CHAPITRE IV
Quatrième vérité, et seconde différence de Dieu et de l'homme. Que l'homme pèche en n'empêchant pas le péché lorsqu'il le peut; et Dieu, non : raison profonde de saint Augustin.
De là suit une quatrième vcrilé qui n'est pas moins incontestable, ni moins importante; qu'il y a encore cette différence entre Dieu et l'homme , que l'homme n'est pas innocent; s'il laisse commettre le péché qu'il peut empêcher, et que Dieu, qui le pouvant empêcher sans qu'il lui en coulât rien que de le vouloir, le laisse multiplier jusqu'à l'excès que nous voyons, est cependant juste et saint; quoiqu'il fasse, dit saint Augustin', ce que, si l'homme le faisait, il serait injuste. Pourquoi, dit le même Père 2, si ce n'est que les règles de la justice de Dieu et celles de la justice de l'homme sont bien différentes? Dieu, poursuit-il, doit agir en Dieu, et l'homme en homme. Dieu agit en Dieu, lorsqu'il agit comme une cause première, toute-puissante et universelle, qui fait servir au bien commun ce que les causes particulières veulent et opèrent de bien ou de mal; mais Thomnie, dont la faiblesse ne peut faire dominer le bien, doit empècber tout le mal qu'il peut.
Telle est donc la raison profonde par laquelle Dieu n'est pas obligé d'empêcher le mal du péché : c'est qu'il peut en tirer un bien, et même un bien infini; par exemple, du crime des Juifs le sacrifice de son Fils, dont le mérite et la perfection sont infinis. Comme donc il ne peut s'oler à lui-même ni le pouvoir d'empêcher le mal, ni celui d'en tirer le bien ([u'il veut, il use de l'un et de l'autre par des règles qui ne doivent pas nous ôtre connues, et il nous suffit de savoir, comme dit encore saint Augustin^, que plus sa justice eut haute, plus les règles dont elle se sert sont impénétrables.