I. Conf.,l. XI e. II — 2. Id-m, l. vu, r. xxi
en elfcl toute la doctrine aux premiers principes , par cet abrégé, qu'elle ne prescrit que la charité et ne défend que la convoitise; par où aussi il a établi les plus belles règles que nous ayons pour discerner le sens littéral d'avec le mystique et l'allégorique; à quoi il a ajouté la véritable critique pour proiilcr des langues originales et des versions. Cela donc lui est venu de la sainte avidité avec laquelle il s'est attaché non- seulement au fond et à la substance, mais encore, comme il vient de dire, au vénérable style du Saint-Esprit : advidissime arripui VENERABiLEM STYLUM Spiritus tui; et c'csl dc là qu'il est arrivé que ce grand docteur, après de légères oppositions , a été enlln le premier qui a profité du travail de saint Jérôme sur les Ecritures , ce qui a donné l'exemple à toute l'Eglise de préférer sa version à toutes les autres. C'est ce qu'on voit nonseulement dans ses livres de la Doctrine chrétienne, mais encore dans ses Miroirs de l'Ecriture , qu'il a tous extraits de la docte traduction de ce Père, qui fait aujourd'hui notre Vulgale.
La seconde chose qui nous marque la profonde pénétration de saint Augustin dans l'Ecriture, c'est de nous en avoir fait connaître en divers endroits les véritables beautés, non point dans un ou deux passages, mais en général dans tout le tissu de ce divin livre, et de nous avoir, par exemple, fait sentir l'esprit dont elle est remplie en dix ou douze lignes de sa lettre à Volusien, plus qu'on ne pourrait faire en plusieurs volumes. C'était encore le fruit de ce zèle ardent qu'il a fait paraître pour le style de l'Ecriture; ce qui fait aussi qu'il en a tiré, pour ainsi dire, toute l'onction, pour la répandre dans tous ses écrits.
En troisième lieu, par la même ardeur de pénétrer l'Ecriture sainte, il a reçu celte grâce d'avoir pressé les hérétiques par ce divin livre de la manière du monde la plus excellente, et non-seulement la plus vive, mais encore la plus invincible et la plus claire; en sorte que j'oserai dire qu'on ne peut rien ajouter, ni à la solidité de ses preuves, ni à la force dont il les pousse; ce qui a été reconnu par toute l'Eglise et môme dans les derniers temps; puisque c'est pour celle raison, comme on le récite encore aujourd'hui dans les leçons de son office , que lesdocîeurs qui ont traité la théologie avec une méthode plus serrée et plus précise, se sont attachés principalement à saint Augustin, et que saint Charles Borromôo, dans sa lettre à l'Eglise de Milan, publie avec joie que celle Eglise a engendré par l'instruction et par le baptême en la personne de saint Augustin, celui qui a éteint le manichéisme, étouffé le schisme de Donat, abattu les pélagie7is , et fait triompher la vérité.
Enfin, le dernier elfet de la connaissance des Ecritures dans saint Augustin , c'est la profonde compréhension de toute la matière théologique. Je ne veux point, à l'exemple de M. Simon, élever un Père au-dessus des autres par des comparaisons odieuses, ni à son imitation prononcer comme des arrêts sur la préférence. C'est une entreprise aussi insensée qu'elle est d'ailleurs inutile. Mais c'est un fait qu'on ne peut nier, que saint Alhanase, par exemple, qui ne le cède en rien à aucun des Pères en génie et en profondeur, et qui est, pour ainsi parler, l'original de l'Eglise dans les disputes coniif!