‹ Œuvres complètes de BossuetChapitre 475 sur 851 · CHAPITRE XXIX · texte numérisé non relu

CHAPITRE XXIX

Suite de la Tradition sur la force des prophéties. Conclusion de cette remarque en découvrant sept articles chez M. Simon, où l'autorité de la Tradition est renversée de fond en comble.

Si l'Eglise est née dans ces principes, si elle a été bâtie sur ce fondement, elle s'est aussi conservée par la même voie. Tout est plein dans l'antiquité, je ne dis pas de passages, mais de traités faits exprès pour soutenir la preuve des prophéties, comme invincible et démonstrative : témoin le livre d'Eusèbe, qui porte pour titre : Démonstration évangélique, et qui n'est qu'un tissu des prophètes, et cet admirable discours de saint Athanase*, où il prouve que la religion a d'évidentes démonstrations de la vérité contre les Juifs et les Gentils : témoins encore les discours de saint Chrysostome contre les Juifs', principalement depuis le troisième, et ceux de saint Augustin contre Fauste, oii l'on trouverait un traité complet sur le sujet des prophéties, et une infinité d'autres de tous les lieux et de tous les temps que je pourrais rapporter.

Il faut bien que M. Simon , qui ne songe qu'à la critique, ne les ait pas lus, ou les ait lus sans attention, pour s'être si aisément laissé séduire par Episcopius et par Grotius. On ne doit pas s'étonner qu'Episcopius, à qui les principaux mystères de la religion, et la religion elle-même est indiiïérenle . en abandonne les preuves, que Grotius qui n'avait point de principe et qui avait si peu de théologie, qu'en sortant de celle de Calvin, il n'a rien trouvé de meilleur que celle des sociniens, soit entré dans leur esprit; mais on ne peut assez déplorer que M. Simon, nourri dans l'Eglise catholique, et élevé à la dignité du sacerdoce, ait appuyé ces deux auteurs, et qu'il ait été à leur exemple si fort entêté du rabbinisme et de la critique pleine de chicane où il s'est plongé, qu'il ait oublié les Pères et les traditions les plus constantes du christianisme. Quand après cela il fera semblant de louer la Tradition, nous lui dirons qu'il nous veut tromper sous cette apparence; puisque déjà nous la lui avons vu détruire par sept moyens : le premier, en disant qu'elle a varié sur la matière de la grâce du temps de saint Augustin; le second, en soutenant qu'elle nous trompait en établissant du temps de ce Père la nécessité absolue de la communion ; le troisième, en permettant d'expliquer le sixième chapitre de saint Jean, sans y trouver l'Eucharistie, contre le sentiment de tous les Pères, de son propre aveu; le

1. Oriij. contra Cela., l. m. — 2. Joan , v. 39. — 3. Act., ii. 28, etc. —4. Orat. 1 et 3 adv. Gcnt. et de Incurn. — •">. Chrysost.adv, Jud.,Orat. m, tom. i,/>. 491.

DEFENSE DE LA TRADITION ET DES SAINTS PÉrxES.

quatrième, en aflaiblissant, sous prétexte de favoriser la Tradition, toutes les preuves de l'Ecriture que la Tradition elle-mÎMiie proposait comme les plus fortes; le cinquième, en détruisant l'aulorilé de l'Eglise catholique, sans laquelle il n'y a point de Tradition; le sixième, en décriant la théologie , et non-seulement la scolastique, mais encore celle des Pères dès l'origine du christianisme; et le septième, qui surpasse tous les autres en impiété, en atTaiblissant avec les sociniens et les libertins la preuve des prophéties, qui est la chose du monde la plus constamment opposée à la Tradition et à tout l'esprit du christianisme.

Page 1