‹ Œuvres complètes de BossuetChapitre 538 sur 851 · CHAPITRE PREMIER · texte numérisé non relu

CHAPITRE PREMIER

Doctrine constante de toute la théologie sur la préférence des Pères qui ont écrit depuis les contestations des hérétiques Beau passage de saint Thomas, qui a puisé dans saint Augustin toute sa doctrine : passages de ce Père.

Pour reprendre les choses de plus haut, et découvrir par principes les illusions de M. Simon, il faut une fois se rendre attentif à une excellente doctrine de tous les théologiens, que saint Thomas a expliquée avec sa précaution et sa netteté ordinaires dans un de ses Opuscules contre les erreurs des Grecs, dédié au pape Urbain IV, et composé par son ordre. Dès le prologue de ce docte ouvrage, il parle ainsi' : « Les erreurs contre la saine doc-^ » trine ont donné occasion aux saints docteurs d'ex- » pliquer avec plus de circonspection ce qui ap- » parlient à la foi , pour éloigner les erreurs qui » s'élevaient dans l'Eglise, comme il parait dans les » écrits des docteurs qui ont précédé Arius, où l'on » ne trouve pas l'unité de l'essence divine si préci- » sèment exprimée que dans ceux qui les ont suivis. » Il en est de même des autres erreurs; et cela ne » paraît pas seulement en divers docteurs, mais » même dans saint Augustin, qui excelle entre tous » les autres. Car dans les livres qu'il a composés » après l'hérésie de Pelage, il a parlé du pouvoir » du libre arbitre avec plus de précaution qu'il » n'avait fait avant la naissance de cette hérésie, » lorsque défendant le libre arbitre contre les mani- » chéens, il a dit des choses dont les péiagiens , » c'est-à-dire les ennemis de la grâce, se sont » servis. »

Telle a été la doctrine de saint Thomas dans un de ses ouvrages les plus authentiques : l'on y remarque deux vérités : l'une de fait, dans la préférence qu'il donne à saint Augustin : l'autre de droit, lorsqu'il établit l'accroissement des lumières de l'Eglise dans ses disputes, où il n'a fait qu'expliquer le sentiment unanime de tous les docteurs.

Il l'avait pris, selon sa coutume, de saint Augustin, dont les paroles sur ce sujet sont tous les jours à la bouche des théologiens, et servent de dénouement à toutes lesdiflicultésde la Tradition : « Nous » avons appris, » dit ce Père^, « que chaque hé- » résie apporte à l'Eglise des didicullés parlicu- » Hères, contre lesquelles on défend plus exacle- » ment les Ecritures divines que si l'on n'avait » point eu de pareille nécessité de s'y appliquer. » Ce qui fait dire au môme docteur, qu'avant la naissance des hérésies, il ne faut pas exiger des Pères la même précaution dans leurs expressions que si les matières avaient déjà été agitées; « parce que » la question n'étant point émue , les hérétiques ne » leur faisant pas les mêmes dilTicultés, ils croyaient » qu'on les entendait dans un bon sens, et ils par-

1. /. Ojms. ronl. Grirc, PrnI . — ?. Dp don. pers.. r. x\. n. 53.

DKFENSE DE LA TTiADITION ET DES SAINTS PÈRES.

» laienl avec plus de sécurité, securiua loqueban- » tur* : » d'où le niùine Père conclut, qu'il n'est pas toujours nécessaire, dans les nouvelles questions émues par les hérétiques, de rechercher « avec

• scrupule et inquiétude les ouvrages des Pères » qui ont écrit auparavant, parce qu'ils ne tou- » chait-nt qu'en passant et brièvement dans quel- » ques-uns de leurs ouvrages, transeunter et breci-

• ter, les matières dont il s'agissait, s'arrèlanl à

• celles qu'on agitait de leur temps, et s'appliquanl 1 à instruire leurs peuples sur la pratique des ver- » tus^. » \'oilà ce que dit saint Augustin à l'occasion de sa dispute avec les semi-pélagicns. C'est la réponse commune non-seulement des théologiens , mais encore de saint Athanase , de Vincent de Lérins, et des autres Pères quand il s'agit d'expliquer les auteurs qui ont écrit devant les disputes; et tout cela n'est autre chose que ce que disait le même saint Augustin dans ses Confessions, hors de toute contestation et par la seule impression de la vérité : t 0 Seigneur, les disputes des hérétiques » font paraître dans un plus grand jour et comme » dans un lieu plus éminent ce que pense votre » Eglise, et ce qu'enseigne la saine doctrine 3. » Car il faut même qu'il y ait des hérésies : ce que Dieu ne permettrait pas , s'il n'en voulait tirer cet avantage , lui qui ne permet le mal que pour procurer le bien par de justes et impénétrables conseils.

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