CHAPITRE IX
Que dis le commencement de l'hérésie de Pelage, toute l'Eglise tourna les yeux veis saint Augustin , qin fut chargé de dénoncer aux nouveaux hérétiques dans un sermon à Carthage, leur future condamnation , cl que loin de rien innover, comme l'en accuse l'auteur, la foi ancienne fut le fondement qu'il posa d'abord.
Voila comment parleront toujours ceux qui auront lu avec soin les livres de saint Augustin , et qui sentiront l'autorité que l'Eglise leur a donnée. En effet, dès que Pelage parut, les particuliers, les évèques, les conciles, les papes et tout le monde en un mot, tant en Orient qu'en Occident, tournèrent les yeux vers ce Père , comme vers celui qu'on chargeait par un suffrage commun de la cause de l'Eglise. On le consultait de tous côtés sur celte hérésie, dont il découvrit d'abord tout le venin, pendant qu'elle le cachait sous une apparence trompeuse, cl par des termes enveloppés. Il l'attaqua premièrement par ses sermons, et ensuite par quelques livres , avant qu'elle fût expressément condamnée. Avant que, l'erreur croissant, on fûl obligé d'en venir à une expresse définition, il fit à Carthage, par ordre d'Aurèle, évèque de cette ville.et primat de toute l'Afrique , le sermon dont nous avons déjà parlé, où il prépara le peuple à l'ana- Ihème qui devait partir. Pour cela, après avoir exposé dans les termes que nous avons rapportés ailleurs , la pratique universelle de l'Eglise, il lut en chaire une Icltre de saint Cyprien , et opposant aux nouveaux hcréti(iues l'ancienne Tradition expliquée par ce saint martyr, ancien évèque de l'Eglise où il prêchait, il déclara sur ce fomlcraenl aux pélagiens, comme de la part de toute l'Eglise d'Afrique, qu'on ne les souffrirait pas encore longtemps. « Nous fai- .) sons, » dil-il, « ce que nous pouvons pour les at-
DKFLNSE DE LA TRADITION ET DES SAINTS PÈRES
• lirer par la douceur, et encore que nous puissions » les appeler hérétiques , nous ne le faisons pas » encore; mais s"ils ne reviennent, nous ne pour- « rons plus supporter leur impiété. » On voit par là, non-seulement la modération de l'Eglise catholique, mais encore son al lâchement à l'ancienne doctrine des Pérès, et que saint Augustin fut choisi pour poser d'abord ce fondement. Depuis ce temps, loin d'avoir donné, comme on ose l'en accuser, dans des opinions particulières, il a toujours fait profession do joindre à l'Ecriture sainte les senlimenls des anciens.
C'est par là que l'on procéda contre les pélagiens dans les conciles d'xVfrique reçus unanimement par toute l'Eglise : et tout le monde est d'accord avec saint Prosper, que si Aurèle, comme primat, en était le chef, saint Augustin en était l'àme et le génie : dux Aurelus inge.niumql'e Augustlnus erat. Il n'en faudrait pas davantage pour montrer que saint Augustin ne pouvait pas être regardé comme un novateur; mais cela demeurera plus clair que le jour par les remarques suivantes.