CHAPITRE XX
Seconde conséquence du texte de saint Paul remarquée par saint Augustin : de quelque sorte qu'on traduise, on démontre également l'erreur de ceux qui, à l'exemple des pélagiens, mettent la propagation du péché d'Adam dans l'imitation de ce péché.
L.K seconde conséquence de saint Augustin , est que la justice de Jésus-Christ étant infuse aux enfants par le baptême, qui est une seconde naissance, le péché d'Adam passe aussi à eux avec la vie, par la première génération.
Il est clair, dit saint Augustin, par toute la suite du raisonnement de saint Paul , qu'il aboutit à ce parallèle. Ce Père remarque aussi qu'il est ridicule d'attribuer tous les péchés des hommes, au mauvais i exemple d'Adam, que les hommes, pour la plupart, \ n'ont pas connu. Il leur nuisait donc autrement que par son exemple : il leur nuisait, dit saint Au- ■ gustin', par proparjation , et non point par imita- ! lion, comme un père qui les engendre, et non point ' comme un modèle dont l'exemple les induisait à faire mal; d'autant plus que visiblement saint Paul comprenait dans sa sentence tout ce qui était sorti d'Adam , et tout ce qui était sujet à la mort. Il y i comprenait par conséquent les petits enfants, à qui ! l'exemple d'Adam, non plus que celui de Jésus- ' Christ, ne pouvait ni nuire, ni servir. Enfin, il s'agissait de montrer, dans le genre humain , la cause de la mort et de la vie : l'ime, dans le péché d'Adam; l'autre, dans la justice de Jésus-Christ. Tous mouraient, et les enfants mêmes. Si par les paroles de saint Paul , le péché était introduit dans
1 . A ug., Dt pecc. mer , l. i, c. ix, x, xv, ru/, Uonif^., lih. iv, c. rv, rt aUh. piu. — 2. hom , v. 19. — 3. Lih. t. dv jn-.cc. mer., c. IX, X, x«.
le monde par Adam, et la mort par le péché , les enfants qui participaient à la mort d'Adam, devaient aussi participer à son péché : autrement, dit saint Augustin', par une injustice manifeste, vous faites passer l'elTet sans la cause, le supplice sans la faute, la peine de la mort sans le démérite qui l'attire. Chicanez, M. Simon, tant qu'il vous plaira : ni vous, ni les pélagiens ne pouvez plus reculer : laissez à part, pour un moment, les noms de Théodoret , de Pholius , si vous voulez , et des scoliasles grecs : traduisez comme vous voudrez le passage de saint Paul : voulez-vous traduire par en qui? c'est la bonne, c'est la naturelle version, où l'Eglise, de votre aveu, gagne sa cause, parce qu'on y trouve celui en qui tous étaient un seul homme^, comme dans le principe commun de leur naissance , et en qui aussi ils sont tous un seul pécheur dans le principe commun de leur corruption : voulez-vous, au lieu d'en qui, mettre jmrce que? vous n'échapperez pas pour cela à la vérité qui vous presse : la mort a passé à tous , parce que tous ont péché : il faut donc trouver le péché partout où l'on trouvera la mort. Vous la trouvez dans les enfants : trouvez-y donc le péché. S'ils sont du nombre de ceux qui meurent, par votre propre traduction, ils sont du nombre de ceux qui pèchent : ils ne pèchent pas en eux-mêmes; c'est donc en Adam, et malgré que vous en ayez , il faut ici de vous-même rétablir Vin quo que vous aviez voulu supprimer. On y est forcé par la seule suite des paroles de saint Paul. Cet apôtre, visiblement n'ayant fait Adam introducteur de la mort, qu'après l'avoir fait introducteur du péché, d'où il avait inféré que la mort avait passé à tous, dans la présupposilion que tous aussi avaie^it péché : en sorte que , selon le texte de saint Paul , ils ne pouvaient naître mortels que parce qu'ils naissaient pécheurs.