‹ Œuvres complètes de BossuetChapitre 545 sur 851 · CHAPITRE VI · texte numérisé non relu

CHAPITRE VI

AreiKjUmeitt Je M. Simon, qui, par la raison qu'on vient de voir, préfère les sentimenis que saint Auyustin a rétracti's a ceux qu'il a iftablis en y pensant mieux : le critique ouvertement semi-pélagien.

C'est le but de ces paroles de M. Simon' : « C'est » en vain qu'on accuse ceux à qui l'on a donné le » nom de senii-pélagiens d'avoir suivi le sentimcnl » d'Origèiie, puisqu'ils n'ont rien avancé qui ne se » trouve dans ces paroles de saint Augustin » (qu'il venait de rapporter de l'exposition de ce Père sur l'épUre aux Romains), « lequel convenait alors avec » les autres docteurs de l'Eglise. Il est vrai qu'il » s'est rétracté; mais l'autorité d'un seul Père, qui » abandonnait son ancienne créance, n'était pas ca- 0 pable de les faire changer de sentiment-. »

Je n'ai pas besoin de relever le manifeste semipélagianisme de ces paroles : il saute aux yeux. Le sentiment que ce saint docteur soutint dans ses derniers livres, a tous les caractères d'erreur : c'est le sentiment d'im seul Père : c'est un sentiment noureau .• en le suivant, saint Augustin abandonnait sa propre créance , celle que les anciens lui avaient laissée, et dans laquelle il avait été nourri : onvoil donc, dans ses derniers sentiments , les deux marques qui caractérisent l'erreur, la singularité et la nouveauté.

* Si ceux que l'on a nommés semi-pélagiens » n'ont rien avancé que ce qu'a dit saint Augustin, » lorsqu'il convenait avec les anciens docteurs de f l'Eglise , » ils ont donc raison ; et ce à quoi il- faut s'en tenir dans les sentiments de ce Père-, c'est ce qu'il a rétracté, puisque c'est cela où l'on tombait naturellement par la tradition de l'Eglise. M. Simon ne trouve rien de plus judicieux dans les écrits de ce Père, que ce qu'il en a révoqué : « Il est, » dit-iP, < plus judicieux et plus exact dans l'inler-

• prétalion qu'il nous a laissée de quelques endroits » de l'épitre aux Romains. » M. Simon ne le loue ainsi que pour ensuite relever ses fautes, j'entends celles dont il l'accuse; et c'est pourquoi il ajoute : « Il ne fut pas néanmoins tout à fait content de cet » ouvrage (si judicieux et si exact), puisqu'il ré-

• tracta quelques propositions qu'il crut avoir avani cées trop librement. Il crut; » mais il le crut mal, selon notre auteur, et ce Père, au lieu de se corriger, ne fait que passer du bien au mal : Lors, dit-il, qu'il composa cet outrarje, il était dans les sentiments communs où l'on entrait naturellement avant les disputes; c'est pour dire que saint Augustin était enclin à des opinions particulières, puisque celles qu'il rétracte sont celles qu'on lui fait communes avec le reste des docteurs ; et un peu après : « On ne peut nier que l'explication, qui est ici con- » damnée par saint Augustin , ne soit de Pelage

• dans son Commentaire sur l'épîlre aux Romains, » mais elle est en môme temps de tous les anciens » commentateurs. » Saint Augustin condamnait donc ce qu'il avait dit de meilleur; Pelage qu'il reprenait, disait mieux que lui, et ce n'était pas cet hérésiarque , mais saint Augustin qui était le novateur; cl encore : Il est conforme en ce lieu-là (qui est un de ceux qu'il a rétractés) au diacre Uilaire, à Pt^larje et aux autres anciens commentateurs de

1 . /'. i.«. — 2. Voyez Distertat. »ur GroHus, oti ceci est copié mol * mot. — i I' SS>2. "^

saint Paul'. L'antiquité va toujours avec Pelage, et saint Augustin dégénère des anciens, quand il le quitte. Il n'avait point encore de sentiments particuliers, lorsqu'il composa cette exposition sur l'épUre aux Romai7is, où il paraît plus exact que dans ses autres Commentaires. Ainsi , il a corrigé ce qu'il a fait de meilleur et de plus exact : quand il était semi-pélagicn, il n'avait point de sentiments particuliers , et il n'a commencé de les prendre que lorsqu'il a réfuté cette hérésie; c'est-à-dire, lorsqu'il a poussé la victoire de la vérité jusqu'à éteindre les dernières étincelles de l'erreur. Que l'hérésie triomphe donc, non-seulement de saint Augustin qui l'a combattue , mais encore de l'Eglise qui l'a condamnée. C'est la doctrine de M. Simon, cl le fruit que nous tirerons de ses travaux.

La même raison lui fait dire^ : « qu'à juger des » sentiments de saint Augustin par ceux des écri- » vains ecclésiastiques qui l'onl précédé, et même » par les siens, avant qu'il entrât en dispute avec » les pélagiens, on ne peut douter qu'il n'ait poussé » trop loin ses principes. »

On voit ici deux choses importantes : l'une, que M. Simon fait changer de sentiment à saint Augustin à l'occasion des disputes contre les pélagiens : l'autre, que tout au contraire des théologiens, qui corrigent les premiers sentiments de ce Père par les derniers, comme il a fait lui-même, M. Simon argumente par ses premiers sentiments contre les derniers. Voilà deux choses que dit M. Simon, où nous verrons autant d'ignorances et autant de témérités que de paroles.

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