‹ Œuvres complètes de BossuetChapitre 639 sur 851 · CHAPITRE XXXII · texte numérisé non relu

CHAPITRE XXXII

Saint Basile et saint Grégoire de Nazianze.

Saint Augustin nous fait paraître dans la suite du quatrième siècle , comme les deux yeux de l'Orient, en la personne de saint Basile et de saint Grégoire de Nazianze. Il cite à la vérité un beau passage du premier , où il parait que nous avons été intempérants en Eve et en Adam, et chassés en eux du paradis*. C'est quelque chose de fort; puisqu'on y voit non-seulement la mort et les autres peines du corps, mais le péché même d'Adam et l'exclusion du paradis; c'est-à-dire, la mort de l'âme , et l'exclusion de l'éternelle félîtité passée à tous ses enfants. Mais qui veut voir la vérité toute nue , sans avoir besoin ni de former un raisonnement, ni de tirer une conséquence, n'a qu'à lire ce passage du livre premier du Baptême - ; « Ces pa- » rôles de Notre Seigneur, il faut naître encore une » fois, signifient, dit-il, la correction et le chan- » gement de notre première naissance dans l'im- » mondice des péchés , selon celte parole de Job : » Nul n'est pur de tache , pas même l'enfant d'un » jour^ ; et celle-ci de David : J'ai été conçu en ini- » quité'', etc., et cette autre de saint Paul : Tous » ont péché et ont besoin de la gloire de Dieu^; » où il parle si clairement d'un véritable péché, que ce serait obscurcir cette vérité que de l'expliquer davantage. Il dit ensuite que naître de l'eau , c'est, selon saint Paul, mourir au péché; d'où il s'ensuit, conformément à la décision du concile de Carthage*', que la forme du baptême serait fausse dans les enfants , s'il n'y avait un péché auquel ils doivent mourir dans ce sacrement.

Pour saint Grégoire de Nazianze , saint Augustin en rapporte des paroles claires", et entre autres celles d'une oraison sur le baptême que nous n'avons plus, où il prouve, comme vient de faire saint Basile, la vérité de cette sentence de Notre Seigneur : » Si l'on ne renaît de l'eau et du Saint-Esprit, etc., » parce que c'est dans le baptême qu'on lave les » taches de notre première naissance, dont il est » écrit : Nous sommes conçus dans le péché, etc. » ^lais nous avons entre les mains ses autres ouvrages , où il appelle le péché d'Adam notre premier péché, et où il dit : « Que nous avons goûté en » Adam le fruit défendu : qu'en lui nous avons violé » la loi de Dieu, et qu'aussi nous avons été chassés .) en lui du paradis, » par où les Pères entendent toujours la vie et le séjour des enfants de Dieu. Il prouve aussi, par cette raison, qu'il faut baptiser les petits enfants en cas de péril*, et il répond à ceux qui prenaient occasion de diiïérer leur baptême à cause que Jésus-Christ n'a été baptisé qu'à trente ans , qu'il a été libre de prolonger son baptême à celui « qui étant la pureté même n'avait >) rien à purifier, à qui par conséquent le baptême

1 . Hom. I. Dejejun., T. i , 322; Aug., lib. i. cont. Jul., v. — 2. /./em; l. I, cap. ii, p. 649, 650. — 3. Job., xiv. 4. — 4. Ps. !.. 7. — 5. Rom., II. 23. — 6. Can. ii. — 7. Idem. — S. Orat. XL, p. 648, 053.

» n'était pas nécessaire; mais qu'il n'en était pas ') ainsi de nous qui étions nés par la corruption'. » On trouve aussi dans le même lieu^ la pratique des exorcismes qui préparaient au baptême, ce qui n'était autre chose qu'une reconnaissance publique ' que tous ceux qu'on baptisait, et par conséquent les enfants, puisqu'on ne les baptisait pas dans une autre forme, étaient sous la puissance du démon. On peut voir encore le premier discours, c'est-àdire, l'apologie de ce Père ^ où attribuant à l'homme avant le baptême tout ce qu'Adam a fait de mal, et à l'homme depuis le baptême tout ce que Jésus- Christ a fait de bien , il montre que le péché qui nous vient de l'un est aussi véritable en nous , que la justice qui nous vient de l'autre; ce qui est le raisonnement de tous les Pères, à l'exemple de saint Paul.

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