CHAPITRE XXV
Suite de saint Irénée : la comparaison de Marie et d'Eve : combien elle est universelle dans tous les Pères : ce qu'elle induit pour établir un véritable péché.
Pour venir au second passage cité par saint Augustin : quand on y verra « ce lien qui astreignait » à la mort tout le genre humain, par la désobéis- » sance d'Eve, et dont nous sommes délivrés par » l'obéissance de Marie', » chicanera-t-on , en disant : Que ce lien nous astreignait à la peine et non à la coulpe, et que l'obéissance de Marie n'a fait qu'ùter les mauvais elTets de la désobéissance d'Eve? Mais s'il ne s'agissait que des ellets, et que le péché d'Eve ne fût pas le nôtre, pourquoi ce Père avait-il appelé, un peu au-dessus 2, la désobéissance d'Eve notre désobéissance , que Marie a guérie en obéissant? Pourquoi, disait-il dans le môme endroit , que le bois nous avait rendu ce que nous avions perdu par le bois où pendait le fruit défendu ? Si Jésus-Christ , à l'arbre de la croix , nous a rendu la vie de l'âme et celle du corps, nous avions donc perdu l'une et l'autre à l'arbre qui nous avait été interdit. Jésus-Christ , dit saint Irénée^, est le premier des vivants, comme Adain est le premier des mourants. Jésus-Christ n'est-il le premier des vivants que selon le corps? Adam n'est-il pas aussi le premier qui est mort dans l'âme? C'était donc à la mort de l'âme, qu' Erenous avait liés par son incrédulité , puisque c'est de la mort de l'âme que Marie nous a délivrés par la foi. Enlin , toute la suite du discours et l'esprit même de la comparaison entre Jésus-Christ et Adam, tant inculquée par ce saint martyr, après saint Paul, fait voir, que comme ce ne sont pas les seuls fruits de la justice , mais la justice elle-même que nous possédons en Jésus Christ, ce ne sont pas aussi seulement les peines du péché, mais le péché môme dont nous héritons en Adam.
Je remarquerai en passant , que celte comparaison de Jésus-Christ avec Adam , et de Marie avec Eve, se trouve dans tous les Pères, dès la première antiquité, par exemple dans Terlullien\ mais toujours pour faire voir que la fol et l'obéissance de la sainte Vierge avaient effacé tout le péché qu'Ere avait commis en croyant au serpent : Quod ill.\ ciœdendo DELiQuiT H.EC CREDENDO delevit; et le dcsscin est partout de faire voir un véritable péché remis, non point seulement à Eve qui l'avait commis, mais à toute sa poslérité qui y avait part.
GH.VPITRE XXVI.
Beau passage de saint Clément d'.Alexandrie.
L'un des plus anciens auteurs, après saint Justin et saint Irénée, c'est saint Clément, prêtre d'Alexandrie , qui parle ainsi dans son Avertissement au.r Gentils^, en expliquant les mauvais ellets du plaisir des sens : L'Iiunime qui était libre à cause de sa simplicité {Dieu l'ayant créé simple el droit, ainsi qu'il est écrit dans l'I'cclésiasle) s'est trouvé lié au.r péchés (par la volupté) , et Notre Seigneur ia voulu délivrer de ses liens'^. On voit que ce n'était pas
\. Lih. V, c. XIX —2. Idem.c. xvii. — 3. //)ij., m, c. xxxm. — i. De Carne Christ., cap. xvu. — 3. XUmon. ad Oent., paij. 51. —6. Eccles., VII. 30.
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DÉFENSE DE LA TRADITION ET DES SAINTS PÈRES
seulemcnl aux peines, mais encore au péché qn'û était lié, et que c'est de ce lien que Jésus-Christ l'a délivré. Qui dit l'honime , dit ici sans conleslalion, tout le genre humain. Adam n'est pas le seul lié au péché, ni le seul que Jésus-Christ est venu délier; tous les hommes sont regardés en Adam comme un seul pécheur, et en Jésus-Christ comme un seul alTranchi par l'unité du môme corps et l'inlluence du même esprit.
Il enseigne, dans le Pédagogue*, que le baptême esl appelé un lavoir, parce qu'on y lave les péchés , et une grâce, parce qu'on y remet la peine qui leur e!<t due. Il fait donc voir qu'on ne vient dans ce sacrement , à la rémission de la peine , que par celle de la coulpe, et selon la doctrine de saint Augustin et du concile de Carlhage , que le baptême serait faux dans les enfants, si l'on n'y trouvait l'un et l'autre.
Après avoir rapporté dans le troisième livre des Tapisseries- le sentiment de Basilide, qui condamnait la génération des enfants , à quoi cet hérésiarque faisait servir le passage de Job, où il est porté que nul n'est exempt de tache, pas même l'enfant d'un jour ; et le verset où David confesse qu'il a été conçu dans les péchés, il conclut : Qu'encore qu'il soit conçu dans les péchés, il n'est point lui-même dans le péché, ce qui serait contradictoire, si on n'expliquait, qu'il n'est point dans un péché qui vienne de lui, quoiqu'il soit dans un péché qui vient d'un autre.
On trouve même en termes formels, cette distinction dans ce savant auteur, au quatrième livre des Tapisseries, où il est porté 3 : Que l'enfant, à la vérité, n'a point péché, mais actuellement et en luimême EVEoySi;, Iv lauTto. Il est vrai que ces paroles sont de liasilide; mais saint Clément ne les contredit pas et ne reprend , dans le discours de cet hérétique, que de dire qu'on a commis des péchés dans une autre vie précédente, laissant tout le reste en son entier, comme en eiïet il n'y a rien que de véritable.
Et le même Père fait bien voir qu'à la réserve de celte autre vie, et des péchés qu'on y pourrait avoir commis, la doctrine de Basilide était véritable, puisque dans le troisième livre des mômes Tapisseries, il enseigne qu'un prophète reconnaît des impiétés dans les enfants qui étaient le fruit de ses entrailles'', et qu'il appelle de ce nom d'impiétés, non pas la génération en elle-même, ni ces paroles croissez et multipliez , prononcées de la bouche de Dieu ; mais , dit-il , les premiers appétits qui nous tiennent de notre naissance i/. '(Viiatoiç, et qui nous empêchent de connaître Dieu.
Par là donc il a désigné la concupiscence que nous apportons en naissant. Il l'appelle une impiété , non point en acte formé, mais quant à la tache qui nous en demeure en habitude, en puissance, en inclination; et cela qu'est-ce autre chose f|uc le Uiiuï du péché originel; puisque, selon saint Augustin*, c'est à ce fond qu'adhère la tache qui esl effacée dans le baptême.
1. l'edag., i. C. — 2. P. 342. — 3. P. SO'J. — 4. Lih. m. 312. — 5. he nufit. et ronc., i. H ,' i. ad lionif. Vont. Jul., m, iv, v. Op. im/i., l. », II, eic.