LIVRE VIII. — ACCORD DES SAINTS PÈRES
passé à tous les hommes par Adam, esl celle de l'àme, par conséquent le péché, d'où suit en tous la mort du corps.
On fait diverses critiques sur quelques-uns de ces passages d'Origène, et il y en a qui veulent qu'une partie ne soit pas de lui', comme ceux sur le Lévitique. On dit aussi, après saint Jérôme, que les péchés qui sont remis par le baptême, sont attribués par Origène k une vie précédente! mais cela ne se trouvera pas, et Origène les attribue constamment au péché d'Adam. Pour la critique qui Ole à Origène les homéUes sur le Lévitique , elle n'est pas suivie; car tout y ressent Origène; et quoi qu'il en soit, la difficulté est levée, puisqu'il dit la même chose dans les autres homélies, comme sur saint Matthieu et saint Luc. Les livres sur l'épître aux Romains, traduits par saint Jérôme, ne sont ni douteux ni suspects, et ne souffrent point de réplique. Origène y réfute même ceux qui voulaient trouver dans une autre vie, qui précédait celle-ci, le péché que nous apportons en naissant^.
Mais ce qui Qnit toutes les critiques sur le sujet d'Origène, c'est sa doctrine constante dans son livre contre Celse , où nous avons le grec de ce grand auteur, sans qu'il faille nous en rapporter à ses interprètes. Il enseigne, premièrement, que 7iul homme n'est sans péché, et que nous sommes tous pécheurs par nature"^ : secondement, que nous le sommes par naissance, et ce qui est décisif, que c'est pour cela que la loi ordonne qu'on offre pour les enfants noumllement nés, le sacrifice pour le péché, à cause qu'ils ne sont point purs de péché, et que ces paroles de David : .J'ai été conçu en iniquité , leur conviennent en cet état''. Nous avons remarqué ailleurs'' deux autres passages, où cet auteur entend du péché originel ce célèbre verset de David; mais celui-ci qui est le plus décisif, à cause du livre où il se trouve, nous avait échappé. Troisièmement, il regarde la nature raisonnable comme corrompue et pécheresse^ , ce qui emporte un véritable péché commun à toute notre nature. Quatrièmement, Origène rapporte toujours cette tache originelle au péché d'Adam'^, ce qui ne laisse aucun doute du sentiment de ce grand homme.
Il est vrai que sur Tcpitre aux Romains, en racontant toutes les manières dont Adam a pu nuire à sa postérité, il remarque entre les autres, celle que les pélagiens ont suivie depuis, c'est-à-dire, celle de l'exemple qu'il nous a laissé de désobéir; mais c'est en présupposant, et là, et partout ailleurs, une autre manière de nous nuire, en faisant passer à nous par la naissance, un véritable péché, qu'il fallait laver par le baplôme , même dans les petits enfants.
Il est vrai encore, qu'Origène a reconnu dans les âmes une vie , qui a précédé celle où elles se trouvent unies à un corps mortel; car il la croyait nécessaire pour justifier la diversité infinie des peines et des états dans la vie humaine, lesquels il ne croyait pas pouvoir rapporter au seul péché originel, qui était commun à tous. Il disait donc que la cause de cette inégalité était les divers mérites dans une vie précédente; mais il ne se trouvera pas qu'il
1 . Card. Non-is, lib. i, c. i, p. 5. 6. — 2. P'iff. 31», 352, 353. — 3. Lih. III, p. 149, 150, 151. — 4. Lib. vu, p. 305, 3(i6. — 5. Suppl. in Ps"l., tom. i, p. 610. — 6. Lih. iv, p. 229. — 7. Idem, p. 291 ; Lib. vu, p. 350, 351, 360.
ait une seule fois allégué cette raison , quand il a parlé de ce péché que nous apportions en naissant, et qu'il fallait expier par le baptême; au contraire, nous avons vu qu'il l'a toujours rapporté au premier Père; et lorsque saint .lérôme lui altril)ue autre chose', c'est plutôt une conséquence qu'il remarque qu'on eût pu tirer de ses principes, qu'une doctrine qu'il ait jamais enseignée.
Au reste, d'autres que nous, et entre autres le P. Garnier après le P. Pctau, si je ne me trompe, ont fait voir que les pélagiens, loin d'avoir prétendu suivre Origène, se gloriliaient de comballre ses erreurs; et quoi qu'il en soit, il est bien certain qu'ils ne peuvent avoir pris de lui leur doctrine contre le ^péché originel; puisque ce grand homme avait établi la sienne dans les mêmes termes dont saint Augustin s'est servi , et avec toute l'évidence qu'on a vue.
Que si ce Père n'a pas employé l'autorité d'Origène, non plus que celle de Tertullien, c'est qu'ils étaient des auteurs flétris ; le premier, par le jugement de Théophile d'Alexandrie, confirmé par celui du pape saint Anastase , et le second, par son schisme; mais comme ce n'est point sur cet article que ces grands auteurs ont été notés, et qu'au contraire ils l'ont expliqué selon toutes les règles de la Tradition, on peut très-bien les employer pour en expliquer la suite. ^