CHAPITRE XXII
L'auteur entra dans les sentiments impies de Socin, d'Episcopius et de Grotius. pour anéantir la preuve de la religion par les prophéties.
Parmi ces dissertations de Grotius^, qui ont mérité la louange et l'approbation de M. Simon, il faut compter celle , où parlant des passages de l'Ancien Testament dont se servent les évangélistes et les écrivains sacrés, il prétend, comme le récite M. Simon', « que les apôtres n'ont point eu dessein de » convaincre les Juifs par ces seules autorités, que B Jésus fût le véritable Messie. Car il y en a peu , » dit Grotius , qu'ils rapportent à cette fin , et ils se » contentent, pour prouver la mission de Jésust Christ, de sa résurrection et de ses miracles. » Voilà en effet le premier sentiment de Grotius, à qui Calovius, dit M. Simon"*, « a objecté qu'il rend » douteux par cet artifice, ce qu'il y a de plus clair » dans l'Ancien Testament en faveur du Messie. »
Il n'y a rien de plus juste que cette censure de Calovius. Cependant après l'avoir considérée, M. Simon passe par-dessus, en approuvant le sentiment de Grolius, qui prétend que ces passages sont allégoriques; c'est-à-dire, qu'ils ont un double sens, qui leur ôte la force de prouver, et ensuite qu'ils ne sont propres qu'à confirmer dans la foi ceux qui y sont déjà bien disposés, et non pas à y amener ceux qui en ont l'esprit éloigné.
Il est vrai, rpi'en favorisant ce sentiment do Grolius, M. Simon fait semblant d'y apporter quelques restrictions à sa mode; c'est-à-dire, des restrictions vaincs cl enveloppées , par où il se prépare des échappatoires, quoiqu'elles soient en effet des convictions de son erreur. « Il .se peut faire, » dit-il '', - que Grolius ail trop étendu son principe (desallé-
1. rjrot. in Luc. vt. 36; InGeti., ii. 7; Job., xxxiv. M; In Ecel'i.. xri. 7; Jn Sip., xi. 2; In Luc, xx. 38; In Marc, XXTiii; !n Jo'in., i. — 2. Xjn fond de toiit c;e qui ent dit dans ce (•bapitr« M trouve dani la /Jimert. »ur Orolius. — 3. P. 807. —
» gories) , mais on ne doit pas le condamner abso- » lument, comme s'il appuyait le judaïsme. C'est » au contraire la seule voie de répondre solidement » aux objections des Juifs. » On voit déjà combien faiblement il attaque Grolius, en disant : il se peut faire. Il n'y a rien qui favorise plus une objection hardie qu'une réponse molle. Pendant que Grotius tranche le mot, et qu'il ravit aux chrétiens les principales preuves de leur religion , on se contente de le réfuter, en disant : qu'il se peut faire qu'il ait trop étendu son p^Hncipe; mais quel principe? qu'il y a des allégories dans l'Ecriture, ou que quelquesunes des prophéties que les apôtres appliquent à Jésus-Christ, sont fondées sur des allégories? qui jamais s'est avisé de le nier? Son principe donc est de dire que ces allégories doivent avoir lieu dans les principaux passages dont Notre Seigneur et les apôlres se sont servis pour établir la venue et les mystères du Messie. Voilà, en effet, le principe de Grolius; d'où il conclut que, pour prouver la mission de Jésus-Christ, les apôtres se contentaient de sa résurrection et de ses miracles. Et M. Simon, loin de combattre un principe si pernicieux , trouve que c'est là au contraire la seule voie de répondre solidement aux objections des Juifs; c'est-à-dire, que la seule voie de leur répondre est de montrer que les principales preuves dont Jésus-Christ et les apôtres se sont servis, n'ont point de force. Un sentiment si propre à excuser les Juifs, était digne de Socin et d'Episcopius. Socin, en parlant des prophéties, se contente de dire avec une extrême froideur', qu'il y en a quelques-unes dans lesquelles il était parlé en quelque façon du Messie qui devait venir, et qu'on pouvait entendre assez clairement de Jésus de Nazareth. C'est ce qu'il dit dans ce livre des leçons théologiques dont M. Simon a tant recommandé la lecture. On ne pouvait pas parler plus faiblement des prophéties que cet auteur. En effet, il met si peu dans les prophéties le fondement de la religion chrétienne, qu'il ne croit pas même la lecture du Vieux Testament nécessaire aux chrétiens. Episcopius a suivi ses pas. On sait que ce défenseur de l'arianisme était un socinien un peu plus modéré , ou plutôt un peu plus couvert que les autres, qui enseigne au reste assez nettement l'indifférence des religions , et ne fait du christianisme qu'une espèce de philosophie peu nécessaire au salut. Un tel homme, qui prenait si peu d'intérêt à la religion chrétienne, ne devait être guère touché des prophéties, qui en font la gloire aussi bien que le fondement; et voici en effet ce qu'il en pense, au rapport de M. Simon : « il examine, » dit ce critique^, » les prophélies et les autres passages de l'Ancien » Testament qui sont rapportés dans le Nouveau; et » comme la plupart y sont cités par forme d'allégo- » ries, il ne peut souffrir l'opinion de ceux qui » croient que les évangélistes et les apôtres ont cm- » ployé ces allégories pour prouver que Jésus-Christ » était le Messie; ce qui est, dit-il, contraire au bon 1) sens, et même à la pensée de ceux qui se sont 0 servis les premiers de ces sens mystiques. Ils se » sont contentés des miracles et de la résurrection » de Jésus-Christ, pour prouver aux fidèles qu'il » était le Messie, ayant proposé ces sortes d'inler- » prétalions à ceux qui l avaient reconnu. »