‹ Œuvres complètes de BossuetChapitre 462 sur 851 · CHAPITRE XIX · texte numérisé non relu

CHAPITRE XIX

L'autmr. «• parlant d'Erasme, continue de mépriser la théologie, comme ayant contraint l'esprit de la reliyion.

On voit encore une belle idée de la scholastique, et de toute la théologie en général dans la remarque de notre critique sur Erasme. Cet auteur avait expliqué ces paroles : Vous êtes Pierre, et les autres qui établissent la primauté de saint Pierre et de ses successeurs, d"une manière qui ne laissait dans l'Ecriture aucun vestige de cette primauté. On le reprit avec raison d'une atVectation si dangereuse. M. Simon observe' qu" « il représentait que tout ce qu'il » avait écrit de la primauté du Pape, précédait les i disputes qui étaient depuis survenues là-dessus, » et qu'il n'avait même rien dit qu'il n'eût en même » temps prouvé par les témoignages des anciens » Pères ; mais on ne l'écoutait point. » Sur quoi notre auteur fait cette rétlexion : « Il devait avoir appris » que depuis que la théologie avait été réduite en arl par les docteurs scolastiques, il fallait se soumettre à de certaines règles et à de certaines manières de parler : qu'il ne s'agissait plus de savoir ce qu'on lisait dans les anciens écrivains ecclésiastiques, puisqu'il demeurait lui-même d'accord qu'ils ne convenaient point entre eux; outre qu'il n'avait point produit dans ses notes que de sim- « pies extraits de leurs ouvrages, qui ne décou- » vraient pas toujours leurs véritables pensées. » L'arliQce avec lequel il mêle ici le bien et le mal, ne peut pas être plus dangereux. Il est vrai , c'est tromper le monde que de lui faire espérer une instruction suffisante de la pensée des saints Pères, lorsqu'on n'en produit que des extraits, et c'est une illusion que M. Simon fait souvent à ses lecteurs. Il fallait donc s'en tenir à cette réponse pour convaincre Erasme; mais ce n'est pas ce que voulait notre critique, et il fallait que la scolaslique reçut une atteinte. Il la taxa donc premièrement d'avoir réduit la théoloyie en art, expression qui d'abord présente à l'esprit un sens odieux, comme si on avait dégénéré de la simplicité primitive de la doctrine chrétienne. La théologie n'est pas un art. C'est la plus sublime des sciences; et pour s'être astreinte à une certaine méthode, elle ne perd ni son nom, ni sa dignité. Mais passons à M. Simon, un terme ambigu, quoique suspect dans sa bouche. Le reste de son discours enveloppe, dans sa confusion, tout ce qui se peut penser de plus malin. Car que veut dire, que depuis la scolastique, « il fallait se » soumettre à de certaines règles et à de certaines » manières de parler? » Est-ce que la théologie n'avait point de règle avant les docteurs scolastiques , et que les Conciles et la Tradition n'en prescrivaient point aux fidèles et aux docteurs? Pourquoi donc donner celte idée de la scolastique, comme si c'était elle qui cùl commencé ù. devenir contraignante et à gftner les esprits? N'avait-on pas auparavant des rèf-Mes même pour les expressions? Tout le monde pouvait-il parler comme il voulait? Ne fallait-il pas accommoder son langage aux décrets que faisait l'Eglise pour la condamnation des hérésies? M. Sii. p. ys:..

mon , le pourrait nier, lui qui a blâmé , comme on a vu, les expositions où l'on ajoutait quelques mots à la lettre de l'Ecriture, pour en lixcr plus précisément le sens; mais l'Eglise n'a jamais été de ce sentiment. Celte règle tant répétée par les scolastiques, par Gerson, par tous les autres docteurs, 7iobis ad certain regulam loqui fas est, n'était pas des scolastiques : elle était de saint Augustin, de Vincent de Lérins, des autres Pères, et aussi ancienne que l'Eglise.

Ce qu'ajoute M. Simon, que depuis la scolastique « il ne s'agissait plus que de savoir ce qu'on li- » sait dans les anciens Pères , qui même ne s'ac- » cordaient pas entre eux , » donne encore celte dangereuse idée : qu'on n'a plus d'égard aux discours des Pères, et qu'il n'est plus permis de parler comme eux; ce qui, prononcé indéfiniment , ainsi qu'a fait notre auteur, induit un changement dans la doctrine. Mais au contraire les scolastiques veulent qu'on parle toujours comme les Pères; et si l'on ajoute quelque chose au langage de ces saints docteurs, ce n'est que pour empêcher qu'on en abuse, el pour expliquer plus à fond ce qu'ils n'ont dit qu'en passant , et alors ce qu'on ajoute contre les hérésies venues depuis eux, et non-seulement de même parure , mais encore de même force' el de même sens que ce qu'ils ont dit. Mais la dernière remarque , par laquelle M. Simon prétend établir qu'il ne s'agit plus de savoir ce qu'on lisait dans les Pères, à cause qu'iis ne convenaient point entre eux, est l'endroit où il y a plus de venin; puisque c'est insinuer, c'est définir en général qu'il n'y a rien de certain à tirer de la doctrine des Pères, el en particulier, que par rapport à la primauté de saint Pierre, dont il s'agit en ce lieu , les Pères ne conviennent pas qu'elle soit dans l'Ecriture.

On voit donc que tous les traits de M. Simon contre la théologie scolastique portent plus loin, et que le contre-coup en retombe sur la théologie des Pères. En elTet, selon ses maximes, il ne faut plus de théologie : tout sera réduit à la critique : c'est elle seule qui donne le sens littéral; parce que sans rien ajouter aux termes de l'Ecriture pour en faire connaître l'esprit, elle s'attache seulement à peser les mois : tout le reste est théologique, c'est-à-dire peu littéral el peu recevable.

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