‹ Œuvres complètes de BossuetChapitre 573 sur 851 · CH.\PITRE II · texte numérisé non relu

CH.\PITRE II

Diverses sortes d'accusations contre saint Augustin sur la matière de la grâce , et toutes sans preuves.

JusQUES ici il parle sans preuve, et je ne m'en étonne pas dans une préface où il s'agit seulement de proposer son dessein ; mais partout il continue sur le môme ton : il décide , il détermine , il suppose tout ce qu'il lui plaît; mais en produisant les endroits des Pères qui ont précédé, il n'en produit aucun de saint Augustin pour montrer qu'il leur soit contraire. Par exemple au chapitre v où il commence à vouloir entrer en matière », il aj)porte bien un passage de la Philocalie d'Origène, que nous avons déjà rapporté pour une autre fin , et non-seulement il loue cet auteur d'avoir soutenu le libre arbitre cuntre les gnostiques , mais il ajoute que son senli-

l. Prov., XXVI. 19. —2. /Va/. — ^^. /'. 77.

DKFKNSE DE LA TRADITION ET DES SAINTS PÈRES

lîiLMil était alors « celui de toute l'Eglise grecque, » ou plutiH, » continue-l-il, « de toutes les Eglises du « monde avaul saint Augustin, qui aurait peut-être 0 préféré à ses sentiments une tradition si cons- » tante, s'il avait lu avec soin les ouvrages desécri- « vains ecclésiastiques ([ui l'ont précédé. » — « S'il » avait lu avec soin; » il n'a donc pas lu, ou il a lu sans attention. Il plaît ainsi à M. Simon; mais si lui-même, qui l'accuse d'avoir lu sans soin, avait lu avec soin seulement quatre ou cinq endroits des derniers ouvrages de ce Père, il y aurait ap])ris qu'il a tout vu , qu'il a senti les difficultés dans toute leur étendue; mais aussi qu'il en a donne le vrai dénouement : s'il l'a fait sans citer les Pères ou sans les entendre, par malheur pour M. Simon , le reste de l'Eglise ne les avait ni mieux lus, ni mieux entendus, puisqu'on a été content de ce que saint Augustin en a dit. Nous en parlerons ailleurs. Maintenant il nous suffît de remarquer que M. Simon accuse, sans preuve, saint Augustin de négligence. C'est ainsi qu'il agit toujours. En cet endroit et partout, à toutes les pages, saint Augustin, selon lui, a outré la grâce et alTaibli le libre arbitre. Qu'il montre donc un seul endroit où il l'affaiblisse? Il n'a osé, car il sait bien qu'il l'a établi partout, je dis même dans ses ouvrages de la grâce, et peutêtre encore mieux que dans tous les autres. Il outre la grâce, vous le dites; mais une preuve qu'il ne l'a pas fait, c'est que vous n'avez osé citer les endroits, ni marquer précisément en quoi il excède.

Nous avons déjà remarqué, outre la préface de M. Simon, deux endroits dans le corps du livre, où il rejette les sentiments de saint Augustin sur la grâce, et où il produit contre lui Vincent de Lérins, comme si ses règles avaient été faites contre ce Père. Il le suppose; mais le prouve-t-il? Nous avons coté ces endroits'; qu'on les lise, on y trouvera des décisions de M. Simon, pas un passage de saint Augustin pour le convaincre d'avoir affaibli le libre arbitre, ou, ce qui est la même chose, d'avoir excédé sur la grâce.

Si je voulais ici transcrire tous les endroits où M. Simon accuse saint Augustin d'avoir voulu engager les pélagicns dans des opinions particulières^, je fatiguerais le lecteur, qui les trouvera de luimême presque à chaque page. Je conclurai seulement, encore un coup, que si cela était, on aurait eu tort de tant vanter dans l'Eglise un auteur qui , en proposant aux pélagiens des opinions particulières , et non la doctrine commune , les aurait plutôt rebutés qu'il ne les aurait ramenés au grand chemin de la Tradition.

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