‹ Œuvres complètes de BossuetChapitre 547 sur 851 · LIVRE VI. — SAINT AUGUSTIN ET LA GRACE · texte numérisé non relu

LIVRE VI. — SAINT AUGUSTIN ET LA GRACE

« Ceux, dit-il ', qui ont lu les livres des anciens, » tiennent pour constant que les premiers chré- » tiens attribuaient une puissance libre à la volonté » de l'homme, tant pour conserver la vertu, que » pour la perdre : d'où venait aussi la justice des » récompenses et des peines. Ils ne laissaient pour- » tant pas de tout rapporter à la bonté divine, dont » la libéralité avait jeté dans nos cœurs la semence » salutaire, et dont le secours particulier nous était » nécessaire parmi nos périls. Saint Augustin lut le » premier, qui depuis qu'il fut engagé dans le com- » bat des pélagiens (car auparavant il avait été d'un » autre avis), poussa les choses si loin par l'ardeur » qu'il avait dans la disputé, qu'il ne laissa que le » nom de la liberté, en la faisant prévenir par des » décrets divins qui semblaient en ôler toute la » FORCE. » On voit en passant la calomnie qu'il fait à saint Augustin d'ôter la force de la liberté, et de n'en laisser que le nom. On a vu que M. Simon impute la même erreur à ce docte Père; nous en parlerons encore ailleurs. Ce qu'il faut ici observer, c'est que, selon Grotius, saint Augustin est le novateur; en s'éloignant du sentiment des anciens Pères, il s'éloigna des siens propres, et n'entra dans ces nouvelles pensées, que lorsqu'il fut engagé à combattre les pélagiens. Ainsi, les sentiments naturels, qui étaient aussi les plus anciens , sont ceux que saint Augustin suivit d'abord. C'est ce que dit Grotius , et c'est ridée qu'il donne de ce Père. Que si vous lui demandez ce qu'est devenue l'ancienne doctrine qu'il prétend que saint Augustin a abandonnée, et où s'en est conservé le sacré dépôt, il le va chercher chez les Grecs et dans les semi-pélagiens. C'est aussi ce qu'on vient de voir suivi de point en point par M. Simon; mais que devinrent ces anciens sentiments que les Pères avaient suivis avant que saint Augustin eût introduit ses nouveautés? Grotius qui vient d'apprendre à M. Simon que ce qu'il faut suivre dans saint Augustin, que ce qui est conforme à l'ancienne tradition , c"est le premier sentiment que ce Père a rétracté, lui apprendra encore où est demeuré le dépôt de la Tradition : il est demeuré dans les Grecs et dans les semi-pélagiens. C'est \k que M. Simon le va chercher; mais c'est Grotius qui lui a montré le chemin. Pour les Grecs, voici les paroles qui suivent immédiatement celles qu'on a lues : L'ancienne et la plus simple opinion se conserva, dit-il, dans la Grèce et dans l'Asie. Pour les semi-pélagiens, le grand nom, poursuit-il, de saint Augustin lui attira plusieurs sectateurs dans l'Occident, où néanmoins il se trou^^a des contradicteurs du côté de la Gaule. On connaît ces contradicteurs : ce furent les prêtres de Marseille et quelques autres vers la Provence; c'est-à-dire, comme on en convient, ceux qu'on appelle semi-pélagiens ou les restes de l'hérésie de Pelage : ce fut Cassien, ce fut Fauste de Riez. Tels sont les contradicteurs de saint Augustin dans les Gaules pendant que tout le reste de l'Eglise suivait sa doctrine : c'est en ceuxlà que s'est conservée l'ancienne et saine doctrine : elle s'est, dis-je, conservée dans les adversaires de saint Augustin que l'Eglise a condamnés par tant de sentences : Grotius un protestant, un arminien, un socinien en beaucoup de chefs l'a dit : M. Simon et d'autres critiques osent le suivre. Il en a pris ce

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