CHAPITRE VI
Suite des avantages que saint Augustin a tirés du texte grec contre Julien.
Mais je vois où M. Simon nous veut mener. Il veut dire que saint Augustin n'a pas eu assez de savoir pour approuver les interprétations favorables aux pélagiens que ce critique entreprend de soutenir. Par exemple, il veut établir que l'explication du passage de saint Paul , in quo omnes peccave- RUNT , en qui tous les hommes ont péché, n'est pas certaine, et qu'il lui faut préférer, ou lui égaler du moins celle de Pelage , qui soutient qu'i/i quo veut dire quntenus ou ed quôd; en sorte que l'intention de saint Paul soil de dire, non que tous les hommes aient péché en Adam, ce qui est le sens catholique ;. mais que tous les hommes, du moins les adultes, aient péché en l'imitant, qui est le sens de Pelage. Nous aurons bientôt à parler de cette pensée téméraire autant qu'ignorante, qui ne tend qu'à favoriser les pélagiens; mais nous dirons en attendant à M. Simon que, si saint Augustin n'a pas approuvé cette mauvaise interprétation, ce n'est pas faute d'avoir vu que le grec se pouvait tourner à la manière que le critique voudrait introduire '. Car il l'a vu et l'a rapportée tout du long dans son livre à Boniface; mais il l'a aussi réfutée -si solidement, non par la force du mot, mais par les raisons du fond, qu'il y aura sujet de s'étonner, quand nous serons au lieu de les proposer, comment M. Simon a osé prendre en tant d'endroits le parti contraire.
Il est bien aisé de pouvoir dire qu'il est difficile d'excuser ici la négligence de saint Augustin, qui n'a point consulté le texte grec^ ; ce qui est cause qu'il n'a pas songé d'abord qu'il fallait rapporter in quo, non point au péché, qui est féminin en grec, mais à Adam même. Il est vrai qu'il n'avait pas d'abord consulté le grec, mais il le consulta bientôt après : M. Simon le reconnaît', et il parait qu'il le consulta de lui-même, sans que Julien ou quelqu'autrc de ses adversaires l'en ait averti : mais ce qui paraît encore, c'est qu'avant qu'il le consultât, il avait déjà si bien pris l'esprit de l'Apôtre et le fond de son sentiment, par la seule suite du discours, que les pélagiens étaient confondus; en sorte qu'il a soutenu la véritable traduction de cet endroit de saint Paul, avec une parfaite connaissance de la vérité \ Voilà les négligences de saint Augustin, qui font plaisir à un vain critique, mais dont les esprits solides ne s'émeuvent pas.
Ce saint docteur n'a pas moins fait paraître l'attention qu'il avait au texte original, en examinant
1. Cont. duas Epist. Pelag., l. iv, c. iv, n. 7, p. 472. — 2. P. 280. — 3. Loco jam citai. — 4. De peccaC. mer., lib. i, c. rx , n. 10,/). 7.
cet autre important passage du même saint Paul : Regnavit mors ab Adam, etc.*. Car il rétablit, par le texte grec , la négative très-nécessaire qui manquait à un grand nombre de livres latins; et en même temps il aiïermit, selon sa coutume, la véritable leçon par la suite du discours et du dessein de saint Paul, afin que personne ne s'y put tromper : ce qui est le fruit d'une solide et véritable critique.