LIVRE XI. — PERMISSION DU PÉCHÉ, EFFICACITE DE LA GRACE
» impiété ce grand mot : Je ne serai point scanda-
» LISE , QUAND TOUS LES AUTRES LE SERAIENT. Il Il'CSt
» pas délaissé médiocrement, ni pour une petite » faute, AD modicum; en sorte qu'il reniât une seule » fois seulement , mais il est encore davantage dé- » laissé , ABUNDANTius DEREHNQUiTUR , cu sorte qu'il » reniât jusqu'à trois fois, pour être convaincu de » la témérité de sa promesse. »
Ce n'est pas en vain qu'on marque tant ce triple reniement de saint Pierre. Car si l'on y prend garde de près, cet apôtre s'opposa trois fois à la parole de son maître : la première, devant le souper sacré, ou, en tout cas, avant que Notre Seigneur fût sorti de la maison où il le fit, lorsqu'ayant répondu à saint Pierre qui lui demandait où il allait , qu'il ne pouvait l'y suivre encore ', cet apôtre lui soutint qu'il le pouvait, et apprit dès lors de son maître, qu'il le renierait trois fois.
Après que sorti de la maison avec ses disciples, il s'acheminait avec eux vers la montagne des Olives, il leur déclara que tous , sans exception, seraient scandalisés en lul^, saint Pierre lui résista une seconde fois, en lui répondant : Quand tous les autres seraient scandalisés , que pour lui il ne le serait jamais ^.
Ce fut donc là la seconde faute plus grande que la première, puisque dans cette première faute s'étant contenté de présumer de lui-même, ici il s'élève encore au-dessus des autres, comme le plus courageux, lui qui, par l'événement, devait paraître le plus faible. Alors donc pour l'humilier, Jésus- Christ lui dit : Vous vous élevez au-dessus des autres, et moi je vous dis à vous : Ego dico tibi, en y ajoutant cetAme^, qui était dans tous ses discours, le caractère de l'aflirmalion la plus positive : Je vous dis à vous personnellement et en vérité, que dans cette nuit, sans plus larder, avayit que le coq ait achevé de chanter, vous me renierez trois fois. Ce fut sa troisième et. dernière faute, qui mit le comble à sa présomption, d'insister, toujours davantage, comme le remarque saint llarc '' , at ille ampliùs loquebatur ; en sorte que plus le maître lui annonçait expressément sa chute future avec des circonstances si particulières, plus le téméraire disciple s'échauffait à lui vanter son courage.
Il était donc du conseil de Dieu , qu'ayant fait monter sa présomption jusqu'au comble, comme par trois différents degrés, quoi qu'il en soit, à plusieurs reprises, Dieu lui laissât éprouver sa faiblesse par trois reniements, et afin qu'on remarquât mieux, dans la diversité de ses reniements, un ordre particulier de la justice divine. Origène nous fait observer que le premier fut tout simplement par une simple négation, et en disant seulement : Je ne sais ce que vous voulez dire^ : le second avec serment ", et le troisième , non-seulement avec serment, mais encore avec imprécation et déleslation, avec exécration et anathème''. Qu'on dispute maintenant contre Dieu, et qu'on lui soutienne qu'il a eu part au péché dont le progrès permis de lui dans ces circonstances , marque une si expresse dispensalion de sa justice et de sa sagesse; malgré tous ces vains raisonnements, il demeurera pour certain
l.Jo'iH., XIII. -36. — 2. Mnllh., xxvi. 30; Marc, xiv. 27. — 3. I<l.em. —4. Marc. ibid.,Z\. —5. Matlli., xxvi. 70. — G. Idem, 72. — 7. Ibid., 74 ; Marc, xiv. 71.
qu'il y a une proportion entre la présomption et la chute de saint Pierre, entre les premiers péchés de cet apôtre et ceux qui en ont dû faire la peine; puisqu'il est tombé aussi bas qu'il avait voulu s'élever, et qu'il a été autant enfoncé dans le renoncement, qu'il s'est laissé emporter à la présomption. Jésus-Christ pouvait le laisser périr dans sa chute; et quand il laisse périr tant d'autres pécheurs, qu'il livre premièrement à leurs mauvais désirs, et ensuite, par le funeste accomplissement de ces désirs, à la damnation éternelle, il n'y a qu'à adorer sa justice. Mais outre cette rigoureuse justice , il en a une toute pleine de miséricorde, qu'il fait servir à la correction des pécheurs et à l'instruction de son Eglise. C'est celle dont il a usé, parce qu'il lui a plu, envers l'apôtre saint Pierre, « nous apprenant, » poursuit Origène, à ne jamais rien promettre sur » nos dispositions, comme si nous pouvions de nous- » mêmes confesser le nom de Jésus-Christ, ou ac- » complir quelqu'autre de ses préceptes, mais à » profiter au contraire de cet avertissement de saint » Paul : Ne présumez pas, mais craignez*. »