CHAPITRE XI
Que saint Chrysoslome a parfaitement connu la concupiscence, et que cela même c'est connaître le fond du péché originel.
Au reste, saint Chrysoslome ajoute aux maux que nous avons hérités d'Adam, ce qu'il appelle xaxi'a', qu'on peut traduire la malice ou malignité , le tice, la dépratation de notre nature; en un mol, la concupiscence , qui consiste dans celte pente violente au mal que nous apportons en naissant.
Saint Chrysoslome y ajoute encore celle révolte des sens, ce faible pour le bien sensible, celle ardeur qui nous y entraine comme malgré nous, d'où naît même dans nos corps, ce désordre honteux; que ce Père appelle l'image du péché, et qu'il explique avec autant de force que d'honnêteté dans un passage qui est rapporté par saint Augustin"'.
Nous avons déjà remarqué que ce désordre n'est pas seulement un des eiïets de noire péché, mais qu'il en fait une partie, puisqu'il en est le fond cl le sujet. Nous naissons dans ce désordre, parce que c'est par ce dé.sordre que nous naissons, et qu'il est inséparable du principe de noire naissance. G'esl donc là ce qui fait en nous la propagation du péché, et la rend aussi naturelle que celle de la vie.
Ainsi, il n'y a rien de plus véritable que ce qu'on a déjà remarqué, que quiconque connaît parfaitement la concupiscence, dans le fond connaît aussi ce péché de noire nature. C'est pourquoi saint Augustin joint CCS deux choses dans tous ses écrits, et en particulier dans les livres contre Julien'', où
1. Ilom. X , in Rom. - 2. Idem. — .3. Ihid - 1. Conl. Jul., Uh. Il, c. VI. — :,. Idem.
il montre que tous les anciens ont reconnu le péché originel, parce qu'ils ont reconnu la concupiscence; parce qu'en ell'et la reconnaître c'est reconnaître dans tous les hommes, dès le principe de leur conception , ce dérèglement radical, qui devient si sensible dans le progrès de l'ilge , qu'il a même été reconnu par les philosophes païens. Il est donc vrai que tous les hommes portent dans la révolte de leurs sens une secrète et naturelle impression de l'ancien péché dont toute la nature est infectée.