‹ Œuvres complètes de BossuetChapitre 443 sur 851 · CHAPITRE IX · texte numérisé non relu

CHAPITRE IX

Recommandations des interprétations du socinien Crellius.

C'est à quoi servent les louanges que notre auteur donne à Crellius. Elles sont d'abord précédées par celles dont Grotius, le premier des commentateurs (dans l'idée de M. Simon 2) relève cet unitaire, qui l'ont entraîné lui-même dans les explications sociniennes. Voilà déjà un grand avantage pour Crellius : dans la suite on n'entend parler M. Simon ^ que de la grande réputation, que du discernement, du bon choix, de l'attachement au sens littéral qu'on trouve dans cet auteur, qui est tout ensemble, grammairien , philosophe et théologien, et qui cependant n'est pas beaucoup étendu^ ; c'està-dire, qu'on y trouve tout, et dans le fond et dans les manières, avec la brièveté, qui est le plus grand de tous les charmes, dans des écrits qu'on représente si pleins. C'est tout ce qu'on pouvait proposer d'attraits pour le faire lire; et pour disposer à le croire, qu'y avait-il de plus engageant que de dire*, nonseulement « qu'il va presque toujours à son but par » le chemin le plus court; mais encore que sans » s'arrêter à examiner les diverses interprétations » des autres commentateurs, il n'oublie rien pour » établir les opinions de ceux de sa secte; ce qu'il » fait, » poursuit notre auteur, « avec tant île sub- » tilité, qu'aux endroits mêmes où il tombe dans » l'erreur il semble ne dire rien de lui-même. » Que prétendez-vous après cela, M. Simon? Vous avez frappé les inlirmos d'un coup mortel : ditesleur tant qu'il vous plaira, que le socianisme est nouveau, qu'il est mauvais, votre lecteur demeure frappe de l'idée que vous lui donnez des explications de cette secte. Ce qui en rebute, c'est la violence qu'elle fait partout à l'Ecriture et à l'idée universelle du christianisme; mais vous levez cette horreur en faisant paraître les interprétations de

1 . Oral. 33. — 2. p. 802, 803. - 3. P. 817, et scq. — i. P. SI6. — 5. P. 85.

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DÈFEXSK DE LA TRADITION ET DES SAINTS PÈRES

Crellius si naturelles, si concluantes, qu'on croit les voir sortir comme d'elles-mùmes de la simplicité du texte sacré; en sorte qu'on est porté à regarder l'auteur comme un homme qui ne dit rien de luimême. Encore si vous releviez en quelques endroits les absurdités manifestes de ses ex|ilicalions,ceque vous en dites d'avantageux pourrait inspirer quelques précautions contre ses arlilices; mais en ne montrant que les avantages dun auteur qui a séduit Grolius, on pousse dans ses lacets, non-seulement les esprits vulgaires, mais encore les savants curieux que la nouveauté tente toujours.

Je ne Unirais jamais, si je voulais raconter tous les tours malins de Crellius , soigneusement rapportés par M. Simon* pour éluder la divinité de Jésus-Christ, sa qualité de Fils de Dieu, et l'adoration qu'elle lui attire. Il devait expliquer du moins ce qu'il trouvait dans les Pères, pour montrer les caractères particuliers de cette adoration qui la distinguent de toutes les autres; mais non, par les soins de M. Simon , nous apprendrons bien les difficultés et les détours; et cependant nous ignorerons les solides solutions des saints docteurs. C'est la critique à la mode, et la seule qui peut contenter les curieux.

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