‹ Œuvres complètes de BossuetChapitre 668 sur 851 · CHAPITRE XXII · texte numérisé non relu

CHAPITRE XXII

On passe à la doctrine de la grâce et de la prédestination , et on démontre que les principales difficultés en sont éclaircics dans la prédestination des petits enfants.

Nous n'aurons pas peu avancé dans cette matière, si nous nous mettons bien avant dans l'esprit celle que nous venons de traiter; c'est-à-dire, cette plaie profonde du péché originel , dont nous avons établi la tradition sur des fondements inébranlables. Saint Augustin répète souvent que quiconque a, comme il faut, dans le cœur, la foi du péché originel, y peut trouver un moyen certain de surmonter les principales difficultés de la prédestination; et en voici la preuve évidente.

Ce qu'on trouve de plus difficile dans cette matière est que dans une même cause, qui est la cause commune de tous les enfants d'Adam , il y ait une différence si prodigieuse entre les hommes, que les uns soient prédestinés gratuitement à la vie éternelle, et les autres éternellement réprouvés. C'est donc là que les pélagiens et les semi-pélagiens demandaient comment on pouvait fonder cette différence sur autre chose que sur les mérites d'un chacun; puisque Dieu, autant qu'il est en lui, voulant sauver tous les hommes, et Jésus-Christ étant mort pour leur salut éternel, comme l'Ecriture le répète en tant d'endroits, ce n'est que par les mérites qu'on peut établir entre eux de la différence; et cette raison ôtée , il ne reste plus, disaient-ils, qu'à attacher leur sort, ou bien au hasard, ou à une espèce de fatalité, ou en tous cas du colé de Dieu, à une acception de personnes contre cette parole de saint Paul : Il ny a point d'acception de personnes auprès de Dieu* ; ce que cet apôtre inculque souvent comme un fondement sans lequel il n'y aurait point de justice en Dieu." Mais toutes ces difficultés s'évanouissent, dit saint Augustin, dans la cause des petits enfants, ce qui sera manifeste et démonstratif en jjarcourant les opinions de l'Ecole.

Pour commencer par la volonté générale de sauver les hommes, Vasquez croit si peu la devoir étendre à tous les petits enfants qui meurent sans baptême, qu'au contraire il décide expressément, (|ue les passages par lesquels on l'établit, principalement celui de saint Paul : Il veut que tous les hommes soient sauvés^, ne se doit entendre que des adultes'; ce qu'il prouve par ce qu'ajoute l'Apôtre : Kt qu'ils viennent à la connaissance de la vérité;

1. nom., XI. 11; 0"l.,\i. 0; Ephes , vi. U. —2, f.Tim., ii. ."?. — îi. /./>., dinp. xcvi, c. lit.

Page 1