De dono pers., c. vu
n'a pas demandée, qui est la grâce qui nous la fait demander : autrement, il faudrait aller jusqu'à l'infini, ce qui ne peut être. Car, comme dit excellemment saint Augustin', Dieu nous pouvait accorder la grâce de faire de bonnes œuvres sans nous obliger à les demander; et s'il veut que nous les demandions, c'est à cause que la demande qu'il nous en fait faire, nous avertit que c'est lui seul qui est la source du bien que nous demandons. Mais en même temps, afin que nous entendions qu'il n'a pas besoin de nos demandes pour être bon et libéral envers nous, il nous accorde beaucoup de biens que nous n'avons jamais songé à lui demander; et entre autres biens qu'il nous accorde sans que nous l'en ayons prié , il faut mettre dans le premier rang celui de prier, lequel bien certainement n'est pas accordé à la prière. Car encore qu'en commençant de bien prier, on puisse obtenir la grâce de prier mieux, on ne doit le commencement de bien prier qu'à une touche particulière, qui dès ce premier commencement nous fait prier comme il faut; de sorte que la gratuité qu'il faut reconnaître dans la grâce ne consiste pas seulement dans une généralité de grâce ofl'erte, ou donnée à tout le monde, mais dans une grâee de distinction et de préférence qui nous donne actuellement ce premier bon commencement, dans lequel Dieu nous donne tout: parce que tout est, en vertu , dans cette semence. De cette sorte l'homme recevant de Dieu , selon la distinction de saint Augustin^, deux sortes de biens, dont les uns lui sont donnés sans qu'il les demande , comme la prière et dans la prière le commencement de la foi , les autres ne sont donnés qu'à ceux qui les demandent, comme la persévérance; les uns et les autres sont également gratuits , parce que le second , qui est accordé à la prière, se réduit enfin au premier, qui ne présuppose point la prière , puisque c'est la prière même.