‹ Œuvres complètes de BossuetChapitre 574 sur 851 · CHAPITRE III · texte numérisé non relu

CHAPITRE III

Selon M. Simon c'est un préjurjé contre un auteur, et un moyen de le déprimer, qu'il ait été attaché à saint Augustin.

Nous observerons dans la suite que ce qu'il appelle les opinions particulières de saint Awjustin, sont des vérités incontestables, et la plupart trèseipressémenl décidées dans les conciles. Tout ce que nous avons ici à remarquer, c'est le mépris que l'auleur inspire pour la doctrine de saint Augustin. Il esl si grand, que tout au contraire des senlirnonts que noua avons vus dans les orthodoxes, c'est pour

1. Ci-'ieuuM. — 2. p. lil, 252, 254, 2ô0, 28-J, 290, 291, 292, 295,

noire auteur une raison de censurer un écrivain, que d'avoir suivi ce Père dans la matière de la grâce. Il suit ordinairement, dit-il d'Alcuin', saint Augustin et Bède; et voici quel en est le fruit; « c'est, » poursuit-il, « qu'il s'attache, non au sens littéral, » mais à la manière des théologiens; et il ne fait » pas toujours le choix des meilleures interpréla- » tiens, étant prévenu de saint Augustin; » où l'on peut voir, en passant , ce qu'il appelle la manière des théologiens ; c'est de s'écarter du sens littéral, surtout lorsqu'on s'attache à saint Augustin ou à Rède , qui ne fait presque que le transcrire de mot à mot. « Gomme Claude de Turin, » dit-il ailleurs^, « suit pour l'ordinaire saint Augustin sur les ma- » tières de la grâce, de la prédestination et du libre » arbitre, il a quelquefois des expressions qui pa- )) raissent dures; mais on prendra garde que ce » n'est pas lui qui parle : » la faute en est à saint Augustin à qui il s'est attaché. Saint Thomas fait la même faute, et notre auteur le reprend dès les premiers mots de son Commentaire sur saint Paul, d'être tout rempli de l'explication de saint Augustin^. Il le note un peu après, pour avoir embrassé le sentiment de saint Augustin^. Lorsqu'il s'agit de ce Père, c'est une cause de récusation contre saint Thomas que d'y avoir été attaché. Estius, dit notre auteur^, sur la dispute de saint Pierre et de saint Paul, n'apporte point d'autres preuves pour le sentiment de saint Augustin, « que les raisons de ce » Père depuis confirmées par saint Thomas; mais » on sait, ajoute-t-il aussitôt après, « que la théo- » logie de ce dernier, n'est, pour l'ordinaire, qu'une » confirmation de la doctrine de saint Augustin; » c'est-à-dire, qu'on ne le doit pas écouter sur le sujet de ce Père , pour lequel il est trop prévenu. En parlant d'Adam Sasbouth, un docte interprète de saint Paul : « S'il fait, » dit-il^, « quelques réflexions, » elles ne sont pas longues, parce qu'il est judicieux » et qu'il ne dit presque rien qui ne soit à propos , » si ce n'est qu'il s'étend quelquefois sur les inter- » prétations des Pères, et qu'il prend parti pour » celles de saint Augustin. » Voilà tout le tort qu'il a, et le seul sujet de rabattre la louange qu'on lui donne d'être judicieux.

Jansénius de Gand a dit, avec tous les théologiens, que saint Augustin ayant eu à combattre l'hérésie de Pelage , a parlé plus exactement de la grâce. Le grand critique le relève magistralement , et la sentence qu'il prononce, « c'est, » dit-il^, » qu'il est vrai que saint Augustin a parlé plus en » détail de la grâce, puisqu'il a traité exprès celte » matière; mais il y a lieu de douter que les prin- » cipes dont il s'est servi , et les conséquences qu'il » en a tirées pour combattre plus fortement Pelage. » doivent être préférés à ceux des anciens Pères, » qu'il aurait pu suivre , détruisant en môme temps » les erreurs des pélagiens. » Il lâche de faire perdre à ce docte Père l'avantage qui lui est commun avec tous les autres, d'avoir parlé plus correctement sur les vérités lorsqu'elles ont été contestées, et de les avoir défendues avec plus de force qu'on ne faisait auparavant. Un peu au-dessus : « Il n'était pas i> nécessaire que saint Augustin inventât de nou- » veaux principes pour répondre aux pélagiens : il

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