‹ Œuvres complètes de BossuetChapitre 461 sur 851 · CHAPITRE XVIII · texte numérisé non relu

CHAPITRE XVIII

Ihstoriette du docteur d'Espense, relevée malicieusement par l'auteur, pour blâmer Home et mépriser de nouveau la théologie, comme induisant it l'erreur.

Voici encore sous le nom du docteur d'Espense un trait de malignité contre la théologie ou plutôt contre la religion. « Il nous apprend, » dit-il', « qu'un gentilhomme romain, qui n'élait pas igno- » rant , lui disait souvent , que ceux de son pays » avaient un grand éloignement de l'élude de la » théologie, de peur de devenir hérétiques; qu'ils » s'appliquaient seulement au droit civil et au droit » canon, qui leur ouvrait le chemin dans la rôle, » pour parvenir aux évèchés, au cardinalat, et aux )) plus grandes nonciatures. » On m'avouera que ni le discours de ce gentilhomme, ni le récit de d'Espense ne servait de rien à la critique , si ce n'est à celle qui fait les moqueurs, qui se livrent à l'esprit de dérision tant réprouvé dans l'Ecriture, sans même épargner la religion et l'Eglise. Cette remarque de M. Simon n'est bonne qu'à faire penser aux libertins, qu'en étudiant la théologie, c'est-à-dire, en approfondissant la doctrine chrétienne, on s'en dégoûte et on devient hérétique : que c'est là le sentiment de l'Italie et de Rome même, et que toute l'étude de ce pays-là n'est que politique et intérêt. Peut-on faire une plus sanglante et plus insolente satire, je ne dirai pas seulement de Rome, mais encore de la religion et de la foi? Mais de peur qu'on ne s'imagine que cette satire de noire critique ne regarde Rome que pour le temps de d'Espense, ce moqueur continue en cette sorte : « Je me trompe )) fort si cet esprit ne règne encore présentement à >•> Rome, et même dans toute l'Ilalie. » Tout le monde y est dans l'esprit de ce prétendu gentilhomme de d'Espense. Que les sociniens, que les proteslanls seront contents de M. Simon : qu'il sait flatter agréablement leur goût et cet esprit de satire qui les a poussés dans le schisme. Cei)endant ce satirique malin fait cette morsure en jouant. Ce n'est pas lui, c'est d'Espense, c'est un gentilhomme qui n'était pas ignorant; car il en fallait encore marquer ce petit éloge, afin que ses sentiments fussent mieux reçus; et pour conclusion, une satire si mordante se tourne en forme d'averlissemenl par ces dernières paroles : « Peut-être, continue M. Simon, » serait-il à désirer qu'en France, les personnes de » qualité, qui sont élevées aux plus grandes digni- » tés de l'Eglise, étudiassent un peu moins de théo- » logie scolaslique, et qu'ils s'appliquassent davan- » tage à l'élude du droit et de la pratique des afiaires » ecclésiastiques. » C'est ainsi qu'après avoir salisfait à sa malignité, il fait encore semblant de vouloir servir ceux ([u'il déchire, et entrer dans leur sentiment.

Au reste, s'il agissait avec un peu de sincérité cl de bonne foi, après avoir atlaf|ué obliquemenl à sa manière la théologie scolasli(iue , il n'aurait pas tourné tout court à la pratique cl au droit; il aurait marqué du iiioins en un mol ù ces gens de qualité , qu'il veut instruire pour la prélalure, qu'il y a une théologie encore plus nécessaire aux firélals que tous les canons, qui est celle de l'Ecriture et des Pères, à moins (ju'on ne mette, avec notre auteur,

DÉFENSE DE LA TRADITION ET DES SAINTS PÈRES

l'élude de l'Ecrilure aussi bien que celle des Pères, uuiquemeal dans la critique.

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