‹ Œuvres complètes de BossuetChapitre 460 sur 851 · LIVRE III. — M. SIMON, ADMIRATEUR DES SOCINIENS · texte numérisé non relu

LIVRE III. — M. SIMON, ADMIRATEUR DES SOCINIENS

ogiques; c'est-à-dire, peu véritables, aussi bien que peu littérales, selon le langage de M. Simon; et c'est pourquoi il conclut ainsi : « En un mot son

» Commentaire sur saint Paul est l'ouvrage d'un » habile théologien, mais scolastique. » Remarquez encore : ce n'est pas absolument « un habile théo- ') logien, c'est un habile théologien scolaslique, » qui, » poursuit-il, « traite un grand nombre de » questions qui ne sont guère d'usage que dans les » écoles, et qui éloignent même quelquefois du vé- » rilable sens de saint Paul. » Voilà où notre auteur en voulait venir ; c'était à insinuer qu'un théologien scolastique est né pour éloigner du vrai sens de l'Ecriture , et que c'est en quoi consiste son habileté. C'est pourquoi il donne d'abord cette idée vague de saint Thomas, et sous le nom de saint Thomas, des théologiens scolastiques : « que leur méthode est » de raisonner sur les matières de religion ; » comme si cela leur était particulier. Quoi qu'il en soit, saint Thomas est un raisonneur sur la religion, et encore sans distinguer qu'il y a là du bien et du mal, du bien à raisonner, pour l'éclaircir, du mal à raisonner, ou ppur en douter, ou pour en venir à des discussions trop curieuses. Mais il n'en demeure pas là. Il voulait mener son lecteur au mépris de la scolastique, pour le pousser plus avant encore ; c'est-à-dire, jusqu'au mépris de la théologie plus ancienne de saint Augustin et des Pères; et pour cela il ajoute : C'est sur ce pied-là (sur le pied d'un habile théologien scolaslique qui éloigne du vrai sens de l'Ecriture et de saint Paul. « C'est » donc, » dit-iP, « sur ce pied-là que saint Tho- » mas s'étend d'abord assez au long sur ces mots de » l'épître aux Romains, qui prœdestinatus est Fi- » lius Dei. Il parait tout rempli de l'explication de » saint Augustin et des autres commentateurs, » qui veulent que Jésus-Christ soit prédestiné. Car il en revient souvent là; et la prédestination de Jésus- Christ, qui doit faire la consolation des fidèles, est l'objet de son aversion. Mais sans entrer maintenant dans cette dispute, on voit par cet exemple, que M. Simon n'attaque pas seulement la théologie scolastique, mais sous le nom de la scolastique, la théologie de saint Augustin, quoiqu'elle soit celle des autres commentateurs.

Au reste, c'est à cet auteur téméraire, un argument contre saint Thomas d'avoir suivi saint Augustin : c'est de quoi lui faire blâmer la théologie de ce chef de l'Ecole. Pour être bon théologien au gré de M. Simon , il eût fallu comme lui mépriser saint Augustin, l'abandonner principalement sur l'épitre aux Romains et sur cette haute doctrine de la grâce et de la préilostinalion , qui est née pour aticrer l'orgueil humain; c'est ce que M. Simon inculque : il fallait enfin commencer par assurer que Jésus- Christ, qui est le chef et le modèle des prédestinés, n'a point été prédestiné lui-même; c'est-à-dire, que le mystère de l'incarnation n'a été ni prévu, ni défini , ni préordonnô, ni i)rédesliué de Dieu; ce qui n'est pas seulement une impiété, mais encore une absurdité manifesie, comme il a déjà été dit.

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