CHAPITRE VII
Vaines et malignes remarques de l'auteur sur cette traduction : Eramus naturà filii iras : que saint Augustin y a vu tout ce qui s'y peut voir.
Notre auteur insinue encore artificieusement, à sa manière, que saint Augustin s'est trompé dans l'explication de ce passage natura filii ir.e : Nous
ÉTIONS, PAR LA NATURE, ENFANTS DE COLÈRE". Je ne
doute point, par exemple, dit ce critique', quesaint Augustin n'ait très-bien expliqué à la lettre , daiis S071 second livre (Des mérites et de la rémission des péchés"*), ces paroles de saint Paul : eramus natura FILII 1R.E, qu'il entend du péché originel, parce que natura , ou comme il lit naturaliter , est la même chose gu'oRiGiNALiTER. Pourquoi tant dissimuler ses sentiments? Il fait semblant de ne douter pas que saint Augustin n'ait très-bien expliqué à la lettre, ce passage de saint Paul; et moi, sans hésiter, je dis qu'il en doute, et même qu'il n'en croit rien, et que ce sont là des détours de cet esprit tortillant, par lesquels il nous veut conduire au plus loin de ce qu'il semble dire d'abord. La raison que j'ai de le croire, c'est qu'il ajoute aussitôt après ces propres mots : Mais saint Jérôme qui est le plus exact , a observé que le mot grec 'mgu, auquel répond natura dans le latin, est ambigu, et qu'il peut être traduit par PRORSus ou omnino. S'il croit de si bonne foi que saint Augustin ait très-bien expliqué à la lettre l'endroit de saint Paul, pourquoi donc opposer ensuite l'interprétation de saint Jérôme , qui est plus exacte ? pourquoi encore la confirmer par l'ancienne version syriaque? pourquoi ajouter en confirmation que plusieurs scoliastes grecs ont cru que cpuGst ne signifiait en ce lieu que Yv/iffîwç véritablement , et conclure enfin par ces paroles^ : « Ce qui rend en- » core ce passage plus obscur, c'est que le mot de » colère se prend aussi dans l'Ecriture pour peine; » et alors le sens serait, nous méritions véritable- » ment d'être punis. »
Voilà comment il ne doute point que saint Augustin n'ait très-bien expliqué ce passage à la lettre, pendant qu'il en doute si bien, qu'il n'omet aucune raison pour nous en faire douter. Il faut, une fois, apprendre son malin langage et ses manières trompeuses. Mais il est aussi peu sincère dans le fond que dans les manières. Car premièrement il impose à saint Augustin, en faisant accroire qu'il a lu, non l)oint n«(wr(l , mais nattiralitcr f ce qui n'est pas vrai. Saint Augustin a lu partout naturd''' ; ce (ju'il ajoute naturaliter , il ne l'ajoute pas comme le texte de l'Apôtre , mais comme l'explication de quelques-uns , qu'il explique encore davantage par
1. D'' peccat. ))i.r., /i'6. i, c. xi, ». 13, p. 8; cont. Jul., l. VI c. IV, rt. 9, p. OtSO; t. Il, op. imp., p. 1028, et seq..- imp., p. \6si et 1038. — 2. Ephes., n. 3. — 3. l' . 2Sy. — 4. Lih. n, de mer. et remiss, pec, c. x, n. 15. p. 48. — 5. Idfin, p. 2S9. — 0 Coiit. Jul., lib. VI, c. X, n. 32, p. G80 ; Op. imp., l. u.c. ccxxviii.p. 1008, e</i6.iv, 1-. cxxxiii.p. 1210.
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DÉFENSE UE LA TPxADITIOX ET DES SAINTS PÈRES.
oriiiinaliter. Pours'on convaincre, il no faut qn'enlenilro le? propres paroles de ce Père, qui dit on lernies formels, que ce qui est dans l'Apôtre eràmus NATiRA , est tourné par quelques-uns naluralilor, lion selon le terme, mais selon le sens*, ce (ju'il répèle encore en un autre endroit-. Mais il a beau le rêpèier, notre critique ne l'entend pas davantage. Car à quelque prix que ce soit , il veut , jusqu'aux moindres choses, faire voir dans saint Augustin une ignorance du texte, ou bien une négligence de le consulter.
Secondement , saint Augustin n'a pas ignoré que le mot <fû<j£t nalurâ ne pût signifier en grec, dans une signilication écartée, prorsus ou omnino^ : car il ne le nie pas à Julien qui le lui objecte ; mais il ne daigne pas s'arrêter à une interprétation qui aurait été extraordinaire, bizarre, alTectée, n'y ayant rien qui obligeât l'Apôtre à se servir pour dire omnino, d'un aura terme que de oXwç , qu'il t>mploie ordinairement pour cela; et il convainc Julien par la traduction latine , « ne se trouvant
• presque aucuns livres latins où il ne soit écrit
• yiatura, par la nature, si ce n'est ceux , » poursuit-il, « que vous autres pélagiens aurez corrigés, » ou plutôt que vous aurez corroinpus; » d'où il conclut, et très-bien , que c'est là le sens naturel, puisque c'est celui où s'est porté le gros des traducteurs ; et que d'ailleurs il ne peut pas être mauvais puisque s'il était mauvais , « l'ancienne interpréta- » tion s'en serait donnée de garde , et ne l'aurait » pas suivi. » On voit donc que saint Augustin sait remuer les livres quand il faut, et en tirer tout l'avantage.
