‹ Œuvres complètes de BossuetChapitre 568 sur 851 · LIVRE VI. — SAINT AUGUSTIN ET LA GRACE · texte numérisé non relu

LIVRE VI. — SAINT AUGUSTIN ET LA GRACE

hérétiques le plus grand docteur de l'Eglise. Je dois ce témoignage à une savante compagnie d'avoir été très-opposé à leur sentiment. On l'a ouïe dans les cardinaux Tollet et Bellarmin, deux lumières de cet ordre et de l'Eglise catholique. Mais les autres n'ont pas été moins respectueux. Henriquez ' ; « Les » Conciles et les Papes révèrent l'autorité de saint » Augustin; et dans la matière de la prédestination » et de la grâce , le seul Augustin vaut mille té- » moins. » Suarez^ : « Ce que saint Augustin éta- » blit comme certain et appartenant aux dogmes de » foi, doit être tenu et défendu de tout prudent et » habile théologien, encore qu'il ne soit pas certain » qu'il a été délini par l'Eglise; parce que l'Eglise » ayant tant déféré à saint Augustin sur cette ma- » tière, qu'elle a suivi sa doctrine en condamnant » les erreurs opposées à la grâce , ce serait une » grande témérité à un docteur particulier d'oser » contredire saint Augustin, lorsqu'il enseigne quel- » que chose sur la grâce de Dieu comme ortho- » doxe; à cause aussi principalement que ce Père a » travaillé si longtemps, avec tant de sagesse, tant » d'esprit, tant de soin et de persévérance, et, ce » qui est plus, avec tant de dons de Dieu à défen- » dre et à expliquer la grâce, » Il ne faut point de commentaire à ces paroles, et il n'y a qu'à les retenir, pour en faire l'application- quand il faudra; mais ceci n'est pas moins exprès : « Rien n'a tant )) fait admirer et révérer saint Augustin que la doc- » trine de la grâce; et s'il avait erré en l'expliquant, » son autorité serait fort alfaiblie , et ce serait sans » raison que l'Eglise aurait suivi son jugement avec » tant de confiance , pour expliquer cette doctrine , » ce qui serait impie à penser. « Ainsi l'honneur de l'Eglise est engagé manifestement avec celui de saint Augustin, et ce serait une impiété de les séparer. Enfin, ce théologien, non content de s'être expliqué sur les ouvrages de saint Augustin en général dans la matière de la grâce, vient en particulier à ceux d'où l'on veut tirer principalement ses prétendues innovations^ : « Les deux derniers livres de saint » Augustin, De la Prédestination et De la Perse'vc- » rance, qu'il a écrits dans sa dernière vieillesse , » sont comme le testament de ce Père , et ont je ne » sais quelle autorité plus grande, tant à cause » qu'ils ont été travaillés après une extrême appli- » cation et une longue méditation de cette matière , » qu'à cause aussi que Terreur de ceux contre qui » il écrivait étant plus subtile, ils ont été composés » avec plus de pénétration. » On avouera qu'il n'y avait rien à dire sur ce sujet , ni de plus exprès , ni qui fût fondé , sur des raisons plus convaincantes. Vasquez'' : « Il vaut mieux suivre les sentiments de » saint Augustin que des autres, dans la matière » de la grâce et de la prédestination : il éclate parmi » les Pères comme le soleil sur les autres astres; » d'où il conclut, qu'encore que l'autorité des au- » très Pères doive être de grand poids dans toutes » les matières, dans celle-ci, qui est celle de la pré- » destination, le seul Augustin, dit-il, me tiendra » lieu de plusieurs docteurs, à cause principale- «menl, que du commun consentement de tous » ceux qui en jugent bien, il excelle de beaucoup » au-dessus des autres. »

1. DeulC. fin. hom. c. ii. — 2. Pfoleg., vi,c. vi , >i. 17.— 3. Idem, n. 19. — 4. In \.p., Disp. 89, c. i, iv.

La préférence qu'il donne à saint Augustin sur les autres Pères, il la donne aux derniers livres du même Père', c'est-à-dire, à ceux qu'il a écrits contre les serai-pélagiens , sur tous ses autres ouvrages; et cette vérité expressément reconnue par tant de théologiens, doit passer dorénavant pour très-constante.

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