CHAPITRE XV
Saint Auguslin sort bientôt de son erreur par le peu d'attachement qu'il avait à son propre sens , et par les consultations qui l'obligi'renl h rechercher plus exaclemenl la vérité : réponse à Simplicien : progrès naturel de l'esprit de ce Pire , el le troisiime étal de ses connaissances.
Ux homme si humble ne demeura pas longtemps dans l'erreur, et s'il errait, comme il n'en faut pas douter, puisqu'il l'avoue , c'était sans attachement à son sentiment, puisqu'il s'en désabusa de luimême, en lisant persévéramment l'Ecriture sainte el en étudiant la matière. Mais ce qu'il, y a de plus remarquable, c'est qu'il fut déterminé à s'y appliquer par une obligation, qui ne pouvait être ni plus simple, ni plus naturelle. Ce fut, comme on vient de voir, au commencement de son épiscopat dans le livre à saint Simplicien, à l'occasion, non des questions que fil naître l'hérésie, mais de celles que lui propo.sail, dans un esprit pacifique, ce fidèle serviteur de Dieu, sur quelques versets de l'cpîtrc aux Romains. Alors donc, dans le temps que le ministère de l'épiscopat et les lettres des plus grand."^ évêques qui le consultaient, l'obligeaient à épurer sa doctrine, alors, dis-je, dans cette importante conjoncture, il vil le fond de tout ce qu'il a enseigné depuis sur la matière de la grâce; en sorte que l'hérésie pélagienne s'étant élevée longtemps après, elle le trouva si préparé, qu'il n'eut plus qu'à
1. D«'lon. pert., t. xx. — 2. l.oc. jam cit. — 3. De prœl. SS., c. IV. — 4. E/>(»l. ad Aug. —5. Ue prced. SS., cap. ii, m.
étendre et à confirmer ce que Dieu lui avait fait voir dans les épîlres de saint Paul.
Ces changements de saint Augustin paraîtront bien naturels, si l'on considère la nature et les progrés de l'esprit humain. Un philosophe de noire siècle disait, que l'existence d'une première cause et d'un premier être frappait^ d'abord les esprits, en considérant les merveilles 'de la nature; qu'elle semblait échapper, lorsqu'on entrait un peu plus avant dans ce secret; mais qu'enfin, elle revenait pour n'être plus ébranlée, en pénétrant jusqu'au fond. A plus forte raison pouvons-nous dire que les grandes vérités de la religion, telles que sont celles de la grâce qui nous convertit et nous inspire en toutes choses , gagnent d'abord un cœur chrétien ; qu'en pénétrant la superficie d'une vérité si profonde, on trouve les doutes, parmi lesquels elle semble comme disparaître pour un temps , sans néanmoins que le cœur en soit éloigné; qu'enfin, entrant dans le fond, elle revient et plus ferme et plus claire; en sorte que non-seulement elle ne peut plus être ébranlée , mais encore qu'on est capable d'y amener ceux qui l'ignorent, et de renverser ceux qui la combattent.