‹ Œuvres complètes de BossuetChapitre 701 sur 851 · LIVRE X. — SEMT-PÉLAGIANISME DE M. SIMON · texte numérisé non relu

LIVRE X. — SEMT-PÉLAGIANISME DE M. SIMON

tout le bien, il faut ajouter que la prière, qui nous fait voir que'tout vient de Dieu par celte grâce qui fléchit les cœurs, nous fait voir en même temps qu'elle-même est un des fruits de celte grâce. Saint Augustin l'a prouvé par des preuves incontestables; et saint Ambroise disait, avant lui , que prier était encore un effet de la grâce spirituelle, qui, scion lui, fait pieux qui elle veut'. L'Ecrilure y est expresse. Il est écrit dans le Prophète ^ : « En ces » jours je répandrai dans la maison de David , et » sur les habitants de Jérusalem , l'esprit de grâce » et de prière; » et quel sera l'eiïet de cet esprit? « qu'ils me regarderont, moi qu'ils ont percé, et se » frapperont la poitrine, et s'afiligeront comme on » fait pour la mort d'un fils unique. Toute la terre » sera en pleurs, famille à famille : la famille de 1) David d'un côlc : la famille de Nathan de l'autre : )) la famille de Lévi et des autres; » tant est tendre, tant est eflTicace cet esprit de gémissement, de prière et de componction que Dieu répandit sur son peuple , ou celui qu'il y répandra un jour, lorsque les Juifs tourneront les yeux vers ce Dieu qu'ils ont percé.

L'eiïicace de cet esprit paraît encore bien clairement dans ces paroles de saint Paul : L'esprit prie pour nous avec des gémissements inexplicables^. Qu'on l'entende comme on voudra, ou avec saint Augustin et les autres Pères, du Saint-Esprit, dont l'Apôtre venait de dire : L'esprit aide notre faiblesse'' , ou d'une' certaine disposition que le Saint-Esprit met dans les cœurs , à quoi saint Ghrysostome semble pencher, la preuve est égale; puisque c'est toujours , ou le Saint-Esprit qui forme la prière dans ceux qui la font , ou le même Saint-Esprit qui met dans les cœurs la disposition d'oîi elle suit. La première interprétation est la meilleure; puis(iuc c'est du Saint-Esprit dont parle l'Apotre dans tous les versets précédents, et en particulier dans celui où il est dit : que nous avons reçu l'esprit d'adoption, en qui nous crions, Abba, Père^ ;ce que le même saint Paul explique ailleurs, en disant" : Parce que vous êtes enfants de Dieu, Dieu a envoyé dans vos cœurs l'esprit de son Fils, qui crie Abba, Père. L'esprit du Fils, est le Saint-Esprit qui crie en nous, Abba, Père; c'est-à-dire, qui nous fait pousser ce cri salutaire; ce qui montre l'efficace de son impulsion. Car de môme que lorscpi'il est dit : Ce n'est pas vous qui parlez , mais l'esprit de votre Père qui parle en vous'', celle expression signifie l'efficace du Saint-Esprit, qui nous fait parler, ou comme Jésus-Christ l'explique dans le même endroit, qui dans l'heure même, et sans que nous ayons besoin d'y penser, nous donne ce qu'il nous faut dire ; de môme lorsqu'il est dit que l'esprit crie, qu'il prie, qu'il gémit en nous, la force de cette expression dénote le divin instinct, qui nous inspire ces cris et ces pieux gémissements; et connue raisonne très-bien saint Augustin* : « Qu'est-ce à » dire que l'esprit crie, si ce n'est qu'il nous fait » crier; ce que l'Apôtre explique en un autre en- » droit lorsqu'il dit : Nous avons reçu l'esprit d'a- » doption en qui nous crions, et par lequel nous » crions : là il dit que l'esprit cric; ici que nous

