CHAPITRE II
Hérésie formelle du diacre Hilaire sur les enfants morts sans baptême, expressément approuvée par M. Simon contre l'expresse décision de deux conciles œcuméniques , celui de Lyon II , et celui de flor-ence.
Premièrement donc, il fait paraître son inclination vers Pelage par celle qu'il a témoignée pour le commentaire autrefois attribué à saint Ambroise, mais qui constamment n'en est pas, sur les Epîtres de saint Paul. L'auteur de ce commentaire fait la matière d'une grande contestation parmi les savants : quelques-uns le font arien , et M. Simon a raison de le justifier de cette hérésie. Si c'est le diacre Hilaire , comme je le veux supposer avec notre auteur, sans préjudice de tout autre sentiment, il est bien certain qu'il a été du schisme des lucifériens, qui n'a pas été moins bizarre que celui des donatistes. On prétend qu'il en est revenu , et je ne vois aucune raison de s'y opposer. M. Simon, au contraire, prétend voir des marques de son erreur', ou, comme il parle, des préjuye's de sa théologie au commencement de son commentaire. Elles sont bien vaines ; mais laissons ces raflinemcnts de critique, et venons aux sentiments de cet auteur sur les erreurs de Pelage. M. Simon en produit un passage exprès pour le péché originel, qui aussi a été cité par saint Augustin sous le nom de saint Hilaire-, qui peut être le diacre Hilaire revenu du schisme cl appelé saint selon la coutume du siècle, ou quclqu'aulre Hilaire inconnu, puisque constamment le conmicntaire d'où ces paroles sont tirées, n'est pas du saint évèque de Poitiers. Mais notre critique ajoute deux choses au passage de cet Hilaire, (jucl qu'il soil, qui font voir trop clairement que cet auteur n'a pas
1. p. n», \X,. Tu Rom., I. 13. —2. A<( Boiiif., l. iv, c.iv, n. 7.
DtFENSE DE LA TRADITION ET DES SAINTS PÈRES.
raisonné conséquemmenl , el que dans la suite il s'esl écarte aussi bien que M. Simon de la doctrine de l'Eglise' : l'une est qullilaire distinguo deux sortes de mort, dont la pretnière est la séparation de l'âme d'arec le corps , et la seconde est la peine qu'on soii/fre dans les enfers, el il dit de cette dernière que nous ne la souffrons pas pour le péché d'Adam , mais à son occasion pour nos propres péchés. Sur quoi la décision de M. Simon est, qu'il n'y a rien en cela qui ne soit conforme à la créance des anciens Pères, qui ont tous attribuée notre libre arbitre notre salut et notre perte. C'est là un manifeste pélagianisme, qui ne reconnaît ni de perte, ni de salut que par l'exercice du libre arbitre, d'où il s'ensuit que les enfants qui meurent avant le baptême avec le seul péché originel, qui ne dépend pas de leur volonté, ne sont point perdus, mais sauvés. Le péché originel ne leur attire, selon Hilaire et selon M. Simon , que la mort du corps : la seconde mort ni les peines qu'on souffre dans les enfers ne sont pas pour eux. Ce grand critique ignore la définition de deux conciles œcuméniques, du concile de Lyon sous Grégoire X, el de celui de Florence sous Eugène IV*, où les deux Eglises réunies décident comme de foi , que les âmes de ceux qui meurent ou dans le péché mortel actuel, ou dans le seul originel, descendent incontinent dans l'enfer, ad i.\FER.\L.M, pour y être toutefois punies par des peines inégales; pcexis disp.\.ribus pu.mendas : d'où le cardinal Bellarmin^, el après lui tout nouvellement le P. Pelau^ concluent la damnation éternelle des uns et des autres, sans qu'il soit permis d'en douter. Les voilà donc dans l'enfer, dans la peine, dans la punition, dans la damnation, dans les tourments perpétuels, selon saint Grégoire, au rapport du même P. Petau ^ : perpétua torme.nta percipiunt , dans la gêne, selon saint Avite, cité par ce môme théologien , dans la mort éternelle, dit le pape Jean, cité dans le Droit, et ensuite par Bellarmin^, qui conclut de ces passages et de beaucoup d'autres, que cette doctrine est de la foi catholique, et la contraire hérétique, condamnant la fausse pitié de ceux qui, pour témoigner à des enfants morts une affection qui ne leur profite de rien, s'opposent aux Ecritures, aux conciles et aux Pères. Faut-il tant faire l'habile, quand on ignore les dogmes de la foi expressément définis et en mêmes termes par deux conciles si authentiques : savoir, dans la confession de foi de l'Eglise grecque, approuvée par le concile de Lyon, el dans le décret d'union du concile de Florence, prononcé du commun consentement des Grecs et des Latins, et avec l'approbation de toute l'Eglise?
On voit bien ce qui a trompé M. Simon, c'est qu'il a ouï parler de la dispute des scolasliques sur la soulTrance du feu, dont il n'est pas ici question. Car quoi qu'il en soit, n'est-ce rien d'être banni éternellement de la céleste patrie , privé de Dieu pour qui on est fait, et condamné à l'enfer, ainsi que l'ont prononcé ces deux conciles? Il est vrai qu'FIilaire a imaginé, pour ceux qui n'ont péché qu'en Adam, un enfer supérieur; c'est-à-dire, comme l'explique M. Simon ^, dans un lieu où ils
1. p. \yi.—i Décret, union. — 3. ISkU., t. m, lib. vi, c. ii, tnilto. — 4. I. /., Therjl. dog., l ix, c. xi , n. 5. — 5. Lib. ix, MoT'il., c. XII. o. 31). n,i limina. — d. Jsell'jir., loi-., jam citât. — T. Jn bom., V. Vi. 1.3, M.
ne souffraient point, étant comme en suspens, et ne pouvaiit monter au ciel : sentiment que notre critique se contente de rejeter par une trop faible censure, en disant : qu'il pourra paraître singulier. Mais les conciles de Lyon et d» Florence ne distinguent pas ces deux enfers, et mettent également dans l'enfer ceux qui meurent dans le péché actuel ou originel, sans y marquer d'autre dillerence que l'inégalité de leur supplice.