‹ Œuvres complètes de BossuetChapitre 698 sur 851 · CHAPITRE XIX · texte numérisé non relu

CHAPITRE XIX

Les deux dernières demandes expliquées par saint Augustin et par les prières de l'Eglise , démontrent l'ejficace de la grâce.

Mais de toutes les demandes de l'ijraison dominicale , celles qui marquent le plus l'effet certain de la grâce , sont les deux dernières : Ne nous induisez point en tentation , mais délivrez-nous du mal.

I Jerem., xxx. 18, 19. — i. Ps., cxviii, 117.

Car, comme dit excellemment saint Augustin : « Celui qui est exaucé dans une telle prière, ne » tombe point dans les tentations qui lui feraient » perdre la persévérance'. » Il aura donc

aura aonc ce présent divin par lequel Irès-cerlainemenl il est sauvé; et l'effet de celte prière est que Dieu nous mène actuellement au salut.

« Mais, » poursuit saint Augustin, « c'est par » sa propre volonté qu'on abandonne Dieu, et qu'on » mérite d'être abandonné. Qui ne le sait pas? » Aussi c'est pour cela qu'on demande qu'on ne » soit point induit en tenlalion , alin que cela n'ar- » rive point; » c'est-à-dire, afin qu'il n'arrive point, ni que nous quittions Dieu, ni qu'il nous quille; « et si l'on est exaucé dans celle prière , et que ce » mal n'arrive point, c'est que Dieu ne l'aura pas I) permis, étant impossible qu'il arrive rien que ce » qu'il veut, ou qu'il permet. Il peut donc et lour- » ner au bien les volontés , et les relever du mal , » el les diriger à ce qui lui est agréable, jiuisque » ce n'est pas en vain qu'on lui dit : Seigneur, vous » nous donnerez la vie en nous convertissant; » el encore : « Ne laissez point vaciller mes pieds; » el encore : « Ne me livrez point au pécheur par mon » désir; » et enfin : « Ne nous laissez point tomber » en tentation. » « Car celui qui ne tombe point » dans la tenlalion, sans doute ne tombe point dans » la tenlalion de la mauvaise volonté. Quand donc » on demande à Dieu qu'il ne nous induise point en » tentation, c'est-à-dire, qu'il ne permette, qu'il ne » souffre pas que nous y soyons induits, on recon- » nail qu'il empêche notre mauvaise volonté; » par où il est manifeste que c'est par la grâce, que nous sommes parfaitement délivrés du mal, c'est-à-dire, principalement du mal du péché , qui est le plus grand de tous, et à vrai dire, le seul; ce qui ne serait pas vrai, puisque nous n'évitons ce mal qu'avec notre libre arbitre, s'il n'était certain en même temps que Dieu empêche dans nos volontés tout le mal qu'il veut, et y met tout le bien qu'il lui plaît.

Quand j'allègue ici saint Augustin, ce n'est pas tant pour faire valoir une autorité aussi vénérable que la sienne , que pour faire senlir à M. Simon, et à tous ceux qui , comme lui, se bouchent les yeux pour ne point entrer dans sa doctrine , combien les preuves en sont invincibles. Au reste, il est évident que l'Eglise n'a pas entendu autrement que lui l'Oraison dominicale; car dans cette belle prière qui précède la communion , lorsqu'elle i)arle en ces termes : Faites que nous soyons toujours attachés à vos commandements, et ne permettez pas que nous sotjons séparés de tous, que veut-elle dire autre chose , si ce n'esl plus expressément , et d'une manière plus étendue, ce que Jésiis-Clirisl reiiIVrine dans ce peu de mois : Ne nous induisez pas en tentation? L'intention de Jésus-Clirisl n'est pas de nous faire demander que nous vivions sur la terre exempts de tentations, dans une vie où toutes les créatures nous sont une lentation cl un |>iégc. Ce qu'il veut que nous demandions, c'est qu'il ne nous arrive pas de tenlalion où noire verlu succombe; clcelaqu'eslce autre chose, que de demander en d'aulres termes, qu'il nous tienne toujours attachés à ses commandements, et qu'il ne permette pa^ que nous soyons séparés de hii? FAC NOS tuis .'JE.mi'ER i.nii.eukre ma.n-

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