‹ Œuvres complètes de BossuetChapitre 537 sur 851 · LIVRE VI. - SAINT AUGUSTIN ET LA GRACE · texte numérisé non relu

LIVRE VI. - SAINT AUGUSTIN ET LA GRACE

durant huit ou neuf siècles il a comme présidé à la doctrine, et rempli les plus grands sièges de l'Eglise. Mais cette preuve est déjà faite, dès qu'on a rapporté le sentiment de ce grand Ordre , tant dans sa tige, comme on l'a vu par Rède et les autres, que dans ses branches et dans ses réformes, comme dans celle de Gluni , par Pierre le Vénérable , et dans celle de Gîleaux par saint Bernard.

L'ordre de Saint-Dominique n'est pas moins alTeclionné à saint Augustin , puisque saint Thomas, qui est le docteur de cet Ordre , à vrai dire , n'est autre chose dans le fond , et surtout dans les matières de la prédestination et de la grâce, que saint Augustin réduit à la méthode de l'Ecole. C'est même pour avoir été le disciple de saint Augustin, qu'il s'est acquis dans l'Eglise un si grand nom, comme le pape Urbain V l'a déclaré dans la bulle de la translation de ce saint, où il met sa grande louange en ce que, suivant les vestiges de saiiit Augustin , il a éclairé par sa doctrine l'Ordre des Frères-Prêcheurs et r Église universelle.

L'école de Scot et l'ordre de Saint-François n'ont pas un autre sentiment. Nous trouvons dans VHistoire générale de l'Ordre des Ermites de saint Augustin une célèbre dispute sur le sujet d'un serment' , par lequel on prétendait obliger l'université de Salamanque à suivre conjointement les sentiments de saint Augustin et de saint Thomas, qu'on croyait les mêmes. Les Franciscains dirent alors que c'était faire injure à saint Augustin que d'exiger ce serment; qu'il était le docteur commun de toutes les Ecoles; que celle de Scot ne lui était pas moins soumise que celle de saint Thomas , et que le Docteur subtil avait tiré toutes ses conclusions de ce Père, et les avait soutenues par plus de huit cents passages qu'il en avait allégués dans ses écrits.

Ainsi il n'y eut jamais aucune dispute sur l'autorité de saint Augustin : les deux écoles contraires conviennent de s'y soumettre; quelques ordres religieux , comme celui des Carmes déchaussés ; quelques universités, comme celle de Salamanque, s'y sont obligées par serment ou par délibération ; d'autres ont cru inutile de se faire une obligation particulière d'un devoir commun.

On peut juger par là des sentiments de l'Ecole , et, si l'on veut remonter à Pierre Lombard, on trouvera que son livre, sur lequel roulait toute l'ancienne scolastique , n'est qu'un tissu des passages des Pères, et c'est pourquoi il lui donna le nom de Sentences^, pour montrer le dessein qu'il s'y proposait de mettre un abrégé de leurs sentiments entre les mains des étudiants en théologie, principalement de ceux de saint Augustin , et surtout dans la matière de la prédestination et de la grâce ,. où il le suit pied à pied. On trouve à la fin de son livre des Sentences, les articles où ce maître de l'Ecole a clé repris, mais on n'y trouve rien sur celte matière qui soit noté; et au contraire, l'aulorilé de saint Augustin est demeurée inviolable à toute l'Ecole.

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