Troisièmement, il ne faut point imputer la traduction, naturel, à l'ignorance de la langue grecque, puisqu'il est certain que les plus anciens et les plus doctes commentateurs grecs, comme Origène contre Celse et sur saint Jean'* et saint Clirysoslome^ ont entendu la nature môme , et non autre chose. Théodorel ne s'en est pas éloigné. Théophylacle interprète^ : Xous atons irrité Dieu, et nous n'étions que colère (tant la colère de Dieu nous avait pénétrés), et comme le Fils de l'homme est homme par la nature , ainsi en était-il de nous (lorsque nous étions appelés enfants de colère); à quoi il ajoute après, qu'être par nature enfant de colère, c'est l'être véritablement y.ai 'p/r,(;io}ç : ou il ne faut pas par ce dernier mot entendre véritablement comme l'interprète M. Simon; car Thôophylacte avait déjà dit véritablement a).r,Ow;, mais il ajoute îtai •f/r.'Tioj; : mot qui vient de génération, et qui emporte avec soi l'origine, la naissance, la nature même, comme il parait entre autres choses par les expressions où le Fils de Dieu est appelé Fils, y/TiTiw;, ce qui ne veut rien dire de moins, si ce n'est fiu'il l'est par sa naissance et par sa nature; d'où il s'ensuit que la naturelle et véritable inlerprétalion est celle qui par ouvres nature, entend la nature même, cl que l'autre interprétation prorsus, omnino est une interprétation étrangère et écartée, à laquelle l'ancien traducteur latin a raison de n'avoir eu aucun égard, non plus que saint Augustin. Quatrièmement, cette explication natura, par la
1 vu. loe. cit"t. conl. Jul. — 2. Oper. imp., loc. cit. — i. Vid. lor.jam citât, cont . Jul., l. vr, c. x. —4, Orig., l. w. cont. CelM^p. Hi, 1.%. 151. in Jo.: JJu'.t.,lom. xxiii. fin., p. .315; »xv, /,. 3» — 5 CV.rvt. hir. -- f,. Theopityl. hic.
nature, revient en particulier aux expressions de l'Ecriture , où il est parlé des nations à qui la malice est naturelle , et en général à l'analogie de la foi , comme saint Augustin l'a démontré , puisqu'il est clair par la foi qu'il nous faut renaître, coquine serait pas vrai si nous n'étions pas nés dans la corruption, ainsi que le Sauveur l'enseigne lui-même : Ce qui est né de la chair est chair; c'est-à-dire très-constamment, ce qui est né dans la corruption est corruption.
En cinquième et dernier lieu , M. Simon impose à saint Jérôme, lorsque pour montrer son exactitude supérieure à celle de saint Augustin , il lui fait dire simplement et absolument' que le mot grec cpuasi, auquel répond natura, est ambigu, et qu'il peut être traduit par prorsus ou omnino; car cette ambiguïté ne l'empêche pas de reconnaître que le sens simple et naturel, qui est aussi celui qu'il appuie, est d'entendre cpucst par nature, comme il fait lui-même; et quant à l'explication, prorsus, omnino : premièrement, il remarque qu'elle n'est que de quelques-uns; secondement, il ne la reçoit qu'en la réduisant à la première, ce qui montre qu'il ne la regarde , non plus que saint Augustin, que comme une explication écartée qui mérite moins d'attention que celle de la Vulgate de ce temps-là , qui est conforme à la nôtre. Ainsi, toute la critique de M. Simon sur ce passage ne sert qu'à faire voir, qu'à quelque prix que ce soit, il a voulu fournir des défenses à Julien le pélagien contre saint Augustin. Au surplus il ne s'agit pas des conséquences que saint Augustin a tirées de ce passage de saint Paul : il ne s'agit pas non plus de savoir si le sens de M. Simon peut être souffert, ou même si quelques Pères l'ont suivi; il s'agit de soutenir la traduction de la Vulgate, comme la plus sûre, et l'explication do saint Augustin, qui se trouve la plus commune , comme étant en même temps la plus solide; il s'agit en général , dans tout cet endroit, de faire voir à M. Simon que ce Père, sans vanter son grec, sans faire le critique à outrance, ni le savant de profession, a su tirer et du grec et de la critique tous les avantages que la bonne cause en pouvait attendre, et que rien ne lui manquait pour altérer Pelage et tous ses disciples , qui s'enllaient beaucoup de leur inutile et présomptueuse science.