Episl. ad Vitul. ccxvii, ol. cvii
» pas, nous faisons que l'opération de Dieu ne peut » rien sur nous , et ne nous prollte point'; » ce qui est vrai en un sens; mais il y fallait ajouter ce que ce prêtre de Carthage croyait contraire au libre arbitre, que Dieu sait empêcher, quand il lui plait, qu'on ne lui résiste : autrement toutes les prières par lesquelles l'Eglise lui demande ce bon effet, seraient vaines; or elles ne le sont pas. L'Eglise qui demande à Dieu qu'il change la volonté des hommes, ne demande rien contre sa foi, ni contre le libre arbitre; mais elle avoue seulement qu'il est sous la main de Dieu, pour être tourné où il lui plait.
Et il faut ici remarquer, avec le même saint Augustin , que si dans les prières qu'on vient de réciter, l'Eglise demande Teffet de la conversion, el non pas seulement le pouvoir de se convertir, elle ne fait en cela qu'imiter l'exemple de saint Paul, qui a fait celle prière pour ceux de Corinlhe- ; « Nous I) prions Dieu pour (jue vous ne fassiez aucun mal, » mais que vous fassiez ce qui est bien; » sur quoi saint Augustin fait cette remarque^ : « Il ne dit pas, )) nous prions Dieu que vous puissiez ne faire au- » cun mal, mais que vous n'en fassiez point; ni )^ nous prions Dieu que vous puissiez faire le bien, » mais que vous le fassiez; » ce qui montre que l'intention de celle prière étant d'obtenir l'effet, on reconnaît que Dieu le donne, et qu'il sait, non-seulement empêcher qu'on fasse le mal, mais encore faire qu'on fasse le bien.
On voit par là que ces grands savants, qui reprennent saint Augustin d'avoir établi la toutepuissance, comme il l'appelle, el pour me servir du mot consacré dans l'Ecole, l'efficace ou l'effet certain de la grâce, et qui croient que reconnaître une telle grâce, c'est nier ou affaiblir le libre arbitre, enflés de leur vain savoir el de leur sèche critique , ne songent point à la prière. Ils méprisent les arguments qu'on lire de là, qu'ils appellent des pensées pieuses et une espèce de sermon : ils ne répondent après cela qu'en souriant avec dédain, cl dans leur cœur se moquent de ceux qui ne leur allèguent pour preuve que leur bréviaire ou leur missel.