‹ Œuvres complètes de BossuetChapitre 628 sur 851 · CHAPITRE XXII · texte numérisé non relu

CHAPITRE XXII

Les Pères cités par saint Augustin ont la même idée que lui de la concupiscence, et la regardent comme le moyen de la transmission du péché : fausses idées sur ce point, de Théodore de Mopsueste excusé par M. Simon.

Une des parties les plus essentielles de la doctrine de saint Augustin sur le péché originel, c'est d'en expliquer la propagation par la concupiscence d'où tous les hommes sont nés, à l'exception de Jésus-Christ. Mais on trouvera cette vérité en termes précis dans les passages de saint Hilaire et de saint Ambroise, produits par ce Père*. Le premier, voulant expliquer la source de nos souillures, dit ; Que notre corps (où réside la concupiscence) est la matière de tous les vices , par laquelle nous sommes souillés et infectés , ce qui nous fait bien entendre la vérité de cette parole du Sauveur : Ce qui naît de la chair est chair, ce qui naît de l'infection est infecté; d'où il suit que celui-là seul ne l'est pas et ne le peut être, qui n'est pas né selon la chair, mais du Saint-Esprit : tout autre que lui a contracté en Adam l'obligation au péché. Ce principe est si véritable, que la pieuse opinion qui en exemple la sainte Vierge, est fondée sur une exception, qui en ce cas plus qu'en tout autre , affermit la règle. Ce que je dis, non pour entrer dans cette matière, qui n'est point de ce lieu, mais pour faire voir l'incontestable vérité du principe qu'on vient de voir de saint Hilaire.

Le même saint, voulant expliquer ailleurs comment Jésus-Christ est venu, ainsi que le dit saint Paul', non dans la chair du péché, mais dans la ressemblance de la chair du péché, en rend celte raison, «f que toute chair venant du péché et ayant » été tirée du péché d'Adam , Jésus-Christ a été » envoyé, non pas avec le péché, mais dans la res- » sembiancc de la chair du péché''. » Quand il dit que la chair rAent du péché , et qu'elle est tirée du péché d'Adam, il veut dire manifestement qu'elle vient de la concupiscence, qui a sa source dans le péché d'.Vdam; si bien que Jésus-Christ n'étant pas venu par la voie ordinaire de la sensualité ou de la concupiscence de la chair, il s'ensuit qu'il n'a dû avoir que la ressemblance de la chair du péché, et

„!• ^'* '.f '". «• «• — ^. L'h. II. conlr. Jul., c. vu/, n. 27; Hilar., Hom. in S. Joh. 'juce non rxt'it. — 3. Rom., viii. 3 — 4. lAh. I. rrrnl. Jul , c. m, n '.t.

non pas la chair du péché môme : ce qui dans le fond n'est autre chose que ce qu'enseigne plus clairement saint Ambroise sur Isaïe, lorsqu'il dit : « Que le Fils de Dieu est le seul qui a dû naître sans » péché, parce qu'il est le seul qui n'est pas né de 1) la manière ordinaire'. »

En un mot, qui voudra faire un tissu de toute la doctrine de saint Augustin , n'a qu'à ramasser de mol à mot seulement ce qu'on trouvera dans les endroits que ce Père a cités de saint Ambroise : l'épreuve en sera facile, et la conséquence qu'il en faudra tirer est, qu'il n'y a rien de plus éloigné de l'esprit d'innovation que la doctrine de saint Augustin; puisqu'il n'a fait, pour ainsi parler, que copier saint Ambroise son docteur en se contenlanl de prouver, contre les pélagiens, ce qu'un si bon maître avait enseigné en peu de mots avant la dispute.

Et sans ici nous attacher à saint Ambroise , tous les Pères , qui ont marqué (et tous l'ont fait) tous ceux, dis-je, qui ont marqué la propagation du péché originel par le sang impur et rempli de la corruption du péché d'où nous naissons, ont enseigné en même temps que ce péché passait en nous par la concupiscence , qui seule infecte le sang d'où nous sortons; en sorte que la maladie que nous contractons en naissant, et qui nous donne la mort, vient de celle, qui non-seulement demeure toujours dans nos pères, mais encore qui agit en eux lorsqu'ils nous mettent au monde.

C'est le péché originel pris en ce sens, venant de celle source et par celle propagation , que Théodore de Mopsueste attaquait visiblement en la personne de saint Augustin. C'est ce qu'à l'exemple des pélagiens il appelait un manichéisme; et quand M. Simon prétend l'excuser, en disant qu'il n'attaque le péché originel que selon les idées de saint Augustin, c'est lui chercher une excuse, non pas contre saint Augustin, mais contre tous les anciens, dont ce Père n'a fait que suivre les traces.

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