1. Amiiros., op. A wj . de dnno purs., c. xxii. — 2. Znch., xii. 11. — 3. Rom., VIII. 2o. — 4. Idem. — 5. Ibid., v. 13. — G. Gui., IV. 6. — 7. Matth., x. 20. — 8. De dono perscver., c xxiii, >i. 04. Ep. cxciv, ul. cv. (id Sixt.

y> crions par lui, déclarant par là que lorsqu'il a dit » qu'il crie, il veut dire qu'il fait crier; d'où nous » concluons que cela même est un don de Dieu, de » crier à lui et de l'invoquer d'un cœur véritable : i » par où sont condamnés ceux qui prétendent que I » c'est de nous-mêmes que nous demandons, que » nous cherchons, que nous frappons, afin qu'il » nous ouvre, et ne veulent pas entendre que cela » même est un don de Dieu de prier, de chercher, » de frapper; puisque c'est l'eff'el de l'esprit par » qui nous crions à Dieu, et par qui nous le récla- » nions comme notre Père. »

On nous dira que quelques Pères grecs, comme saint Ghrysostome et Théodorel, entendent cet esprit, non d'une grâce ordinaire, mais d'un don extraordinaire de prier, qui était infus à certaines personnes à qui il était donne, par un instinct particulier, de faire dans les assemblées ecclésiasticiues certaines prières, que le Saint-Esprit leur dictait pour l'instruction de toute l'Eglise; grâce que Théodoret assure qui durait de son temps. Mais tout cela ne diminue rien de notre preuve; puisqu'il sera toujours vrai que le Saint-Esprit n'ôtail point le libre arbitre à ceux à qui il dictait intérieurement ces prières, il ne l'ôte donc pas non plus à ceux à qui il inspire la volonté d'y consentir. Le même saint Ghrysostome nous enseigne que les diacres succèdent à ceux qui faisaient ces prières, et qu'ils en font la fonction, lorsqu'ils exhortent les fidèles à prier pour telles et telles choses; de sorte que ce don extraordinaire, quand on voudrait présupposer que c'est d'un tel don que parle saint Paul, aurait tourné en grâce ordinaire; en sorte qu'il demeurerait également véritable que le Saint- Esprit dicte les prières de l'Eglise, et dicte en particulier l'exhortation du diacre, qui est, comme on a vu, un commencement de la prière ecclésiasti(iue. Enfin, celte autre parole de saint Paul : Parce que nous sommes enfants de Dieu, Dieu a envoyé en nous l'esprit de son Pils qui crie : Noire Père, n'est pas un don extraordinaire et une de ces grâces gratuites qui tiennent quelque chose du miracle, mais comme on voit, une suite naturelle de l'esprit d'adoplion, qui est la grâce commune à tous les fidèles; en sorte que tous ceux qui prient ont, en qualité d'enfants de Dieu, un don elllcace de prier, par lequel don, comme parle saint Augustin', Dieu leur imprime dans le aeur, avec la foi et la crainte, non-seulement l'affection , mais encore l'effet de prier; c'est-à-dire, sans dilficulté, l'acte même de la prière, imi'eutito ou.vtio.ms .\fkectu et efkectu.

CHAPITRl-: XX.H.

On prouve par la prière que la prière vient de Dieu.

Ces témoignages de l'Ecriture sont démonslralifs; mais la prière elle-même nous fournil un argument plus abrégé pour établir la [luissance de la grâce qui nous fait prier. C'est (|u'on demande l'esprit do prière, l'esprit de componction par le(|ucl on prie. Gomme on dil à Dieu, faites-nous croire, faites-nous aimer, faites-nous mener une vie sainte, un lui dil aussi : failes-nous prier, faites-nous demander ce qu'il vous plaît; fac eos (ji.k tiiu sunt I'L.\<:it.v pos- Tir,.\iŒ. L'Ilglise grecque le demande t(tmmt' la latine^ : Faites-nous la grâce, ô Seigneur, d'user

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