‹ Œuvres complètes de BossuetChapitre 511 sur 851 · LIVRE V. — M. SIMON, PARTISAN DES ENNEMIS DE LA GRACE · texte numérisé non relu

LIVRE V. — M. SIMON, PARTISAN DES ENNEMIS DE LA GRACE

diacre montre qu'elle n'est pas prévenante : au contraire , que la vocation est prévenue par la volonté de l'homme, ce qui est précisément la même erreur qu'on a condamnée dans Pelage : que la grâce est donnée selon les mérites.

Je sais que quelques auteurs se sont étudiés à le justifier, en cherchant dans les saints docteurs des locutions semblables aux siennes, afin de nous obliger à prendre en meilleure part celles de ce diacre. Mais je ne puis leur avouer ce qu'ils avancent : au contraire, en recherchant avec soin dans cet auteur tout ce qui pourrait insinuer la vraie grâce de Jésus-Christ, je ne trouve sous le nom de grâce que la loi, la prédication, les sacrements, la rémission des péchés, et en un mot nulle autre grâce que celle qu'on trouve aussi dans les pélagiens, et dans Pelage même.

M. Simon a raison de dire de cet hérésiarque*, que dans certains endroits de son commentaire , il parle de la sainteté et de la grâce d'une manière qui ferait croire qu'il n'a eu là-dessus aucun sentiment particulier. Mais tout cela ne passe pas la rémission des péchés, qu'il reconnaissait gratuite, fondée et accompagnée de la grâce du Saint-Esprit. On n'en trouvera pas davantage dans Hilaire. Il n'y a aucun auteur, excepté Pelage et ses disciples, qui se soit attaché à dire aussi opiniâtrement et sans s'adoucir jamais , que la volonté prévient la grâce sans en être prévenue, ni qui ait pris plus de soin d'éluder tous les passages par où l'on peut établir la grâce intérieure de la volonté. Par exemple, il n'y a rien de plus formel pour cela que le passage de saint Paul : Dieu opère en nous le vouloir et le parfait selon son bon plaisir^. Mais Hilaire le détourne sans ménagement par cette note : L'Apôtre rapporte par là toute la grâce de Dieu , en sorte que c'est à nous à vouloir, et à Dieu à parfaire, ou à achever. On ne pouvait faire une altération plus grossière ni plus hardie, que de distinguer le vouloir d'avec le parfaire, que son texte unissait si clairement. Je ne vois non plus aucun auteur, si ce n'est Pelage, qui ait inculqué avec tant de force et si constamment, que les gentils convertis aient cru en Dieu et en Jésus-Christ'^, (car c'est ici le mot essentiel) en Dieu et en Jésus-Christ , au Père et au Fils : in Deuai et Christum, in Patrem et Filium, par la conduite .de la 7iature : dlce natura, par la raison naturelW^ : per r.\.tionem natur.e, par leur jugement naturel : naturah judicio : encore un coup : duce natura, ayant pour guide la nature : per so- LAM naturam, par la seule nature. S'il veut excuser tout cela dans un homme qui tient toujours ce môme langage, et qu'on voit d'ailleurs si vacillant, ou, si l'ont veut, d'une doctrine si mêlée et si peu suivie dans le dogme du péché originel, on ne sait plus à quoi s'en tenir; et quoi qu'il en soit , je n'ai pas à considérer ce qu'on peut dire pour excuser un auteur si peu digne d'être ménagé, mais ce qu'en a pensé M. Simon, « qui bien loin de lui savoir mauvais » gré de favoriser les sentiments de Pelage , » prend de là occasion de le louer. Si, dit-il 5, « sa théologie » a du rapport en quelques endroits avec celle des » pélagiens, on ne peut pas l'accuser pour cela de » pélagianisme; puisqu'il a écrit avant que Pelage

1. p. 239. Comm. in Rom., m. 2J; //. Tim., i. 9. — 2. Pliil., II. 13. — .?. In Ro,n., ii. U. — 4. In Rom., u. 26. — 5. P. 111.

» eût publié ses sentiments : au contraire, il est » louable de n'avoir point eu d'opinions particulières » sur des matières aussi difficiles que sont celles » qui regardent la prédestination. »

La prédestination, qui est un terme odieux pour M. Simon, lui sert à mettre à couvert ce qu 'Hilaire a dit contre la grâce et contre le péché originel , et même de son aveu, comme on vient de voir. Tout cela donc, selon lui, n'empêche pas qu'il ne soit digne de louange plutôt que de blâme. Au reste, dit notre auteur', « s'il ne paraît pas toujours » orthodoxe à ceux qui font profession de suivre la » doctrine de saint Augustin, on doit considérer » qu'il a écrit avant que ce Père eût publié ses opi- » nions. » Est-ce pour dire qu'il les eût suivies, s'il avait écrit après lui? Point du tout, puisque notre auteur encore à présent enseigne qu'elles sont mauvaises ; mais c'est pour confirmer ce qu'il dit partout , que tous ceux qui ont écrit avant saint Augustin sont contraires à ce saint docteur, et n'en sont pas moins orthodoxes, puisque le diacre Hilaire est même loué pour avoir rejeté ses sentiments.

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