur sentiment. Ce sont donc là de ces expressions, où en voulant paraître dire quelque chose contre l'erreur, dans le fond on dit moins que rien , et on voit d'abord que M. Simon ne donne là aucun avantage aux catholiques. Mais secondement , ce qu'il semble leur en donner, il le leur ôle aussitôt, en faisant voir que ce ne sont pas seulement les sociniens qui goûtent l'interprétation de Socin sur ces paroles : Avant qu' Abraham fût fait , je suis ; mais que c'est encore un Erasme, un Rèzc, un Grotius, qui selon lui-môme no sont rien moins que sociniens. Ainsi, loin (|u'il alTaiblisse l'interprétation de Socin, il donne des moyens de la défendre, puisfiiie même elle est embrassée par des gens habiles, qui