‹ Œuvres complètes de BossuetChapitre 502 sur 851 · LIVRE IV. — M. SIMON, TÉMÉRAIRE CENSEUR DES SAINTS PÈRES · texte numérisé non relu

LIVRE IV. — M. SIMON, TÉMÉRAIRE CENSEUR DES SAINTS PÈRES

Arius, ne s'étend guère au delà de cette matière. Il en est à peu près de même des autres Pères, dont la théologie paraît renfermée dans les matières que l'occasion et les besoins de l'Eglise leur ont présentées. Dieu a permis que saint Augustin ait eu à combattre toutes sortes d'hérésies. Le manichéisme lui a donné occasion de traiter à fond de la nature divine, de la création, de la Providence, du néant dont toutes choses ont été tirées, et du libre arbitre de l'homme, où il a fallu chercher la cause du mal; enlln, de l'autorité et de la parfaite conformité des deux Testaments, ce qui l'obligeait à repasser toute l'Ecriture et à donner des principes pour en concilier toutes les parties : le donalisme lui a fait traiter expressément et à fond l'efficace des sacrements, et l'autorité de l'Eglise. Il a plu à M. Simon de décider, par sa puissance absolue, qu'il n'a rien dit sur la Trinité qui n'ait été traité plus à fond par les auteurs grecs*. Rien ne serait plus facile que de le confondre par lui-même; mais en lui laissant cette afTeclation de décider sur les Pères et de les commettre, je dirai que saint Augustin ayant eu à combattre les ariens en Afrique, il a si bien profité du travail des Pères anciens dans les questions importantes sur la Trinité, que les disputes d'Arius avaient rendues célèbres par toute l'Eglise, que par sa profonde méditation sur les Ecritures il a laissé cette importante matière encore mieux appuyée et plus éclaircie qu'elle n'était auparavant. Il a parlé de l'incarnation du Fils de Dieu avec autant d'exactitude et de profondeur qu'on a fait depuis à Ephèse, ou plutôt il a prévenu les décisions de ce concile dans la profession de foi qu'il dicta à Léporius et dans deux ou trois chapitres de ses derniers livres; en sorte qu'il n'a pas été besoin qu'il assistât à celte sainte assemblée, comme il y avait été nommément appelé, puisqu'il en avait expliqué par avance toute la doctrine. Nous allons parler dans un moment de la secte pélagienne entièrement renversée par saint Augustin. Sans prévenir ce qu'on en doit dire plus amplement dans la suite, on sait qu'elle a donné lieu à ce docte Père de soutenir le fondement de l'humilité chrétienne, et en expliquant à fond l'esprit de la nouvelle alliance, de développer par ce moyen les principes de la morale chrétienne, en sorte que tous les dogmes tant spéculatifs que pratiques de religion ayant été si profondément expliqués par saint Augustin , on peut dire qu'il est le seul des anciens que la divine Providence a déterminé , par l'occasion des disputes qui se sont oiîertes de son temps, à nous donner tout un corps de théologie, qui devait être le fruit de sa lecture profonde et continuelle des livres sacrés.

Il faut encore ajouter la manière dont il manie la sainte doctrine, qui est toujours d'aller à la source et au plus sublime, puisque c'est toujours aux principes. Quand il prêche, il les fait descendre comme par degrésjusqu'à la capacité des moindres esprits : quand il dispute, il les pousse si vivement, qu'il ne laisse pas le loisir aux hérétiques de respirer. De là viennent deux manières de les expliquer, l'une plus libre et plus étendue, l'autre si pressante, qu'il ne laisse jamais languir son discours. Mais il est dans l'un et dans l'autre également concluant,

et on en peut faire l'essai, principalement dans ses sermons sur les paroles de Notre Seigneur et sur ' celles de l'Apôtre, dont notre critique n'a pas daigné parler, où l'on trouve le même fond que dans ses autres traités, mais d'une manière si différente, I qu'on sent d'abord une main habile et un homme consommé, qui, maître de sa matière comme de son style, la manie convenablement suivant le genre de dire ou plus serré , ou plus libre où il se trouve ' engagé. J'en dirai autant, malgré le critique, des 1 traités sur saint Jean, qui ne diffèrent des livres dogmatiques et polémiques de saint Augustin que par la différence naturelle de cette sorte de livres d'avec les sermons. C'est donc d'un maître si intelligent, et pour ainsi dire si maître, qu'il faut ap- : prendre à manier dignement la parole de vérité, j pour la faire servir dans tous les sujets à l'édifica- I tion des fidèles, à la conviction des hérétiques, et à I la résolution de tous les doutes, tant sur la foi que ^ sur la morale.

' Et pour aller jusqu'à la source des grâces de Dieu dans ce Père, il lui avait imprimé dès son premier âge, un amour de la vérité, qui ne le laissait en repos ni nuit ni jour, et qui l'ayant toujours suivi parmi les égarements et les erreurs de sa jeunesse, est enfin venu se rassasier dans les saintes Ecritures, comme dans un océan immense, où se trouve la plénitude de la vérité, qu'il avait si ardemment et si inutilement recherchée, avant que l'auj torité de l'Eglise catholique l'eût enfin amené à cette étude. Dire après cela d'un si grand homme, qu'il n'a pas assez médité l'Ecriture sainte, avec la- I quelle il a passé les nuits et les jours, et dont il a ! toujours fait ses chastes délices, et que, pour avoir peut-être plus particulièrement éclairci quelques minuties, si on peut ainsi parler de ce divin livre , un moderne pour habile qu'il soit, ait pu être élevé ! au-dessus d'un Père si autorisé, comme s'élant plus appliqué gîte lui à méditer sur l'Ecriture; c'est, sans vouloir diminuer la gloire de cet interprète , , qui mérite beaucoup de louanges, et qui serait le ': premier à rejeter celle que veut ici lui donner M. Simon; c'est, dis-je , vouloir égaler le disciple au maître, et s'engager dans des sentiments aussi pleins d'absurdité que d'irrévérence.

î II ne s'agit pas d'examiner si Maldonat a bien ou ' mal fait de suivre ou de ne suivre pas saint Augustin dans des choses peu essentielles à la piété : mais il s'agit de savoir s'il est permis à un critique, sous prétexte qu'il débitera avec plus de témérité que de science un peu de grec et un peu d'hébreu, de prendre contre les saints Pères et contre saint Augustin cet air méprisant , ou, ce qui est encore plus insensé, de les traiter de novateurs. Voilà où ' je réduis la difficulté, et c'est sur quoi M. Simon doit satisfaire le public.

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